Après des années d’alignement avec l’Iran chiite et ses alliés arabes, le groupe palestinien du Hamas recherche le patronage de l’Arabie saoudite sunnite, marquant un changement spectaculaire de son orientation géostratégique.

Une délégation de haut niveau du Hamas dirigée par le chef du bureau politique du groupe, Khaled Meshaal, s’est rendue à Ryad vendredi dernier pour rencontrer le roi Salman, le prince héritier Mohammed ben Nayef, et une foule de responsables saoudiens.

La composition de l’équipe du Hamas était composée des plus importants chefs du groupe terroriste, car il comprenait l’adjoint de Meshaal, Moussa Abou Marzouk, et Saleh al-Arouri, des responsables du mouvement soupçonnés d’avoir dirigé les cellules terroristes récemment trouvés en Cisjordanie, ainsi que l’enlèvement et le meurtre des trois adolescents israéliens l’été dernier.

Les médias arabes se sont précipités pour souligner qu’il s’agissait de la première réunion depuis plus de trois ans.

Le quotidien du Hamas, al-Resalah, a levé une partie du voile recouvrant la visite de dimanche, en révélant que le roi saoudien Salmane avait demandé au Hamas et au Fatah qu’ils lui donnent les pouvoirs pour remplacer l’Egypte en tant que médiateur dans les efforts de réconciliation entre les deux groupes.

Meshaal, a indiqué l’article, est venu à Ryad en apportant une « lettre d’habilitation » écrite pour Salmane, tandis que le chef du Fatah et le président de l’AP Mahmoud Abbas a refusé de le faire.

Ce soudain rapprochement manifeste entre le Hamas et l’Arabie saoudite conservatrice – les deux suivants l’islam sunnite – n’est guère surprenant étant donné le déclin progressif dans les relations du Hamas avec l’Iran au cours des dernières années.

Le Hamas ne court pas qu’après l’argent (bien que compte tenu de leurs problèmes financiers, un peu de liquide ne pourrait certainement pas faire de mal), mais plus important encore, il est à la recherche d’un nouveau patron dans une région de plus en plus définie par ses divisions sectaires.

Ismael Haniyeh (Crédit : Abd Rahim Khatib/Flash90)

Ismael Haniyeh (Crédit : Abd Rahim Khatib/Flash90)

En tant que leader du Hamas basé à Gaza, Khalil Haya a demandé aux Etats arabes et musulmans lundi soir de leur donner de l’argent et des armes « sans aucun prix politique ». Abu Marzouk a tenté, avec difficulté, d’expliquer que le voyage de son mouvement en Arabie saoudite n’était pas destiné à faire un pied de nez à l’Iran.

« La boussole du Hamas restera dirigée vers Jérusalem, avec la libération de la Palestine à la base de sa stratégie », a-t-il écrit sur Facebook. « Nous allons maintenir des relations avec tout le monde ».

Les États-Unis, a poursuivi Abu Marzouk, sont actuellement en train de réévaluer ses anciennes alliances dans la région, suscitant la colère de certains tout en créant de nouvelles opportunités pour les autres. « Le Hamas reste l’exception de cette politique. Ils [les Etats-Unis] ont maintenu leur animosité envers le mouvement », a-t-il écrit.

Les appels publics du Hamas pour demander la faveur américaine ne plaît pas à l’Iran, l’ancien bienfaiteur du Hamas.

La République islamique n’accepterait pas la tentative d’Abu Marzouk d’apaiser tout le monde, ce qui indique que le changement du Hamas vers l’Arabie saoudite signifie une diminution de ses liens avec l’Iran. « Le Hamas fait un pas vers Ryad et deux en arrière face à Téhéran », a titré le quotidien libanais pro-Hezbollah – et, par extension, pro-Iran – al-Akhbar dimanche.

Après la visite, qui a pris fin samedi, l’agence de presse iranienne Fars a indiqué que le roi d’Arabie saoudite avait demandé à Meshaal d’envoyer des centaines de combattants du Hamas au Yémen pour combattre aux côtés de l’armée saoudienne contre les séparatistes Houthi, qui sont soutenus par l’Iran. Le porte-parole du Hamas, Sami Abu Zuhri s’est précipité pour nier l’article iranien et a qualifié ses informations de « purs mensonges ».

Un membre de la tribu yéménite armée du Comité de la Résistance Populaire soutenant les forces fidèles au président fugitif Abedrabbo Mansour Hadi qui regarde à travers des jumelles dans la région de Jaadan, à Marib, laprovince est de la capitale, Sanaa, le 9 mai 2015 (Crédit : AFP / STR)

Un membre de la tribu yéménite armée du Comité de la Résistance Populaire soutenant les forces fidèles au président fugitif Abedrabbo Mansour Hadi qui regarde à travers des jumelles dans la région de Jaadan, à Marib, laprovince est de la capitale, Sanaa, le 9 mai 2015 (Crédit : AFP / STR)

D’autres médias iraniens, tant libéraux que conservateurs, ont lancé une attaque cinglante contre le Hamas. Un article paru dans le quotidien réformateur Ghanoon dimanche a fustigé l’ingratitude de Khaled Meshaal à l’égard de l’Iran avec le titre : « Compte bancaire à Téhéran, fief à RYad ».

L’article a décrit la détérioration des relations entre Gaza et Téhéran, à commencer par l’abandon du Hamas de son allié syrien de l’Iran BaShar el-Assad en janvier 2012. La tension s’est encore aiguisée avec le soutien déclaré du Hamas pour les attaques saoudiennes sur les bastions Houthi au Yémen récemment.

Dans le sillage de la guerre de l’été dernier entre Israël et le Hamas à Gaza, les médias iraniens avaient exprimé l’espoir que le Hamas « réaliserait son erreur » en soutenant l’axe sunnite contre l’Iran, a noté Raz Zimmt, un expert en politique iranienne à l’Université de Tel-Aviv et le Forum pour la pensée régionale.

« L’alliance du Hamas avec l’Arabie saoudite pendant la guerre au Yémen était une autre gifle au visage pour l’Iran, qui a réalisé que le leadership politique du Hamas préfère l’axe saoudien à celui de l’Iran », a déclaré Zimmt au Times of Israel mardi.

Malgré la crise, Zimmt estime que l’Iran et le Hamas ne peuvent pas complètement rompre les liens. La branche armée du Hamas continue d’exiger de l’aide militaire que l’Arabie saoudite ne fournira jamais, alors que l’Iran aura toujours besoin d’un partenaire palestinien important.

« Je crois qu’il y a un désaccord profond au sein du Hamas sur la question de la préférence entre l’Iran ou l’Arabie saoudite, avec le leadership politique qui se penche vers l’Arabie saoudite et le commandement militaire vers l’Iran », a-t-il ajouté.

« Pour l’Iran, il n’y a pas trop de solutions de rechange. S’ils veulent influer sur l’arène politique [palestinienne], ils ne peuvent le faire que par le Hamas. Le Jihad islamique n’est tout simplement pas un joueur important ».