La Knesset se prépare aujourd’hui pour l’élection du dixième président de la République, qui succèdera à Shimon Peres le 27 Juillet.

Les 120 parlementaires sont les seuls autorisés à voter. Mais seuls 119 le feront effectivement puisque le député Meir Porush (du parti Judaïsme de la Torah) a décidé de voyager aux États-Unis cette semaine et ne pourra voter.

Cela signifie que 60 voix sont nécessaires pour gagner au premier tour, qui débutera mardi à 11 heures (heure israélienne). Si aucun candidat n’obtient 60 voix, les deux principaux candidats iront au second tour, qui aura lieu environ 30 minutes après.

Mardi après-midi, les jeux seront faits et Israël aura un nouveau président élu.

Il y a cinq candidats de gauche dans la course après une campagne de scandales qui a vu deux autres prétendants, Silvan Shalom, un ministre Likud et Binyamin Ben-Eliezer, un député travailliste abandonner la partie.

Les autres candidats sont (par ordre du nombre de députés a priori acquis) : Reuven Rivlin du Likud (31 députés lui ont déclaré publiquement leur soutien), l’ancienne juge à la Cour suprême Dalia Dorner (14 députés), le député Meir Shitrit du parti Hatnua (11 députés), l’ancienne présidente de la Knesset Dalia Itzik (10 députés), et le lauréat du prix Nobel 2011, le chimiste Dan Shechtman (5 députés).

Rivlin semble assez clairement en tête. En effet, le nombre de députés susceptibles de voter pour lui, y compris les partisans du Likud qui n’ont pas encore déclaré leur soutien et les autres, suggère qu’il peut approcher les 50 voix au premier tour. Rivlin a donc de fortes chances de l’emporter dès le premier tour. Mais tout n’est pas joué…

En supposant que Rivlin échoue à obtenir les 60 voix nécessaires au premier tour, il ira au second tour, et la grande question sera alors quel autre candidat lui fera face.

Si l’on compte les déclarations publiques de soutien, l’ancienne juge Dalia Dorner semble la plus susceptible de se retrouver en face de lui, mais c’est aussi certainement un mirage créé par les intrigues de coalitions à la Knesset. Les partisans publics de Dorner sont essentiellement constitués de députés de gauche qui, en voix, ne représentent pas les vents dominants à la Knesset.

De même, les 11 partisans de Meir Shitrit comprennent l’intégralité de son propre parti (6 voix, y compris la sienne), plus 5 autres soutiens. Ce qui suggère que ceux qui ont annoncé qu’ils voteront pour lui le feront peut-être par opportunisme politique, une nécessité qui va s’évaporer une fois qu’ils seront debout derrière l’urne.

Dan Shechtman, quant à lui, ne peut même pas compter sur l’appui des 10 députés qui ont signé sa demande pour entrer dans la course. Plusieurs députés ont annoncé qu’ils ne l’avaient appuyé que pour permettre à un lauréat du prix Nobel de rejoindre la course, mais qu’ils ne voteraient pas pour lui. Schechtman est donc un outsider dans une course d’initiés, et il n’a pas franchement réussi à impressionner les députés et à incarner une bénédiction pour le pays.

Dalia Itzik ne pourrait monter, elle, qu’à 10 soutiens. Ceux-là viennent de Yesh Atid, d’Israel Beitenou, de Shas, ou encore de Hadash. Elle se retrouve donc à cheval sur les clivages politiques.

Elle est une amie de longue date et une alliée du ministre des Affaires étrangères Avigdor Liberman qui soutient sa candidature (mais a évité de le faire publiquement). Ancienne députée travailliste et présidente de la Knesset, Itzik a le potentiel d’attirer des voix de gauche qui veulent s’opposer au candidat de la droite Rivlin au second tour.

Les chances de Dalia Itzik sont également favorisées par la décision des partis travailliste (15 sièges) et de Shas (11 sièges) de permettre à leurs députés de voter selon leur conscience.

Ce « vote libre » signifie surtout que les dirigeants des partis reconnaissent publiquement qu’aucun candidat n’est plus attrayant qu’un autre (mais il est intéressant de noter qu’à l’époque du Rav Ovadia Yosef, les députés du Shas déclaraient, en revanche, voter strictement selon les instructions du Rav).

Cette liberté signifie que Dalia Itzik peut encore gagner au-delà de ses anciens collègues de la gauche, tandis que de nombreux députés ultra-orthodoxes sont susceptibles de voter pour elle, au moins dans un second tour contre Rivlin. Pourquoi ? Simplement pour vaincre le candidat du Premier ministre Benjamin Netanyahu, pour le punir de les avoir laissé dans l’opposition et de s’être allié avec Lapid mais aussi d’avoir mis en place la loi d’incorporation des haredim dans l’armée.

Face à la possibilité qu’un député du Likud qui s’oppose à une solution à deux Etats puisse devenir le président d’Israël, Itzik devrait être en mesure de mobiliser pour le second tour un important contingent de partisans de la gauche, de partis arabes et ultra-orthodoxes, ou d’autres encore comme Liberman qui s’oppose à Rivlin.

Oui, le vote ultra-orthodoxe dans un tel scénario pourrait bien être le vote qui donne à Israël sa première femme présidente.

Nos prédictions sont donc les suivantes : on s’attend à ce que Reuven Rivlin et Dalia Itzik gagnent le premier tour. Reuven Rivlin est légèrement favori pour gagner la deuxième, mais si c’est le cas, ce ne sera pas de beaucoup.