PARIS — Un site internet musulman appelle les militants pro-palestiniens à venir perturber une cérémonie organisée à Paris pour protester contre la participation du Premier ministre Benjamin Netanyahu.

Vendredi, le Muslim Post a relayé l’appel d’associations à se présenter en masse à la cérémonie officielle du 16 juillet à l’ancien stade du Vél’ d’Hiv’, où la police française a ressemblé en 1942 13 000 Juifs avant leur déportation dans les camps d’extermination.

L’article souligne que les associations déplorent le traitement des Palestiniens par le gouvernement de Netanyahu, « parqués dans des camps, privés de liberté de circulation ou encore, expulsés et bannis illégalement de leur propre pays. »

Des associations anonymes organisent les manifestations, a indiqué l’article, qui ne précisait pas si la police avait approuvé la manifestation prévue.

La visite de Netanyahu pour participer au 75e anniversaire des déportations est « une opportunité rare » pour les organisations anonymes « de faire entendre leurs voix ».

L’appel à manifester a fait suite à une déclaration du dirigeant d’une association française pro-palestinienne qui soulignait que Netanyahu ne devrait pas participer à la cérémonie car les Juifs de l’Israël pré-étatique n’avaient pas pu sauver leurs frères pendant le génocide.

Monument rendant hommage aux victimes de la rafle du Vél' d’Hiv', à Paris. (Crédit : Leonieke Aalders/CC BY SA 3.0/Wikipedia)

Monument rendant hommage aux victimes de la rafle du Vél’ d’Hiv’, à Paris. (Crédit : Leonieke Aalders/CC BY SA 3.0/Wikipedia)

Bertrand Heilbronn, président de l’Association Solidarité France Palestine, qui est juif, a tenu ces propos dans un éditorial publié lundi sur la plate-forme de blogs de Médiapart, qu’il a co-écrit avec l’historien, français et juif, Dominique Vidal.

Netanyahu, qui a été invité à participer à la commémoration par le président français Emmanuel Macron, ne devrait pas être présent parce qu’ »Israël n’existait pas à l’époque et la communauté juive de Palestine, le Yichouv, qui l’a précédé, n’a rien pu faire pour sauver les Juifs menacés, en France comme ailleurs », ont écrit Heilbronn et Vidal.

L’éditorial indique également qu’Israël « ne saurait transformer de manière posthume [les victimes de la Shoah] en partisans de la création de l’Etat d’Israël » et décrit Netanyahu comme le « leader de la droite et de l’extrême droite israélienne » dont les gouvernements ont « laissé un grand nombre de survivants du génocide connaître la pauvreté ».

Inviter Netanyahu « alimenterait une étrange confusion entre la communauté juive de France et Israël » et serait « une insulte à la mémoire des victimes de la déportation », ont souligné les auteurs de l’éditorial.

Le Parti communiste français a aussi de son côté fustigé la venue du Premier ministre de l’état juif.

La commémoration de la rafle, le 16 juillet, « doit envoyer un message fort de paix, et Benjamin Netanyahu n’est pas l’homme de ce message », a écrit le PCF dans un communiqué.

« Ce n’est pas faire honneur aux 13 152 juifs, parmi lesquels plus de 4 000 enfants, que la police de Pétain rafla dans la région parisienne pour les envoyer à la mort et complaire à l’Occupant allemand », a ajouté le parti.

Netanyahu vient commémorer la « rafle du Vel d’hiv ». Les 16 et 17 juillet 1942, 13 152 hommes, femmes et enfants juifs avaient été arrêtés à la demande des nazis et sur ordre du pouvoir français en place pendant l’Occupation.

Retenus dans des conditions inhumaines, pendant quatre jours, 1 129 hommes, 2 916 femmes et 4 115 enfants furent entassés sur les gradins du Vélodrome d’hiver (démoli en 1959), voué aux courses cyclistes, avant d’être emmenés dans deux camps, à Beaune-la Rolande et Pithiviers, au sud de Paris.

Là, quelque 3 000 enfants en bas-âge furent brutalement séparés de leurs parents, déportés les premiers vers Auschwitz via Drancy.

Cette rafle représente à elle seule plus du quart des 42 000 Juifs envoyés de France à Auschwitz en 1942, dont seuls 811 reviendront chez eux après la fin de la guerre.

Des seuls « raflés » du Vel d’Hiv, moins d’une centaine – aucun enfant – ne survécut.

Lors des élections, Marine Le Pen semblait retourner aux standards des méthodes paternelles en niant, à plusieurs reprises, la responsabilité de la France dans la déportation de juifs sous l’occupation nazie, en rappelant qu’elle considérait que « le régime de Vichy n’était pas la France ».