Pendant la guerre de Gaza l’été dernier, Alexis Tsipras, le nouveau Premier ministre grec, a déclaré que « la brutalité [d’Israël] ne peut être tolérée ».

De hauts membres de son parti – qui, ont presque obtenu une majorité absolue aux élections de dimanche – ont participé à la flottille de 2010, qui visait à briser le blocus naval de Gaza par Israël et s’est conclue par un affrontement meurtrier entre militants turcs et soldats israéliens. Un des délégués du parti au Parlement européen s’est même déclaré ouvertement favorable au Hamas.

Et pourtant, les relations entre la Grèce et Israël resteront conviviales, les deux parties appréciant l’ »importance stratégique » du renforcement de la coopération bilatérale, ont indiqué des responsables du gouvernement grec et des représentants de la communauté juive, mardi.

Dimanche, le parti d’extrême gauche Syriza a remporté les élections parlementaires nationales dans une victoire écrasante, obtenant 149 des 300 sièges.

Après un accord de coalition avec le petit parti de droite ANEL, Tsipras a prêté serment au poste de Premier ministre lundi.

Les responsables israéliens observent ce changement politique de la Grèce de près, la relation entre les deux pays s’étant améliorée de façon spectaculaire au cours des dernières années, à mesure que les liens d’Israël avec la Turquie se détérioraient.

« Je ne peux que prévoir des choses positives », a déclaré l’ambassadeur grec en Israël, Spyridon Lampridis.

« La critique, oui – vous recevez des critiques de tout gouvernement, vous pouvez entendre, par exemple, des commentaires au sujet de telle ou telle politique du Jérusalem de la part du nouveau gouvernement grec, qui pourrait en réprouver certaines. Mais cela ne changera pas l’objectif global, qui est la stabilité de la région, bénéfique pour les deux pays. »

Il est vrai que certaines voix à Syriza – acronyme pour Coalition de la gauche radicale en grec – ont tendance à adopter la vision palestinienne, concède Lampridis. Mais selon plusieurs indications, Jérusalem n’a pas lieu de s’inquiéter, ajoute-t-il.

D’une part, les politiciens agissent différemment une fois qu’ils sont chargés de diriger un pays. « Un parti [entre] dans le gouvernement, et [les chefs de ce parti peuvent devenir] beaucoup plus responsables et prudents dans les politiques qu’ils devront défendre. »

Deuxièmement, a déclaré le diplomate, le jeune partenaire de la nouvelle coalition est « très célèbre pour ses positions pro-israéliennes ».

L'ambassadeur grec en Israël Spyridon Lampridis chantant l'hymne national israélien après avoir présenté sa lettre de crédence au président de l'époque Shimon Peres à Jérusalem le 28 Mai 2013. (Crédit : Isaac Harari/Flash90)

L’ambassadeur grec en Israël Spyridon Lampridis chantant l’hymne national israélien après avoir présenté sa lettre de crédence au président de l’époque Shimon Peres à Jérusalem le 28 Mai 2013. (Crédit : Isaac Harari/Flash90)

Le maintien de liens forts est dans l’intérêt des deux pays, déclare l’ambassadeur au Times of Israel. « Il y a une réalité appelée ‘instabilité dans la Méditerranée’. Peu importe qui siège au gouvernement démocratiquement élu en Grèce, [on] ne peut ignorer le fait que l’on compte très peu d’Etats démocratiques et prospères avec des idéaux occidentaux dans la région. Israël est l’un d’eux. Si nous regardons autour de nous, il existe un éventail très limité de pays avec lesquels la Grèce peut coopérer. »

Le ministère israélien des Affaires étrangères a refusé mardi de faire des commentaires sur le nouveau gouvernement à Athènes. Il se réfère à une déclaration diffusée lundi, selon laquelle il « salue les élections en Grèce et espère la poursuite de liens privilégiés entre la Grèce et Israël, qui n’ont fait que se renforcer ces dernières années ».

Dans son passé, le nouveau parti au pouvoir à Athènes n’était pas vraiment fan d’Israël.

Dans sa plate-forme, Syriza a explicitement appelé à la fin de la coopération sécuritaire de la Grèce avec l’ « agressif » Etat d’Israël, a écrit l’éminent homme d’affaires gréco-israélien Sabby Mionis en 2012. Il avait toutefois reconnu à l’époque que certains dirigeants du parti semblent avoir adopté une approche plus modérée.

« Ils sont certainement hostiles envers Israël et la relation entre les deux pays représentera un défi », déclare Mionis au Times of Israel, mardi. « J’espère que Syriza reconnaîtra l’importance stratégique de cette relation et assouplira sa position. Plusieurs membres de Syriza, y compris certains affectés à des postes gouvernementaux, étaient même sur la flottille en 2010. »

La flottille turque, Mavi Marmara, à destination de Gaza (Crédit : CC BY Free Gaza Mouvement/Flickr)

La flottille turque, Mavi Marmara, à destination de Gaza (Crédit : CC BY Free Gaza Mouvement/Flickr)

D’autre part, le Premier ministre sortant, Antonis Samaras, qui entretenait de très bonnes relations avec des groupes juifs suite à son opposition au parti d’extrême droite Aube dorée, a invité plusieurs politiciens liés aux néonazis dans son cabinet, souligne Mionis. « Je pense que l’accueil de tels personnages, dans le climat politique global, est beaucoup plus dangereux », que la critique de gauche de Syriza vis-à-vis d’Israël.

Pendant l’opération Bordure protectrice de l’été dernier, Tsipras, président du parti et nouveau Premier ministre, a déclaré que « la Palestine est en guerre perpétuelle – cette guerre doit prendre fin à un moment donné ; cette brutalité ne peut être tolérée… Lorsque des civils et des enfants sont tués sur des plages, face à la même mer qui borde le continent européen, nous ne pouvons pas rester passifs, parce que si cela se produit de l’autre côté de la Méditerranée aujourd’hui, cela peut arriver de notre côté demain. »

Mais la nomination mardi du ministre des Affaires étrangères, Nikos Kotzias, un professeur de relations internationales qui n’est pas membre de Syriza, indique que le nouveau gouvernement d’Athènes ne poursuivra pas une politique hostile envers Israël, selon plusieurs observateurs de la politique grecque.

Nikos Kotzias (Crédit : Autorisation)

Nikos Kotzias (Crédit : Autorisation)

Kotzias, qui travaillait pour l’ancien Premier ministre de centre-gauche George Papandreou, « est un homme politique plutôt pragmatique, donc je ne m’attends pas à une détérioration des relations bilatérales » avec Israël, déclare Emmanuel Karagiannis, né en Grèce et maître de conférences au Département d’études de défense au Collège King de Londres.

« Kotzias voit la Turquie comme le principal concurrent géopolitique de la Grèce en Méditerranée orientale. Par conséquent, je crois que le partenariat gréco-israélien survivra à ce changement politique. »

Dans un article publié sur son blog le mois dernier, Kotzias a écrit que la Grèce pourrait servir de médiatrice entre les Palestiniens et Israël et entre Israël et l’Iran.

Le gouvernement entrant de Tsipras est une « coalition de marxistes, de droitistes et de gauchistes modérés, mais je ne m’attends pas à des changements majeurs dans la politique étrangère grecque », dit Karagiannis.

Le nouveau ministre de la Défense, Panos Kammenos, par exemple, a la réputation d’être pro-américain et proche de la droite israélienne.

Selon Karagiannis, le gouvernement grec ne s’empressera pas de reconnaître un Etat palestinien, « puisque la plupart de ses efforts seront orientés vers la gestion des relations avec les partenaires de l’UE ».

Un membre important de la communauté juive locale a salué Syriza pour sa position contre la haine des Juifs et déclaré qu’il prévoyait la poursuite « d’excellentes relations » avec les autorités gouvernementales.

« Au cours des deux dernières années, nous avons entretenu un dialogue très positif avec les dirigeants de Syriza [qui] ont toujours soutenu la lutte contre l’antisémitisme en Grèce », confie Victor Eliezer, membre du Conseil central des communautés juives en Grèce, au Times of Israel mardi.

Un candidat aux élections locales de l’année dernière a utilisé des stéréotypes antisémites et a été rapidement éjecté par la direction du parti, précise-t-il.

« Syriza a toujours condamné les comportements antisémites et des membres éminents ont prouvé leur solidarité en visitant le musée juif, et le mémorial de l’Holocauste d’Athènes après sa profanation. »

Eliezer se dit certain que « l’excellente coopération » entre la communauté juive locale et le gouvernement sortant sur les questions religieuses et éducatives, comme les « excellents programmes éducatifs pour l’enseignement de l’Holocauste », se poursuivraient.

Reconnaissant des divergences d’opinion sur la politique israélienne, Eliezer prédit que le nouveau gouvernement cherchera à favoriser de bonnes relations avec Jérusalem.

« Le nouveau Premier ministre Tsipras poursuivra le développement des relations bilatérales entre la Grèce et Israël, car ces relations sont considérées comme importance stratégiquement, au profit des deux populations. »