L’histoire qui suit ne dissipera probablement pas l’idée répandue parmi la population israélienne et le leadership qui nous donne le sentiment que depuis la deuxième Intifada, il n’y a plus eu de partenaire du côté palestinien.

C’est une notion qui se fonde, entre autres, sur les déclarations des politiciens de la droite, qui prétendent qu’à chaque fois que le moment de vérité approche, le président de l’AP Mahmoud Abbas rejette les accords de paix.

Mais au moins à une reprise, cette conception s’est révélée être sans fondement et même fausse.

Il y a moins de quatre ans, ce n’était pas Abbas, qui s’est enfui de la table des négociations, mais bien le Premier ministre Benjamin Netanyahu, qui a refusé de faire avancer les pourparlers entre Abbas et le président de l’époque, Shimon Peres.

Bien qu’Abbas en soit arrivé à se mettre d’accord avec Peres sur un accord-cadre ou des principes selon lesquels les pourparlers seraient renouvelés, à la dernière minute Netanyahu a changé d’avis à propos de l’accord.

Après cela, la possibilité de reprendre des négociations centrées sur le principe de la solution à deux Etats – sur la base des lignes de 1967 avec des échanges de terres – avait disparu, ont déclaré des responsables israélien et palestinien au Times of Israel.

L’existence des pourparlers avait été précédemment révélée par le journaliste Ben Caspit, qui a également signalé l’annulation d’une rencontre de dernière minute entre Peres et Abbas prévue pour le 28 juillet 2011, à Amman, en Jordanie, après le rejet de Netanyahu des propositions concrètes que Peres voulait présenter.

Ce qui n’a pas été publié jusqu’à présent c’est le contenu des conversations et les accords conclus par les deux parties, contenus dont Netanyahu avait connaissance – jusqu’au moment de vérité, c’est-à-dire quand Netanyahu a fait volte-face et a refusé d’approuver les pourparlers.

De Rome à Amman

Les pourparlers entre Peres et Abbas ont eu lieu loin du regard de la population depuis plus d’un an.

À la lumière de la profonde impasse dans les négociations entre les parties, le président s’est lancé dans une série de réunions avec le président de l’Autorité palestinienne destinée à favoriser la possibilité de reprise des négociations officielles.

Les réunions ont été organisées dans plusieurs capitales européennes, dont Londres et Rome, ainsi qu’à Amman, qui est devenu pratiquement l’hôte permanent pour les deux hommes. De même, la dernière réunion, celle 28 juillet 2011 qui a été annulée, devait également se tenir en Jordanie.

Le président SHimon Peres et le président de l'Autorité palestinienne Mahmoud Abbas en 2008 ; en arrière plan  se trouve Saeb Erekat (Crédit : Kobi Gideon/Flash90)

Le président SHimon Peres et le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas en 2008 ; en arrière plan se trouve Saeb Erekat (Crédit : Kobi Gideon/Flash90)

Les deux présidents étaient accompagnés de leurs conseillers spéciaux : Avi Gil, qui a travaillé aux côtés de Peres depuis des décennies, et le chef de la négociation Saeb Erekat pour le côté palestinien.

Depuis le début, l’objectif était modeste : s’entendre sur un accord-cadre qui ouvrirait la voie à de nouveaux pourparlers, sans avoir l’intention de parvenir à un accord final entre les parties avant que les pourparlers n’entrent dans une phase officielle.

C’est pourquoi il a été décidé de tenir des pourparlers officieux entre les deux hommes, sans mêler Netanyahu au premier stade.

Peres a reçu la permission de Netanyahu de participer à des pourparlers afin d’examiner si un accord était possible.

Dans le même temps, il était clair, pour toutes les parties concernées, que Netanyahu pouvait se distancier de tout accord négocié et prétendre qu’il représentait simplement les positions personnelles de Peres.

De cette façon, Netanyahu pouvait jouer sur les deux tableaux, la négociation par le biais de Peres tout en se réservant la possibilité de prendre du recul et dire « ce n’est pas moi » si le président parvenait à un accord qu’il ne lui convenait pas.

Bien que Peres était relativement en bons termes avec Netanyahu à l’époque, il était clair pour les Palestiniens qu’il n’était pas l’équivalent de l’envoyé spécial du Premier ministre, Yitzhak Molcho, mais était plutôt un canal ‘niable’.

Un débat s’est plus tard posé sur l’importance de ce canal. Il y a ceux des deux côtés qui prétendent qu’en raison de l’absence d’engagement officiel de Netanyahu aux pourparlers, son importance est marginale. D’autres affirment que Netanyahu était tout à fait favorable à un accord complet… jusqu’à ce qu’il change d’avis.

Benjamin Netanyahu, left, and Shimon Peres, leaving a ceremony Saturday night. (photo credit: Yonatan Sindel/Flash90)

Benjamin Netanyahu et Shimon Peres (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Les discussions ont abouti à des progrès significatifs au fur et à mesure.

Gil et Erekat ont également tenu des réunions séparées, sans leurs patrons pour faire avancer les choses. Et tout au long du processus, Netanyahu a reçu des mises à jour sur la situation.

Pour sa part, Abbas a partagé avec ses plus proches conseillers les évolutions autour de l’accord-cadre, dont les termes n’étaient pas sans rappeler le protocole d’entente que le secrétaire d’État John Kerry a plus tard cherché à créer.

Les deux camps s’étaient mis d’accord sur le fait qu’ils devraient parvenir à des accords de base sur la question territoriale, à savoir les frontières du futur État palestinien.

Compte tenu des malentendus profonds qui existent entre les parties autour de la question de Jérusalem (en particulier des Lieux saints), et sur le sort des réfugiés palestiniens, plusieurs formulations ont été testées avant qu’ils arrivent à une compréhension mutuelle et que le futur accord préalable prévoit de comporter une déclaration sur la création d’un Etat palestinien sur la base des lignes du 4 juin 1967, avec des échanges de territoires équitables.

A ce stade, il n’y a eu aucune discussion sur les chiffres exacts.

Les conseillers d’Abbas ont expliqué récemment que pendant les pourparlers, le président de l’AP a réitéré qu’il serait prêt à « se contenter de » 98 % de la Cisjordanie.

Il a également insisté sur le fait que les échanges de terres soient de qualité et de taille égale, chose qui s’est reflétée dans l’accord-cadre.

Il convient de souligner que les chiffres spécifiques étaient en dehors du cadre de la déclaration de principes, et ont été soulevés lors des discussions entre les deux hommes, mais n’a abouti à rien au-delà de ça.

Selon les proches d’Abbas, les ententes sur l’accord-cadre ont inclus une déclaration sur la démilitarisation de l’Etat palestinien, avec un tiers qui aurait été déployé aux frontières et aux passages.

Au sujet de Jérusalem, un accord a été trouvé autour de certaines des questions litigieuses, tandis que le sujet explosif du Saint bassin [Vieille Ville et les territoires adjacents] a été laissé de côté pour qu’il soit évoqué à un stade ultérieur.

Peres et Abbas ont convenu que Jérusalem serait la capitale des deux Etats et resterait une ville ouverte. Les quartiers juifs seraient sous souveraineté israélienne ; les quartiers arabes seraient sous souveraineté palestinienne.

Le différend reposait sur le mont du Temple.

À aucun moment, Abbas n’a accepté que les Palestiniens n’aient pas la souveraineté sur la montagne, même en échange d’une déclaration générale concernant la souveraineté arabe ou religieuse. Par conséquent, il a été décidé que l’accord-cadre prévu ne porte aucune mention du mont du Temple.

Les Musulmans priant au mont du Temple à la fin du mois saint du ramadan le 28 juillet 2014 (Crédit : Sliman Khader/Flash90)

Les Musulmans priant au mont du Temple à la fin du mois saint du ramadan le 28 juillet 2014 (Crédit : Sliman Khader/Flash90)

D’où vient l’insistance des Palestiniens pour garder la souveraineté sur le mont du
Temple ?

Un bon nombre d’explications ont été données à ce sujet-là, et y compris sur l’affirmation récurrente des hauts responsables palestiniens, qui ont également exprimé cette ‘vérité’ au cours des conversations avec le Times of Israel, qu’ « Al-Aqsa est à nous » et il n’y aura pas d’accord de paix sans la souveraineté palestinienne là-bas.

Ce n’est pas une nouvelle position, et cela peut provenir d’un désir palestinien d’acquérir une position particulièrement prestigieuse dans le monde islamique.

Si l’Arabie saoudite est responsable des deux sites les plus sacrés de l’islam, alors les Palestiniens seraient les propriétaires du troisième. Pour eux, la mosquée n’est pas seulement une question religieuse ; c’est une question nationale et un symbole religieux avec la capacité de renforcer leur statut diplomatique.

Les Palestiniens ont également suggéré, sans opposition israélienne, que l’accord de paix final établisse un organisme municipal conjoint pour s’occuper de l’électricité, de l’eau et des eaux usées dans les deux capitales, qui ne seraient divisées que par une ligne imaginaire.

Quand la question des réfugiés a été abordée, les parties ont également convenu d’une formulation un peu vague pour l’accord-cadre : une déclaration générale disant que la solution à ce problème serait le fruit d’un commun accord et juste, formulation similaire à celle de l’Initiative de paix arabe, mais il n’y a aucune mention de la Résolution 194 de l’ONU.

La question a également suscité un grand nombre d’idées des Palestiniens pour un futur accord de paix.

Un haut responsable palestinien a déclaré au Times of Israel qu’Abbas a donné à Peres les quatre solutions alternatives qu’il pourrait présenter aux réfugiés : maintenir leur lieu de résidence actuel tout en recevant une compensation ; les déplacer vers un pays tiers et obtenir réparation ; les installer dans l’Etat palestinien et retourner en Israël, avec le consentement du gouvernement israélien.

Le fonctionnaire a déclaré qu’aucun chiffre annuel permanent de réfugiés revenant en Israël n’a été présenté. C’est, selon Abbas Israël qui chaque année, déciderait du nombre de réfugiés qu’il autoriserait à revenir sur son territoire. (Dans des conversations ultérieures la position d’Abbas était qu’il voulait qu’Israël reprenne 10 000 réfugiés par an pendant 15 ans, soit un total de 150 000 réfugiés).

Abbas était prêt à inclure une clause sur la fin de toutes les revendications réciproques et la fin du conflit, contrairement aux allégations de la droite israélienne sur le fait qu’il n’ait pas accepté cette condition.

Volte-face

L’impression générale à la fois parmi les Israéliens et les Palestiniens, à l’époque et maintenant, est que Netanyahu a suivi les entretiens de loin, qu’il connaissait chaque détail des phrases qui ont été prononcées. C’est peut-être la raison pour laquelle cela a causé un choc aux négociateurs quand il a décidé de mettre un terme à l’initiative.

Au moment de vérité, le Premier ministre s’est couché. Peres devait rencontrer Abbas le 28 juillet 2011 à Amman, et était censé lui donner un document ou lui faire part d’une certaine garantie qui rendrait l’accord officiel, ou du moins, une proposition officielle israélienne.

Mais quelque chose s’est mal passé.

Tandis qu’Abbas était en chemin vers le pont Allenby, le négociateur israélien Avi Gil l’a appelé et lui a dit qu’il n’y avait plus de raison de se rendre à la réunion : Netanyahu n’avait pas accepté de remettre le document officiel.

Après cela, les relations entre Peres et Netanyahu se sont détériorées. Le président avait perdu la foi en son Premier ministre.

Pourquoi, alors, Netanyahu a-t-il changé de position et surtout sa position sur les négociations à la dernière minute ? Cela reste assez vague. Le bureau de Peres a refusé de commenter, tandis que le bureau du Premier ministre a insisté sur le fait que Netanyahu n’a jamais accepté aucune de ces clauses.