Une intervention militaire conduite par l’Arabie saoudite a été lancée jeudi au Yémen pour venir en aide au président de ce pays arabe face aux avancées de rebelles chiites soutenus par l’Iran.

L’Arabie saoudite a mobilisé 150.000 militaires et 10 avions de combat tandis que les Emirats arabes unis ont engagé 30 avions de combat, Bahreïn et Koweït 15 appareils chacun et le Qatar 10, a indiqué Al-Arabiya, chaîne de télévision à capitaux saoudiens.

En plus de ces pays du Golfe, voisins du Yémen, cette opération militaire mobilise d’autres pays alliés de l’Arabie saoudite comme l’Egypte, la Jordanie, le Soudan, le Pakistan et le Maroc, selon Ryad.

Les Etats-Unis, alliés du président yéménite Abd Rabbo Mansour Hadi dans la lutte contre Al-Qaïda, ont annoncé fournir un soutien en logistique et en renseignement à cette coalition. Aucune implication de pays européens n’a été annoncée.

L’opération baptisée « Tempête décisive » a été déclenchée dans la nuit par des frappes sur différentes positions des Houthis, les miliciens chiites qui ont pris le contrôle de plusieurs grandes villes, dont la capitale Sanaa, au cours des derniers mois.

Les Houthis combattent avec des unités de l’armée yéménite fidèles à l’ex-président Ali Abdallah Saleh, poussé en 2012 au départ après 33 ans au pouvoir.

La coalition « fera tout ce qu’il faudra » pour rétablir la stabilité, a prévenu l’ambassadeur saoudien à Washington.

L’aviation saoudienne « a pratiquement sécurisé l’espace aérien yéménite où elle s’emploie à mettre en place une large zone d’exclusion aérienne », a déclaré un conseiller saoudien.

« Vous avez une milice qui contrôle ou pourrait contrôler des missiles balistiques, des armes lourdes et une force aérienne. Je ne me rappelle aucune autre situation dans l’histoire où une milice dispose d’une force aérienne. (…) C’est donc une situation très dangereuse », a fait valoir l’ambassadeur saoudien aux Etats-Unis, Adel al-Jubeir, à Washington.

A Washington, le président Barack Obama « a autorisé la fourniture d’un soutien en logistique et en renseignement aux opérations militaires menées par le CCG », le Conseil de coopération du Golfe, a déclaré Bernadette Meehan, porte-parole du Conseil national de sécurité (NSC) de la présidence.

« Nous appelons fermement les Houthis à cesser immédiatement leurs actions militaires déstabilisatrices et à revenir aux négociations qui font partie du dialogue politique », a poursuivi la porte-parole.

Le Maroc a affirmé jeudi être aux côtés de l’Arabie saoudite » et exprimé son « appui » en faveur « de la légitimité au Yémen », sans toutefois confirmer sa participation à l’intervention militaire lancée dans la nuit en soutien au président yéménite Abd Rabbo Mansour.

Dans la foulée, Rabat a exprimé « sa totale solidarité avec l’Arabie saoudite » et son « appui à préserver la légitimité au Yémen », selon un communiqué du ministère des Affaires étrangères publié par l’agence MAP.

Le Maroc entretient des rapports étroits avec l’Arabie saoudite. En 2011, les monarchies arabes du Golfe avaient proposé à Rabat, ainsi qu’à Amman, de rejoindre le Conseil de coopération du Golfe (CCG).

L’allié stratégique de Ryad

Le Pakistan a affirmé jeudi examiner la demande de l’Arabie saoudite pour participer à son intervention militaire au Yémen.

« Je peux confirmer que nous avons été contactés par l’Arabie saoudite. La question est à l’étude. C’est tout ce que je peux dire pour le moment », a déclaré la porte-parole de la diplomatie pakistanaise Tasnim Aslam, lors de son point de presse hebdomadaire.

Et jeudi matin l’agence officielle saoudienne Spa a précisé que le Pakistan faisait partie de ces pays ayant « exprimé leur souhait de participer à l’opération au Yémen ».

Le Pakistan est un allié stratégique de l’Arabie saoudite. Les deux pays sont d’ailleurs engagés depuis des décennies en faveur d’une importante coopération militaire.

L’armée pakistanaise est actuellement impliquée dans une importante opération militaire contre le Tehreek-e-Taliban Pakistan (TTP, talibans pakistanais) et ses alliés dans les zones tribales du nord-ouest, un repaire de jihadistes à la lisière de l’Afghanistan.

Au cours des derniers jours, les forces pakistanaises ont affirmé avoir tué plus d’une centaine de rebelles islamistes dans des raids aériens, un bilan qui n’a pu être confirmé de sources indépendantes.

Le Soudan s’implique

Le Soudan a confirmé jeudi sa participation à l’intervention lancée par l’Arabie saoudite au Yémen visant à soutenir le président Abd Rabbo Mansour Hadi menacé par les rebelles Houthis soutenus par l’Iran.

« Le Soudan prend part à l’opération militaire au Yémen », a indiqué le service de presse des forces armées soudanaises à Khartoum.

Aucun détail n’a été donné dans l’immédiat sur les moyens et le rôle du pays dans cette opération lancée dans la nuit par des raids d’avions saoudiens sur des positions des Houthis.

Le président soudanais Omar el-Béchir s’est rendu mercredi en Arabie saoudite où il s’est entretenu avec le nouveau roi Salmane et son ministre de la Défense, selon l’agence soudanaise Suna.

La Jordanie confirme sa participation à l’intervention militaire au Yémen

La Jordanie a confirmé jeudi sa participation à l’intervention militaire au Yémen.

Une source officielle jordanienne a indiqué que la participation de la Jordanie à cette opération, aux côtés d’autres pays alliés de Ryad, visait à « soutenir la légitimité, la stabilité et la sécurité du Yémen ».

La Jordanie a ajouté que son engagement dans cette opération aux côtés de l’Arabie saoudite, était « en consécration des relations historiques » entre les deux pays ainsi qu’avec d’autres pays du Golfe.

La source jordanienne a refusé par ailleurs de commenter des informations de presse sur une possible intervention terrestre.

La Jordanie est déjà membre de la coalition internationale qui mène des frappes contre le groupe Etat islamique (EI) en Irak et en Syrie.

L’Egypte confirme sa participation à l’intervention au Yémen

L’Egypte a confirmé jeudi sa participation à la coalition militaire arabe annoncée par l’Arabie saoudite.

« L’Egypte annonce son soutien politique et militaire à l’action de la coalition des pays soutenant le gouvernement légitime au Yémen », lit-on dans un communiqué du ministère des Affaires étrangères égyptien.

« La coordination est en cours avec l’Arabie saoudite et les pays du Golfe pour préparer la participation d’une force aérienne et navale égyptienne, et une force terrestre si la situation l’impose, dans le cadre de l’action de la coalition », précise le texte.

Depuis plusieurs mois l’Egypte réclame avec insistance la formation d’une force militaire arabe commune destinée à « combattre les groupes terroristes », notamment l’Etat islamique (EI), et le Caire présente son armée –la plus nombreuse et l’une des mieux armées de la région– comme la possible épine dorsale de ce projet, qui doit être étudié lors du sommet annuel de la Ligue arabe s’ouvrant samedi dans la station balnéaire de Charm el-Cheikh, dans le Sinaï égyptien.

La crise au Yémen, pays pauvre de la péninsule arabique, s’est envenimée depuis septembre 2014 quand les Houthis ont déferlé sur Sanaa pour y contester le pouvoir de M. Hadi et dénoncer un projet de Constitution sur un Etat fédéral qui priverait son fief dans le nord d’un accès à la mer.

Pour les experts, le Yémen, écartelé entre le nord dominé par les Houthis et le sud par les pro-Hadi, est le théâtre d’une guerre par procuration entre deux poids lourds de la région, l’Iran chiite et le royaume saoudien sunnite, qui risque d’aboutir à une désintégration du pays.

A cela s’ajoute la poursuite d’actions du réseau sunnite Al-Qaïda dans la péninsule arabique (Aqpa), bien implanté dans le sud-est.

Pour ajouter au chaos, le groupe jihadiste Etat islamique, qui sévit dans plusieurs pays arabes, vient de revendiquer sa première attaque au Yémen, qui a fait vendredi plus de 140 morts dans des mosquées à Sanaa.