Une incursion terrestre de l’armée israélienne dans la bande de Gaza est de plus en plus probable. Le Hamas a rejeté la proposition de cessez-le-feu égyptienne, et les roquettes continuent de pleuvoir sur Israël, malgré les frappes aériennes intenses. Selon certains commentateurs israéliens, l’opération aérienne a atteint son apogée, et ne pourra accomplir grand-chose de plus.

Le problème avec une invasion terrestre, préviennent les experts à la fois en Israël et à l’étranger, est que cela va coûter cher Israël en pertes humaines.

« Une incursion terrestre limitée est plus probable que jamais. Et si cela arrive, Netanyahou sait que l’armée va subir des pertes », peut-on lire dans un article du National Review. « Une invasion terrestre à Gaza causerait de lourdes pertes des deux côtés », écrit la rédaction du Washington Post. Une opération terrestre « pourrait nous coûter un lourd tribut », prédit le brigadier-général (rés.) Tzvika Fogel dans Israël Hayom.

Mais le passé récent montre exactement le contraire.

Si les opérations militaires ne doivent jamais être prises à la légère, il apparaît que lorsque Israël se lance dans des campagnes terrestres d’envergure dans la bande de Gaza, les pertes humaines sont remarquablement basses.

Si l’on examine la dernière décennie d’incursions israéliennes dans la région côtière, la tendance est claire : le Hamas mène un combat acharné pour finalement causer des pertes modérées parmi les forces israéliennes, tout en perdant des dizaines, voire des centaines, de ses propres membres.

Après la mort de 11 soldats dans des explosions sur la route de Philadelphie, près de Rafah en mai 2004, Israël a envoyé des forces terrestres des brigades Golani et Givati, soutenues par des ingénieurs du combat, le bataillon d’infanterie Shimshon et une brigade de tankistes. Israël a abattu environ 40 terroristes à Rafah et alentour, et affiché un bilan de zéro victime dans cette opération d’une semaine.

Quand les tirs de roquettes Kassam ont tué deux enfants de Sderot en septembre de cette année, Israël a lancé l’opération Jours de pénitence. Une fois encore, les fantassins Givati et Golani, accompagnés des tankistes et des ingénieurs du combat, ont investi les quartiers nord de la bande de Gaza, Beit Hanoun, Beit Lahiya et Jabaliya. En un peu plus de deux semaines, Israël a abattu quelque 87 terroristes du Hamas et consorts, et a perdu deux soldats (dont l’un tué dans un attentat près d’une implantation dans le nord de la bande de Gaza, et non dans l’opération elle-même).

Une incursion terrestre majeure dans la bande de Gaza est intervenue après le retrait par Israël de tous ses soldats et civils des implantations dans le désengagement de 2005. Gilad Shalit a été enlevé de son tank à la frontière de Gaza, le 25 juin 2006, puis des Kassams ont été tirées sur Israël. L’opération Pluies d’été a débuté le 28 juin, et a continué jusqu’au 26 novembre, pour devenir Nuages d’automne.

Le schéma de faibles pertes israéliennes et lourdes pertes palestiniennes s’est reproduit dans ces opérations. Deux soldats de Tsahal ont été tués et 28 blessés, alors que les forces israéliennes ont supprimé près de 270 activistes palestiniens.

L’année et demie suivante a été relativement calme, période de paix temporaire, ou hudna, entre Israël et le Hamas. En outre, le Hamas était davantage occupé à expulser les forces du Fatah de la bande de Gaza (ou tout simplement les tuer), pour consolider sa domination sur les Gazaouites.

Mais quand une roquette Kassam a tué un Israélien au collège Sapir fin février 2008, Israël a déclaré l’opération Hiver chaud, en se concentrant sur les quartiers nord de Gaza, zones des lance-roquettes. En cinq jours de combats, Israël a tué plus d’une centaine de Palestiniens armés, ne perdant que deux de ses hommes.

En novembre de cette année-là, après une salve de roquettes depuis la bande de Gaza, Israël a lancé l’opération Plomb durci. Il s’agissait d’une opération de grande envergure, accompagnée d’une manœuvre terrestre agressive, qui manquait au cours de la Seconde Guerre du Liban en 2006. Israël a perdu 10 soldats, 317 ont été blessés – mais quatre d’entre eux ont été tués dans un incident de tir ami. En tout, le Hamas a réussi à tuer six soldats, après avoir consacré du temps et des efforts considérables à préparer des pièges et des explosifs en prévision de l’invasion. Le Hamas et d’autres groupes terroristes, pour leur part, ont perdu environ 800 membres.

Chaque soldat tué est une perte indescriptible pour Israël, sans parler de leurs familles, mais les grandes opérations au sol de la dernière décennie affichent une moyenne d’environ trois tués par opération. On est loin des pertes de masse annoncées par les commentateurs cette semaine.

Qu’en est-il de la guerre de 2006 contre le Hezbollah, dans laquelle 121 soldats ont perdu la vie ? Il y a un certain nombre de différences importantes entre une opération dans la bande de Gaza et la seconde guerre du Liban. Le Hamas n’est pas le Hezbollah, et la bande de Gaza n’est pas le Liban : le terrain est plat à Gaza et beaucoup plus propice à des opérations offensives que les montagnes et les canyons du Liban. En outre, l’armée israélienne hésitait sur la marche à suivre en 2006, et la tentative de campagne au Sud-Liban a bien illustré cette confusion. Avec Plomb durci en 2008, l’armée israélienne s’est avérée être une force dominante, capable et confiante, découpant le Hamas en rondelles avec une coordination et une habileté impressionnantes.

Pourquoi les chiffres sont-ils tellement déséquilibrés en faveur d’Israël, et pourquoi est-il si difficile pour le Hamas de tuer des soldats de Tsahal quand ils sont sur l’offensive ?

Quand Israël joue la défense, les hommes armés du Hamas peuvent planifier des opérations. Ils contrôlent les rues, et si le risque de frappes aériennes est important, ce n’est qu’un danger à éviter.

Plusieurs brigades se déplaçant rapidement à travers les quartiers de Gaza est une affaire totalement différente pour le Hamas. Agir dans les rues signifie une menace de feu mortel de snipers cachés sur les toits de la ville. Une embuscade de Tsahal peut les attendre dans une maison. Les tanks peuvent viser des hommes armés en se déplaçant à travers des champs, à des centaines de mètres à la ronde. Une force terrestre israélienne présente une série de dilemmes pour les hommes armés du Hamas, dont la plupart se traduisent par une mort violente s’ils font le mauvais choix.

C’est peut-être un peu surprenant pour ceux qui voient les soldats de Tsahal comme des adolescents impétueux tout juste de l’école, ou des réservistes adeptes de l’autodérision et pères de familles éternellement échevelés – mais pour un terroriste du Hamas, les soldats israéliens sont plutôt terrifiants. Nourris d’histoires de cruauté israélienne, et probablement adeptes de la légende sur les talents de ruse de Juifs, les activistes de Gaza savent qu’ils affrontent des milliers de soldats mieux formés, équipés et encadrés qu’eux. Le bruit des tanks grinçants dans la nuit, chaque véhicule ayant la capacité de décimer près d’une centaine d’hommes, hante leurs cauchemars. En plus de l’ennemi progresse tout autour d’eux, les membres du Hamas doivent se soucier de ce qui vole au-dessus de leurs têtes, comme des drones, des hélicoptères et des avions, qui peuvent tous les attaquer sans avertissement.

Cela suffit pour inciter quiconque à abandonner ses rêves de résistance héroïque et se dépêcher de se terrer dans un bunker, comme l’ont fait les hommes armés du Hamas pendant Plomb durci.

Mais les succès passés ne doivent pas nous aveugler sur les dangers de la guerre moderne. Les soldats de Tsahal peuvent tomber sur des pièges, et de petites cellules terroristes se faufiler à travers des sillages non repérés. Qui plus est, avec des tanks et des avions de combat opérant en étroite collaboration avec les forces d’infanterie, des tirs amis mortels sont toujours un risque.

Et, bien sûr, les victimes civiles palestiniennes sont inévitables dans une opération terrestre. Les pilotes bénéficient d’excellents renseignements en temps réel sur leurs objectifs avant de s’engager, et ne sont jamais forcés d’ouvrir le feu pour faire taire une menace immédiate. Les forces terrestres, elles, qui tirent des balles et des obus non guidés, doivent souvent réagir en quelques secondes, sans avoir le temps de vérifier si oui ou non des civils se trouvent près des hommes armés. La guerre devient beaucoup plus laide sur le terrain.

Pourtant, avec ses superbes réussites passées, une invasion terrestre à Gaza est largement du ressort de l’armée israélienne. Si les Israéliens ne devraient pas être trop confiants, ils n’ont aucune raison de se faire peur.