Israël aime se targuer d’être la seule vraie démocratie de la région. Peu de slogans sont aussi fréquemment scandés que celui-ci : « Nulle part ailleurs au Moyen Orient les Arabes n’ont davantage de droits qu’en Israël : ils sont même représentés au Parlement. »

« Il y a des députés arabes à la Knesset. Et c’est très bien ainsi », a déclaré le ministre de l’Économie Naftali Bennett la semaine dernière lors d’une interview sur CNN.

« A ma connaissance, il n’y a jamais eu de député juif en Arabie saoudite. Je sais qu’à travers toute la région, il y a de l’apartheid contre les autres religions. Pas en Israël. »

Mais cela pourrait bientôt changer – du moins en théorie.

Mardi, la Knesset a approuvé une réforme électorale majeure qui, entre autres, fait passer le seuil électoral de 2 à 3,25 %, ce qui fait peser une menace existentielle sur les trois partis arabes, entrés de justesse au Parlement actuel.

Les membres de la coalition se sont félicités du vote de la loi dite de gouvernance, espérant qu’elle permettrait une meilleure stabilité gouvernementale. (Contrairement à ce qu’affirment de nombreux opposants à la loi, les partis l’ayant soutenue ne souhaitent pas faire sortir les Arabes de la Knesset, même si certains députés nourrissent secrètement une telle ambition). La réussite d’un tel objectif reste encore à être démontrer.

Mais, aussi pluraliste que soit le système politique israélien, la question se pose de savoir si les trois partis arabes de la Knesset actuelle réussiront à s’unir pour garantir à la principale minorité d’Israël (près de 20 % de la population) une représentation parlementaire.

Si ces partis ne s’unissent pas, se présentent séparément aux élections et ne parviennent pas à entrer dans la 20ème Knesset, Israël perdra l’un de ses arguments les plus précieux : le fait que dans un État juif, les Arabes soient représentés au Parlement.

Une Knesset sans le moindre parti arabe – en raison d’une loi votée par un gouvernement de droite –  ferait empirer la réputation d’Israël et entamerait sérieusement les efforts israéliens en matière de relations publiques.

Les présidents de deux partis exclusivement arabes – le parti nationaliste arabe Balad et le regroupement de partis islamistes Raam-Taal – ont déjà fait savoir qu’ils fusionneraient pour tenter d’éviter de disparaître lors de la prochaine élection, prévue en 2017.

Mais cet accord n’englobe pas le parti communiste judéo-arabe Hadash, dont l’idéologie pourrait l’empêcher de signer en faveur d’une telle fusion.

Le leader du parti Hadash, Mohammad Barakeh (à droite) et le député du parti Ra’am Ta’al Masoud Ganaim en 2012. (Crédit : Miriam Alster/Flash90)

Le leader du parti Hadash, Mohammed Barakeh (à droite), et le député du parti Ra’am Ta’al Masoud Ganaim en 2012. (Crédit : Miriam Alster/Flash90)

Mais si l’envie leur prenait, les députés arabes pourraient porter préjudice aux partisans du projet de loi, et également aux défenseurs d’Israël en tant que société pluraliste et ouverte d’esprit.

Tout ce que les partis Raam-Taal, Balad et Hadash auraient à faire serait de prendre part dans la campagne en tant que trois partis indépendants et attendre le pire.

Lors des dernières élections, Raam-Taal a obtenu 3,65 % des votes. S’ils obtenaient le même résultat en 2017, il passeraient, mais de justesse. Cependant, selon les chiffres de 2012, Balad et Hadash ne seraient plus de la partie.

Si aucun des trois partis ne passent le quota de 3,25 %, ils pourraient facilement exploiter le résultat des élections pour médiser sur Israël.

Ils pourraient alors affirmer qu’après des décennies de « tolérance » des partis arabes témoignée par Israël au sein de la démocratie, le ministre des Affaires étrangères Avigdor Liberman et compagnie ont enfin réussi à débarrasser la Knesset des Arabes.

Cependant, cette option semble hors de propos pour le moment.

En ne nous unissant pas, « nous récompenserions Liberman et les autres, » a déclaré le député Masud Ganaim du parti Raam-Taal au Times of Israel cette semaine. « Ils veulent une Knesset sans Arabes, pourquoi devrions-nous la leur donner ? Pas question. Je fais partie de la société arabe en Israël et je veux être représenté. »

Bien sûr, le vote historique de mardi à la Knesset, passé avec 67 voix contre 0, en raison du boycott de l’opposition, ne change pas le fait que les Arabes bénéficient encore et continueront de bénéficier de tous les droits civiques en Israël.

Les Israéliens ont tout de même peur de perdre la guerre des relations publiques. Ils se battent contre les accusations d’apartheid et s’acharnent à combattre le mouvement grandissant du boycott.

Une Knesset sans Arabes endommagerait certainement la position du pays au sein de la communauté internationale.

« Il n’y a rien d’antidémocratique, en soi, d’avoir un quota de 3,25 %, comparé aux 2 % précédents. De fait, la plupart des parlements démocratiques ont un quota bien plus élevé que 3 %, » souligne l’ancienne députée Einat Wif, qui a publié, l’an dernier, un livre contre la réforme électorale.

Peu importe ce que décident les partis arabes – une union ou des campagnes indépendantes qui les évinceraient de la Knesset – ce « changement minime » de la loi « affectera probablement les relations judéo-arabes au sein de la société et de la politique israélienne, » a-t-elle indiqué au Times of Israel. « Seul l’avenir révélera le vrai impact de ce vote. »

Le chef du parti Balad, Jamal Zahalke, avait probablement raison quand il a affirmé qu’on « se souviendrait peut-être de Liberman comme du fédérateur des Arabes. »

Elhanan Miller a contribué à cet article