Deux semaines après que le président de l’Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, ait publiquement accusé le Hamas de comploter pour le renverser, un compte-rendu qui a fuité au sujet d’une réunion entre Abbas et le dirigeant du Hamas a révélé mardi l’étendue de l’animosité d’Abbas envers ses rivaux islamistes.

Abbas a rencontré le cheikh qatari Tamim bin Hamad, à Doha, le 21 août, trois jours après que le Shin Bet israélien ait annoncé que 93 membres du Hamas avaient été arrêtés et avaient l’intention de mener des attaques terroristes à travers la Cisjordanie et de renverser son régime.

Le procès-verbal de la réunion, écrit sur du papier à en-tête officiel du Qatar et signé par le chef de cabinet de Cheikh Tamim, Khalid bin Khalifa Al Thani, le 23 août, cite Abbas soulignant deux « questions épineuses » face à sa direction : l’incapacité à négocier avec Israël, et le défi existentiel posé par le Hamas, le protégé du Qatar.

Le document a été publié mardi par le quotidien libanais Al-Akhbar, affilié au Hezbollah et au régime d’Assad.

« Depuis la création de l’Autorité palestinienne, ils [le Hamas] ont essayé de la saper et de la renverser » a déclaré Abbas à son hôte qatari. « Ils émettent des décrets religieux à leur convenance et utilisent la religion pour servir leurs objectifs ».

« [En février 2007] nous sommes allés à la Mecque et avons juré de nous conformer à l’unité nationale. Trois mois plus tard, ils ont réalisé un coup d’Etat contre l’Autorité palestinienne [de Gaza]. Jusqu’à aujourd’hui, chaque fois que je mentionne le nom de Meshaal au roi Abdallah [d’Arabie saoudite] il dit que Meshaal est un
menteur ».

Les informations sur les complots du Hamas ont été fournies à Abbas par le chef du Shin Bet israélien Yoram Cohen lors d’une réunion privée à Ramallah deux semaines plus tôt, a fait savoir le dirigeant palestinien.

Le renseignement israélien a confirmé ces dires qui ont été recueillis par des agences palestiniennes, avec un enregistrement impliquant le Hamas dans une tentative d’attentat contre Mahmoud Abbas.

« En 2006, ils ont placé des explosifs sur la route. Ils voulaient me faire exploser. Ils ont également creusé un tunnel sous ma maison à Gaza. Voici un CD dans lequel tout est enregistré » aurait dit Abbas.
« Vous pouvez les entendre dire : ‘Cette mine est pour Abbas’ ».

Abbas était aussi furieux pour avoir défendu le Hamas devant la communauté internationale en ayant nié la participation de l’organisation terroriste dans l’enlèvement et le meurtre des trois adolescents israéliens en Cisjordanie en juin, pour découvrir ensuite que le responsable du Hamas Salah Al-Arouri avait revendiqué la responsabilité de l’attaque au cours d’une apparition publique enregistrée en Turquie.

« À la suite de cette action [l’enlèvement et le meurtre des adolescents israéliens], 20 Palestiniens ont été tués et [l’adolescent palestinien] Mohammed Abu Khdeir a été brûlé vif. Leur but est de détruire la Cisjordanie et de créer un Etat d’anarchie pour orchestrer un coup d’Etat contre nous. Le Hamas veut me rendre fou » a déclaré Abbas au cheikh Tamim peu de temps avant qu’une délégation du Hamas dirigée par Khaled Meshaal entre dans la chambre.

Le dirigeant palestinien a continué d’accuser le Hamas d’être en collusion avec Mohammad Dahlan, un membre déchu du Fatah, qui vit maintenant en exil à Dubaï, pour le renverser, en utilisant des fonds en provenance des Émirats arabes unis.

Le coordinateur entre le Hamas et Dahlan était le fils de Nizar Rayan, un chef du Hamas qui a été éliminé, a fait savoir Abbas.

« Pourquoi coopérer avec Mohammed Dahlan ? Le Hamas est mal intentionné. Mon expérience avec eux dit qu’on ne peut pas leur faire confiance. Même pendant les négociations [avec Israël au Caire], ils ont dit à la délégation du Fatah : « Nous voulons un partenariat, mais pour nous, vous êtes des hérétiques. Nous sommes ceux qui représentent l’Islam ».

Alors qu’elle a finalement admis son implication dans l’enlèvement des adolescents israéliens, la délégation du Hamas a nié sa collaboration avec Dahlan contre l’Autorité palestinienne. « Croyez-vous encore cette histoire? Ce sont vos querelles internes » a chargé Moussa Abou Marzouk, le chef adjoint politique Hamas, avant d’être réduit au silence par un Mahmoud Abbas furieux : « Ne me coupez pas et ne me provoquez pas, Abou Omar ».

Qatar Cheikh Tamim a joué le rôle de médiateur entre les parties en conflit, proposant qu’Abbas mette les querelles de côté de manière immédiate ou qu’il nomme un comité indépendant pour enquêter sur les allégations « suspectes » des Israéliens. Le Hamas a accepté volontiers l’offre du Qatar, tandis qu’Abbas l’a rejetée.

« Je ne peux pas répondre à votre Excellence maintenant parce que je suis en colère » a déclaré Abbas, selon le compte-rendu. « Je ne peux pas dire que cette histoire est terminée. Je veux des réponses. Nous [le Hamas et le Fatah] sommes d’accord sur la résistance populaire et les élections, et ils [le Hamas] sont allés de l’avant et ont commencé une guerre en 2012, avec laquelle nous n’avions rien à faire. Comment ? Et pourquoi ? »

Pendant ce temps, et en ce qui concerne Israël, Abbas a affirmé qu’il avait demandé à Israël et aux États-Unis de convenir par écrit d’un Etat palestinien sur la base des lignes d’avant 1967, avec Jérusalem comme capitale, puis de définir la démarcation des frontières dans un délai fixé.

Si Israël refuse, a ajouté Abbas, l’Autorité palestinienne mettra fin à sa coordination sécuritaire avec lui et cherchera à reprendre possession de la Cisjordanie.

Ni le Fatah ni Hamas n’ont démenti l’information dans Al-Akhbar.