Avec des pourparlers de paix au point mort, et un ras le bol américain exprimé mardi par la voix de son secrétaire d’Etat John Kerry, une question se pose : quelle serait l’incidence d’une rupture complète du dialogue sur la situation sécuritaire ?

Dès le début du processus, et après seulement quatre visites éclair de Kerry, le major-général Nitzan Alon, ancien commandant des forces spéciales en poste actuellement en Cisjordanie, a mis en garde contre les risques liés à un effondrement des pourparlers.

Si « l’implication américaine a bien eu une influence positive sur le terrain », un échec des négociations pourrait « renforcer » l’escalade récente des violences.

Le Times of Israel a demandé à plusieurs experts leur avis sur la question.

Tout d’abord, et dans le but de bien comprendre les tenants et les aboutissants, pensez à une balançoire, couleur terre et grinçante et dépourvue de ces coussins tendres qui amortissent la chute.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu est assis sur un côté, à même le sol, encerclé par des oiseaux de mauvaise augure pointant leur doigt vers un sablier mesurant le temps écoulé avant la fin de la solution à deux Etats.

En haut, sautillant de toutes ses forces – et harcelé par le général égyptien Abdel Fattah al-Sissi l’Egypte, le Jihad islamique et le chef du Hezbollah Hassan Nasrallah – se trouve le chef du Hamas, Ismail Haniyeh.

Au milieu, sur la corde raide, le vieillissant président de l’AP Mahmoud Abbas, se tenant loin de Netanyahu. Et enfin Kerry, en pull-over zébré, sifflet au bec, pointant un doigt accusateur vers un Netanyahu visiblement abasourdi.

Derrière la scène, sous les fondements mêmes de la balançoire, se tiennent les agents de la déstabilisation : des Gardiens de la révolution iraniens et des combattants sunnites du jihad.

Un effondrement des pourparlers de paix signera le rapprochement de Mahmoud Abbas avec le Hamas, a déclaré Ely Karmon, chercheur à l’Institut international pour la lutte contre le terrorisme à l’IDC Herzliya.

« Le Hamas fera le tour de la question », « et s’ils parviennent à un accord [avec l’AP], alors leur capacité opérationnelle à mener des attaques augmentera ».

La fin des négociations, ajoute Karmon, pourrait également signaler aux trois acteurs positionnés sur le front nord – en l’occurrence l’Iran, le Hezbollah et les extrémistes sunnites – qu’une provocation, une roquette par exemple tirée depuis un camp de réfugiés palestiniens en Syrie, pourrait plonger la Cisjordanie dans un cycle de violence.

Selon le colonel Shaul Shay, officier de carrière du renseignement militaire, actuellement directeur des recherches à l’Institut pour la politique et la stratégie à l’IDC Herzliya, l’effondrement des négociations aura peu d’impact sur ​​le positionnement de Abbas sur la balançoire.

« La coopération sur le plan sécuritaire avec l’Autorité palestinienne est dans l’intérêt mutuel », explique-t-il. Une rupture de cette coopération représenterait un appel d’air du Hamas et mettrait Abbas en danger, a-t-il ajouté. « Et Abou Mazen n’a pas de tendances suicidaires. »

Une hausse spectaculaire des activités terroristes initiées par le Fatah, comme cela s’est produit durant la Seconde Intifada, « nécessiterait un changement stratégique radical » de la part d’Abbas. Un scénario hautement improbable.

Selon l’ancien conseiller à la sécurité nationale, le général de division Uzi Dayan, plus l’Autorité palestinienne s’éloigne d’Israël, plus elle se rapprochera du Hamas. Mais une reprise des activités terroristes, en conséquence de la rupture des négociations, signifie simplement
« qu’Israël doit gérer lui-même la sécurité ».

« Rien de dramatique », précise-t-il.

Le véritable désagrément provient de deux constats : d’une part, la réalisation que les Palestiniens sous la direction d’Abbas sont incapables de parvenir à un accord final ; et d’autre part, l’implication américaine condamne les négociations à l’échec, en invitant les deux parties à négocier avec eux au lieu de négocier entre eux.

« Les chances de parvenir à un accord sur le statut final sont proches de zéro » dit-il. Mais quand ce cycle de négociations arrivera à terme, Israël et l’Autorité palestinienne pourraient bien se rasseoir à la table des négociations, sans les États-Unis, et parvenir à un accord non permanent de coexistence pacifique.

« Les négociations se sont déroulées dans une bulle », explique-t-il. « Et les bulles éclatent. Et ce n’est pas agréable. Mais c’est sain. »