Un groupe de jeunes manifestants a bloqué la route principale du centre de Nazareth dimanche soir, essayant de mettre le feu à la benne à ordures et de faire face à la police. Une personnalité locale bien connue arrive sur les lieux et commence à repousser les manifestants en arrière vers les trottoirs, les exhortant à rentrer chez eux.

Quand il a terminé de mettre de l’ordre, le maire Ali Salam demande à la police de quitter les lieux.

Un jour plus tôt, Salam a expliqué son opposition à ce que des manifestations éclatent dans les villes et villages arabes à travers Israël dans une interview à Kol Al-Arab, le quotidien arabe le plus lu d’Israël.

« Le commerce, l’économie et le tourisme dans la ville de Nazareth seront mis à mal après de tels événements » a déclaré le maire récemment élu. « Les touristes vont réfléchir des centaines de fois avant de visiter la ville. On n’exprime pas des positions patriotiques d’une telle manière ».

Grâce à sa présence sur les lieux samedi, Salam a empêché l’intervention de la police qui aurait pu conduire à des morts, ce qu’il avait fait également lors des émeutes d’octobre 2000, lorsque la jeunesse arabe israélienne a été emportée par la ferveur nationaliste de la deuxième Intifada. Treize jeunes citoyens ont alors été tués dans des affrontements avec la police.

Salam n’était pas le seul maire arabe essayant d’empêcher les débordements dans les rues ces derniers jours, a déclaré Riad Kabha, directeur du Centre judéo-arabe pour la paix à Givat Haviva. A Kfar Qara, le chef du conseil régional Hassan Athamneh a convaincu les manifestants de ne pas bloquer la route et dans Baqa al-Gharbiya, le maire Mursi Abou Mokh a fait de même, s’exprimant à la télévision et à la radio nationale contre des manifestations violentes.

Mais alors que la préoccupation d’un maire pour le bien-être de sa ville peut sembler quelque chose de banal, la critique acerbe d’Ali Salam visant les politiciens arabes et leur rôle destructeur dans l’incitation des jeunes était quelque chose de très inhabituel.

« Ma critique, je la réserve aux leaders », a déclaré Salam à Kul al-Arab. « S’ils veulent organiser une activité, ils auraient dû rester présents avec les jeunes au lieu de quitter la région et de laisser ces jeunes tout seuls… Ils auraient contrôlé la situation… Je suis inquiet du harcèlement croissant de la jeunesse arabe opérant en dehors des villes et des villages. Nous devons surveiller les choses afin qu’elles ne glissent pas hors de contrôle ».

Une troisième Intifada pourrait être évitée, conclut-il, « si les dirigeants arabes demeurent unis et adoptent des décisions rationnelles ».

Les remarques de Salam ont été accueillies avec mépris par les sections locales des partis politiques arabes. La section du Balad de Nazareth [le Balad est un parti nationaliste arabe laïque avec trois sièges à la Knesset] a qualifié ses commentaires de « misérables » et de « dangereux » et a exigé des excuses. Hadash, un parti socialiste avec quatre membres au parlement israélien, a condamné Salam pour avoir exonéré le gouvernement de Netanyahu et «blâmé les dirigeants arabes pour ce qui s’était passé ».

La députée Hanin Zoabi, qui a perdu les élections municipales de Nazareth face à Salam l’an dernier, a appelé ses commentaires « irresponsables et antipatriotiques pour une personne qui souhaite remplir son rôle de chef de file officiel envers sa ville ». « C’est un langage israélien, pas un langage palestinien » a-t-elle-même écrit sur sa page Facebook dimanche.

Selon Kabha, qui dirigeait le Conseil régional de Basma, au Sud-Est de Haïfa, cet échange reflète précisément la crise actuelle du leadership arabe en Israël.

« Les manifestations récentes ont montré l’énorme décalage entre la direction locale et la direction politique arabe d’en haut » affirme-t-il ajoutant, que la plupart des manifestants – surtout des jeunes Arabes – ont été largement insoumis à toute forme de leadership.

« Ils sont à la recherche d’un moyen d’exprimer leur colère », poursuit-il. « Ils se sentent comme si les dirigeants arabes – à la fois locaux et nationaux – ne faisaient rien pour répondre aux provocations juives. Leur frustration découle de la peur ».

Aziz Haidar, un chercheur sur la société arabe israélienne aux Instituts Truman et Van Leer de Jérusalem, a déclaré que les manifestations de rue avaient été encouragées en temps de crise en particulier par Balad, qui est faiblement représenté à l’intérieur des autorités municipales et des institutions arabes.

« Hadash, en dépit d’être considérablement affaibli dans les récentes élections municipales, a encore plus de contrôle sur les institutions locales et nationales, et donc préfère l’activité organisée », a déclaré Haidar au Times of Israel.

Les manifestants proviennent également de catégories socio-économiques et d’âge qui sont distincts a noté Haidar. Les émeutiers sont généralement des adolescents sans obligations financières, des membres de la classe moyenne ou bien des classes populaires qui votent pour les partis arabes et souffrent de taux de chômage élevés.

« 60 à 70% des Arabes travaillent en dehors de leurs villes, il est donc important pour les maires de maintenir le calme afin que les travailleurs puissent se rendre au travail en toute sécurité », a-t-il déclaré.

« Les commerçants veulent aussi des fournisseurs pour pouvoir entrer dans les villes arabes. Aujourd’hui, les propriétaires d’entreprises arabes dans les garages ou les restaurants sont dépendants de leurs clients juifs. Ces gens perçoivent l’importance de la manifestation, mais veulent le calme, souhaitent un retour à la normale ».

Pour calmer les esprits dans la société arabe, les manifestants qu’ils soient Juifs ou Arabes doivent être traités de manière égale par les agents d’application de la loi ainsi que par les médias, a déclaré Kabha, l’ancien chef du conseil régional : « Les Arabes qui manifestent dans les rues, on les traite d’« émeutiers » alors que les Juifs qui scandent « Mort aux Arabes » sont dénommés « manifestants ». Ca conduit finalement aussi à des préjugés… »