De nombreux dirigeants étrangers, de l’Allemande Angela Merkel au Britannique David Cameron en passant par le Hongrois Viktor Orban ou le Tunisien Mehdi Jomaa, participeront à la « marche républicaine » prévue dimanche à Paris après l’attentat contre Charlie Hebdo mercredi.

Cette marche, ainsi que d’autres organisées dans plusieurs villes de France, réuniront la quasi-totalité des responsables politiques français, syndicaux et religieux, ainsi que de nombreuses personnalités du monde artistique et intellectuel.

L’ensemble des autorités religieuses : Joël Mergui (président du Consistoire central israélite), Moché Lewin (directeur exécutif de la Conférence des rabbins européens), Roger Cukierman (président du Conseil représentatif des institutions juives de France, Crif), Mgr Stanislas Lalanne (évêque de Pontoise en région parisienne) et Mgr Pascal Delannoy (évêque de Saint-Denis, à la périphérie de Paris) au nom de la Conférence des évêques de France.

Le Conseil français du culte musulman (CFCM), instance représentative de l’islam de France, ainsi que l’UOIF (proche des Frères musulmans), ont appelé également « les citoyens de confession musulmane à rejoindre massivement » les marches.

Le parti d’extrême droite, Front National, s’estime exclu de la « marche républicaine » à Paris, mais plusieurs de ses responsables ont indiqué qu’ils manifesteraient dans les villes ou départements où ils sont élus.

La présence de Benjamin Netanyahu a été confirmée.

Les maires de grandes villes européennes Milan, Barcelone, Turin, Florence seront aussi dans le cortège.

Sécurité maximale pour une mobilisation massive

Aussi les « marches républicaines » dimanche à Paris et dans plusieurs villes de France vont se dérouler sous une sécurité maximale — tireurs d’élite, surveillance des transports en commun, inspection des égoûts. Elles s’annoncent exceptionnelles par leur ampleur et le nombre de dirigeants étrangers présents. Plus d’un million de personnes sont attendues dans la capitale.

Au total, plus de 5.500 forces de l’ordre sont mobilisées dans la capitale.

« Ce sera une manifestation inouïe (…) qui doit être forte, digne, qui doit montrer la puissance et la dignité du peuple français qui va crier son amour de la liberté et de la tolérance. Venez nombreux ! » a lancé samedi le Premier ministre français Manuel Valls.

Aux côtés du président François Hollande, seront présents la chancelière allemande Angela Merkel, le Premier ministre britannique David Cameron, le président du conseil italien Matteo Renzi et le président du gouvernement espagnol Mariano Rajoy.

Seront également présents le roi et la reine de Jordanie, le Premier ministre turc Ahmet Davutoglu, le chef de la diplomatie russe Sergueï Lavrov, le président ukrainien Petro Porochenko, ou encore le Malien Ibrahim Boubacar Keïta.

« Les juifs de France, depuis de nombreuses années, ont peur », a déploré Manuel Valls, ajoutant : « La France sans les juifs de France n’est plus la France ».

Rescapé de l’attaque contre Charlie Hebdo, le dessinateur Luz a jugé que ce soutien est « à contre-sens » des dessins du journal. « On doit porter une responsabilité symbolique qui n’est pas inscrite dans le dessin de Charlie (…) Charlie se bat contre le symbolisme », a-t-il souligné.

Ces attaques ont laissé la France en proie à un profond traumatisme et à de nombreuses interrogations sur d’éventuelles failles dans son dispositif de sécurité. Elles surviennent, en outre, dans une France en forte crise identitaire, se cristallisant notamment sur la place de l’islam et l’immigration.

Rassemblements spontanés

Sonnées mais mobilisées, près de 700.000 personnes sont descendues spontanément dans les rues de France samedi pour rendre hommage aux 17 victimes des djihadistes, avant une marche historique dimanche sous une sécurité draconienne.

Brandissant un stylo, des Une du journal Charlie Hebdo ciblé mercredi dans une attaque sanglante (12 morts), ou encore des banderoles « Liberté, je crie ton nom », une foule d’anonymes a manifesté émotion et solidarité.

A Toulouse, déjà meurtrie par des attaques du djihadiste Mohammed Merah en 2012 qui avait assassiné 3 enfants et un homme juifs, 100.000 personnes ont manifesté, – du jamais vu.

Ces manifestations en France se déroulaient samedi sous haute surveillance, au lendemain du dénouement sanglant des pires attaques terroristes dans le pays depuis un demi-siècle. La compagne de l’un des djihadistes, activement recherchée pour son rôle présumé, se trouve probablement en Syrie, après être passée par la Turquie, selon une source policière. La Turquie n’a pas arrêté Hayat Boumeddiene parce qu’elle n’avait pas d’informations de Paris, selon une source turque.

Plusieurs centaines de militaires supplémentaires doivent être déployés dans la capitale et la région parisienne pour renforcer les milliers de policiers mobilisés dans le cadre d’un plan antiterrorisme activé à son plus haut niveau depuis mercredi.

Le plan « Vigipirate » a été élevé au niveau « alerte attentat » après l’attaque meurtrière contre le journal satirique Charlie Hebdo mercredi, dans lequel cinq célèbres caricaturistes sont morts.

Le président François Hollande a averti vendredi que « la France n’en a pas terminé avec les menaces ».

Et justement dans une vidéo diffusée le même jour, un responsable religieux d’Al-Qaïda dans la péninsule arabique (Aqpa), Harith al-Nadhari, a menacé le pays de nouvelles attaques : « Vous ne serez pas en sécurité tant que vous combattrez Allah, Son messager et les croyants ».

La présence turque critiquée

La coordination de plusieurs organisations arméniennes en France a condamné samedi la participation annoncée du Premier ministre turc Ahmet Davutoglu à la « marche républicaine » organisée dimanche à Paris après l’attentat meurtrier contre le journal Charlie Hebdo.

« La participation à cette manifestation de représentants d’un État qui détient le record du nombre de journalistes en prison est une honte et une insulte à l’esprit de Charlie Hebdo », estime le Bureau national du Conseil de Coordination des organisations arméniennes de France, dans un communiqué.

« D’autant plus que l’aide de la Turquie à la mouvance jihadiste (Al Quaïda et Daech) qui a exporté sa terreur à Paris est aujourd’hui un secret de polichinelle », accuse aussi cette organisation.

Les organisations de défense des droits de l’homme dénoncent régulièrement des arrestations de journalistes en Turquie.

La police turque a lancé courant décembre une opération coup de poing contre les partisans de l’imam islamiste Fehtullah Güllen, ancien allié du pouvoir, visant notamment le journal Zaman, l’un des grands quotidiens turcs. Une trentaine de personnes, principalement des journalistes, ont été arrêtées.

L’Union européenne a dénoncé ces opérations, estimant qu’elles étaient contraires « aux valeurs européennes » que la Turquie, qui aspire à rejoindre l’UE, est sensée respecter.