Il a aujourd’hui 62 ans, « une sensibilité ironique » croit percevoir Bloomberg qui l’a rencontré, et des cheveux en bataille grisonnant. Ironique, sans doute comme le fait qu’un ancien ingénieur du Mossad travaille aujourd’hui avec l’Arabie saoudite.

Le magazine en ligne Bloomberg a enquêté sur ces entreprises israéliennes implantées en toute discrétion dans les pays du Golfe. Il raconte, entre autres l’histoire de Shmuel Bar, qui a passé 30 ans dans le Renseignement israélien, et qui s’est plongé « dans l’herméneutique du terrorisme », à savoir l’étude des mots et des expressions employés par les terroristes.

Il s’est spécialement intéressé à leurs vidéos d’adieux. L’enjeu est énorme : si ces dernières sont captées avant que le kamikaze ne passe à l’acte, il devient possible de prévenir des attentats.

En utilisant des techniques d’analyses littéraires « plus familières aux savants coraniques et critiques de la Bible », Bar est parvenu « à reconnaître la langue et les expressions religieuses que les kamikazes utilisent dans leur vidéo d’adieux ».

Son logiciel IntuView, peut traiter 4 millions de messages Facebook et Twitter par jour.

On apprend que dans ces vidéos, les terroristes-martyrs du Hamas préfèrent l’expression « la victoire est donnée à celui qui fait preuve de patience » tandis que ceux d’Al Qaeda emploient fréquemment l’expression « Allah, compte-les, tue-les et n’en laisse aucun d’entre eux ».

Un talent qui n’a pas laissé indifférent le royaume saoudien qui a invité Shmuel Bar « à venir discuter d’un projet potentiel ». Pour cacher son identité israélienne, il lui a suffit de changer le nom de son produit en IntuScan, un petit bijou qui permet aujourd’hui à la famille saoudienne de sonder l’opinion des Saoudiens sur la famille royale.

Et de repérer les opposants ?

D’autres entreprises israéliennes, comme Elbit systems, ont pris pied dans des pays du Golfe. « Le boycott arabe, il n’existe pas, » s’amuse Bar. Et ce malgré l’embargo décrété depuis la création de l’Etat d’Israël.

« Tout doit rester sous le radar, » explique de son côté Shavit, autre ancien du Mossad reconverti dans la sécurité. Un ancien ingénieur de Kochavi, une entreprise qui travaille dans la gestion des transports avec les pays du Golfe en rit : « Ce qui me surprend toujours est de savoir combien d’argent, de technologies et d’équipements circulent entre ennemis mortels sur la scène politique ! »