De nombreux observateurs de la politique israélienne voient le gouvernement nouvellement élu comme l’un des plus nationalistes et des plus à droite dans la mémoire récente.

Du fait de l’absence de tous les partis de centre gauche pour contre balancer les éléments de centre droit et d’extrême droite de la coalition, la nouvelle coalition n’offre absolument aucun espoir pour n’importe quelle forme de progrès dans le processus de paix avec les Palestiniens, pensent les commentateurs en Israël et à l’étranger.

La déclaration n’est pas infondée. Le 34e gouvernement d’Israël est le premier depuis 20 ans dans lequel la perspective de pourparlers de paix n’est pas mentionnée dans aucun des accords de coalition.

Dans les trois précédents gouvernements dirigés par Benjamin Netanyahu, il a toujours fait alliance avec des partis centristes ou même des partis de gauche. En 1996, l’ancien politicien travailliste Avidgor Kalahani était son ministre de la sécurité publique.

En 2009, Ehud Barak a rejoint la coalition (le parti a ensuite été divisé en deux factions, avec l’Indépendance de Barak restant au gouvernement). Tzipi Livni d’Hatnua et Yair Lapid de Yesh Atid étaient les visages centristes de dernier gouvernement de Netanyahu, avant qu’il ne le renvoie et appelle de nouvelles élections en décembre dernier.

Le nouveau gouvernement ne rassemblera pas de feuille de vigne de gauche ou de centre gauche, aucun parti n’appelant à une reprise des négociations et la création urgente d’un État palestinien. Ce serait clairement un euphémisme de dire que le processus de paix ne figure pas parmi les priorités de l’agenda de la coalition.

Pourtant, certains analystes considèrent que si Netanyahu devait engager de sérieuses négociations et obtenir un accord avec les Palestiniens, une majorité à la Knesset le soutiendrait.

Un accord de statut final validé par ce nouveau gouvernement de droite apparaît actuellement impensable, mais la pression internationale, y compris des résolutions soutenues par les Etats-Unis au Conseil de Sécurité des Nations Unies ou des sanctions de l’Union Européene, pourrait mettre la coalition dans un coin, ne lui laissant aucun autre choix que celui de négocier sérieusement.

Peu importe qui forme le gouvernement et qui siège dans l’opposition, parmi les 120 membres de la Knesset qui voteraient sur un possible accord de paix, « la droite idéologique est en réalité plus petite que le reste », estime Akiva Eldar, jounaliste et obsevateur de longue date du processus de paix.

« Il n’est pas du tout sûr que si certains dirigeants arabes font un pas audacieux comme l’a fait feu le président égyptien Anwar Sadat, et si un président américain agit comme Jimmy Carter, nous verrons nécessairement la naissance d’un Premier ministre israélien qui suit les pas de feu le Premier ministre Menachem Begin, a-t-il écrit dans Al-Monitor mercredi. Pourtant, si cela devait avoir lieu, la 20e Knesset serait derrière lui ».

Regardons de plus près les partis qui auraient approuvé un accord de paix. HaBayit HaYehudi de Naftali Bennett (avec huit sièges) se serait clairement opposé à tout gouvernement conduisant à un État palestinien, tandis que la liste jointe arabe, Meretz, l’Union Sioniste et Yesh Atid soutiendrait certainement (avec 53 sièges).

Il est plus difficile de prédire comment les autres partis voteraient sur la question.

Netanyahu dit qu’il soutient une solution à deux États par principe, même s’il croit qu’elle est impossible dans de telles circonstances. Au sein du Likud, qui avec 30 des 61 sièges de la coalition est de loin la faction la plus puissante, c’est une opinion minoritaire.

La vaste majorité des députés du Likud sont catégoriquement opposés à la création d’un État palestinien, préférant à la place la poursuite indéfinie d’un status quo ou appelant à une annexion totale ou partielle de la Cisjordanie.

Le deuxième plus grand parti de la coalition, Koulanou de Moshe Kahlon (10 sièges) se concentre sur des questions socio-économiques.

Lors de la campagne électorale, il s’est largement refusé à discuter le processus de paix. Un ancien du Likud, Kahlon s’est opposé au désengagement de Gaza en 2005 et pense toujours qu’il n’y a personne avec qui parler de la paix du côté palestinien, même s’il dit être en faveur d’une solution à deux États en principe.

La position du Shas, avec sept sièges, est très similaire : le parti soutient globalement un accord avec les Palestiniens, mais il croit que la vraie paix n’est pas actuellement atteignable, et il se concentre exclusivement sur les questions socio-économiques.

YaHadout HaTorah, qui compte six sièges, n’a pas de position unifiée sur le processus de paix, même si la plupart des députés tendent vers la droite sur la question palestinienne, ayant voté contre les Accords d’Oslo et le retrait de Gaza.

Pourtant, le législateur expérimenté Moshe Gafni a récemment déclaré qu’il était en faveur d’une avancée du processus de paix afin d’éviter une isolation internationale et un État de guerre perpétuel. Néanmoins, a-t-il ajouté, négocier avec les Palestiniens devrait être réalisé avec « précaution et intelligence » et en tandem avec l’administration américaine.

Yisrael Beytenu d’Avidgor Liberman, le seul parti de droite dans l’opposition, soutient une solution à deux États. Pourtant, il ne voit pas les frontières de 1967 comme la base des négociations (les partis de gauche et de centre gauche le font) mais préfère insister pour redessiner la frontière de deux États afin de garder le plus de Juifs et le moins d’Arabes possible dans les frontières d’Israël.

Liberman a déclaré à de nombreuses reprises qu’il n’accepterait pas un accord qui ne verrait pas Israël annexer des implantations majeures en Cisjordanie et en échange céder des territoires de la souveraineté israélienne principalement habités par des citoyens arabes pour un futur État palestinien.

Un personnage politique totalement imprévisible, il n’est pas certain de savoir comment le ministre des Affaires étrangères sortant voterait sur un accord de paix qui n’adopterait pas son plan controversé.

Dès lors, s’il n’est pas clair de savoir si un accord de paix pourrait avoir une majorité à l’actuelle Knesset, ce n’est en rien impossible.

La dure nature de la coalition arrivant au pouvoir n’empêche en aucune manière un possible accord, selon Orit Galili Zucker, une professeure de science politique et consultante qui a travaillé pour Netanyahu et aussi pour les politiciens de gauche.

« Le processus de paix n’est pas encore à l’ordre du jour, mais quand la pression commencera, Netanyahu essaiera d’adapter sa coalition en fonction, explique-t-elle en faisant référence à la possibilité que le Premier minisre puisse inclure l’Union Sioniste dans son gouvernement. Netanyahu change sa coalition en fonction du sujet », et si la pression internationale devait Israël pour avancer sur la question palestinienne, il serait prêt à payer le prix politique de faire entrer un parti de centre gauche, explique-t-elle.

Pour le moment, le chef de l’Union sioniste Isaac Herzog nie toute intention de rejoindre la coalition, mais il a aussi refusé de déclarer qu’il ne changera pas de point de vue dans le futur.

Les dirigeants de l'Union sioniste les députés Isaac Herzog et Tzipi Livni lors d'une conférence de presse à Tel Aviv, le 18 mars 2015 (Crédit : Tomer Neuberg / Flash90)

Les dirigeants de l’Union sioniste les députés Isaac Herzog et Tzipi Livni lors d’une conférence de presse à Tel Aviv, le 18 mars 2015 (Crédit : Tomer Neuberg / Flash90)

Il est certain que la pression sur Israël pour faire des progrès vers un accord de paix va augmenter dans les semaines à venir. Dans une petite note publiée jeudi félicitant Netanyahu pour son nouveau gouvernement, la Maison Blanche a souligné « l’importance de poursuivre une solution à deux États ».

L’Union Européenne a clairement évoqué qu’elle fera pression pour de nouvelles négociations, et la France, la Jordanie et la Nouvelle-Zélande travaillent déjà pour une résolution du Conseil de Sécurité demandant un retrait israélien de la Cisjordanie.

Aussi loin que cela puisse sembler aujourd’hui, le fait que la coalition au pouvoir soit dure sur les questions de sécurité ne signifie pas nécessairement qu’elle ne voudra pas considérer un traité de paix potentiel, a suggéré Benjamin Molov, analyste politique à l’Université Bar-Ilan.

Au début des années 1990, personne ne s’attendait non plus à ce que le Premier ministre du Likud Yitzhak Shamir fasse autant de progrès sur la question palestinienne, mais « ironiquement, dû à la pression extérieure, particulièrement des Etats-Unis, ce fut durant son mandat que la conférence de paix de Madrid fut initiée et finalement tenue », a déclaré Molov.

Si l’on peut clairement penser que le nouveau gouvernement ne se précipitera pas pour lancer une nouvelle initiative de paix, une forte pression internationale pourrait le forcer à venir à la table des négociations.

Mais plutôt que d’essayer d’acculer Jérusalem dans un coin, demander uniquement des concessions à Israël qui conduirait simplement à une réaction forte de l’opinion publique israélienne et du Congrès américain, une approche multilatérale impliquant les États arabes modérés promet plus de réussite, a déclaré Molov.

« Il pourrait bien y avoir des opportunités tactiques pour établir un environnement au Moyen Orient qui pourrait mener à une approche régionale ».

Après tout, un processus de paix requiert deux parties voulant faire des « pas audacieux » mentionnés par Eldar.

Même le gouvernement israélien le plus ouvert, comme Netanyahu le rappelera surement à tous ceux qui cherchent à augmenter la pression sur son gouvernement, ne peut pas résoudre le conflit tout seul.