Les djihadistes qui sèment la terreur en Irak et en Syrie veulent créer un « monde sanguinaire », a affirmé lundi le nouveau Haut-Commissaire de l’ONU aux droits de l’Homme, le Jordanien Zeid Raad al-Hussein, lors de son premier discours.

« De quelle manière pourrait fonctionner un Etat takfiri à l’avenir (terme désignant les extrémistes sunnites, ndlr) (…) Ce serait un monde sanguinaire, hostile et malveillant, sans protection pour les non-takfiris », a déclaré M. Zeid, s’exprimant lors de l’ouverture de la 27e session du Conseil des droits de l’Homme de l’ONU à Genève.

« Dans le monde takfiri, à moins que votre opinion soit identique à la leur – et la leur est étroite et inflexible – vous perdez votre droit à la vie », a ajouté celui qui est le premier Haut-Commissaire de l’ONU aux droits de l’Homme, musulman.

« Dans l’esprit takfiri, comme nous l’avons vu au Nigeria, en Afghanistan, au Pakistan, au Yémen, au Kenya, en Somalie, au Mali, en Libye, en Syrie et en Irak, et partout dans le monde où ils ont attaqué des personnes innocentes, y compris le 11 septembre (attentats du 11 septembre 2001 aux Etats-Unis, ndlr), il n’y a pas d’amour du prochain, il n’y a que l’anéantissement de tous les musulmans, des chrétiens, des Juifs et (…) du reste de l’humanité qui ont d’autres croyances qu’eux », a-t-il soutenu.

Des extrémistes sunnites menés par les djihadistes ultra-radicaux de l’Etat islamique (EI), responsables d’atrocités en Irak et en Syrie voisine, se sont emparés de larges pans de territoires en Irak à la faveur de leur offensive lancée le 9 juin dans ce pays.

« Est-ce qu’ils s’imaginent agir de manière courageuse en massacrant de manière barbare les captifs ? » s’est insurgé M. Zeid, dénonçant le meurtre du journaliste américain, James Foley, décapité dans une vidéo diffusée par l’EI.

« J’aimerais rappeler que les attaques systématiques » contre les populations « à cause de leur origine ethnique ou croyance religieuse constituent des crimes contre l’humanité », a-t-il insisté.

Il a estimé que « la priorité internationale doit être de lutter de manière conjointe contre ces conflits en Irak et en Syrie » et s’assurer que les efforts soient déployés pour protéger certains groupes ethniques ou religieux ».

« La deuxième étape », a-t-il poursuivi, « c’est d’assurer que ces violations des droits de l’Homme et autres crimes internationaux soient jugés ». « Il ne faut pas continuer à tolérer l’impunité ».

En ce sens, il a appelé l’Irak à « adhérer au statut de Rome et à la Cour pénale internationale ».

M. Zeid a également souligné qu’il faudrait regarder pourquoi ces crises ont éclaté, et a dénoncé, entre autres, des « systèmes politiques corrompus » et « des leaders qui ont opprimé une partie de la société civile ».

M. Zeid est devenu en septembre Haut-commissaire, succédant ainsi à la Sud-africaine Navi Pillay. Il a occupé par deux fois les fonctions de représentant de la Jordanie auprès de l’ONU à New York. Avant sa nomination, il représentait la Jordanie au Conseil de sécurité de l’ONU.