Un important responsable palestinien a prévenu dimanche qu’une décision de l’administration Trump pour déplacer l’ambassade américaine de Tel Aviv à Jérusalem serait perçue comme un acte d’agression contre tout le monde musulman.

« A notre avis, déplacer l’ambassade à Jérusalem est une déclaration de guerre contre les musulmans », a déclaré au Times of Israël Jibril Rajoub, membre du Comité central du Fatah qui préside également la Fédération palestinienne de football.

Rajoub, l’un des personnages les plus puissants du Fatah, le parti du président de l’Autorité palestinienne (AP), Mahmoud Abbas, a prévenu qu’il était « inconcevable que les Etats-Unis donnent aux juifs les clefs des lieux saints de Jérusalem, des sites qui sont également saints pour les chrétiens et les musulmans. Si quelqu’un parmi vous [Israéliens] pense qu’il n’y aura pas de conséquence, il commet une grave erreur. »

« Nous parlons d’une mesure dangereuse qui n’apportera pas de stabilité sur le terrain », a-t-il poursuivi, ajoutant que cette mesure « contrevient aux résolutions précédentes des Nations unies et à la politique des Etats-Unis depuis 1967. »

« Nous n’avons pas l’intention de hisser le drapeau blanc » devant le Premier ministre Benjamin Netanyahu ou le président Donald Trump, a-t-il affirmé.

Dimanche, l’attaché de presse de la Maison Blanche, Sean Spicer, a déclaré que des discussions avaient commencé sur le déplacement de l’ambassade, mais a semblé indiquer que ce transfert ne serait pas imminent.

« Nous en sommes au tout début du processus consistant ne serait-ce qu’à aborder ce sujet », a-t-il déclaré dans un communiqué.

Le président américain Donald Trump à la Maison Blanche, le 22 janvier 2017. (Crédit : Mandel Ngan/AFP)

Le président américain Donald Trump à la Maison Blanche, le 22 janvier 2017. (Crédit : Mandel Ngan/AFP)

Cette déclaration contraste avec les informations des dernières semaines sur une annonce imminente, dès cette semaine, du transfert, mais confirme également que l’administration compte au minimum étudier ce projet, malgré les mises en garde de la communauté internationale, qui considère qu’il pourrait augmenter les tensions dans la région instable.

La déclaration de Spicer a été publiée environ une heure avant la première conversation téléphonique entre Netanyahu et Trump depuis l’investiture de ce dernier vendredi.

Le président a invité Netanyahu à venir aux Etats-Unis le mois prochain. Ni la Maison Blanche, ni le bureau du Premier ministre n’ont fait mention du déplacement de l’ambassade dans les communiqués qui ont suivi l’appel téléphonique.

Les propos de Rajoub font écho aux remarques d’autres responsables de l’AP et du Fatah, et de dirigeants du monde arabe, y compris des états considérés comme modérés et qui entretiennent des relations avec Israël.

Un de ces pays, la Jordanie, acteur crucial, a déjà déclaré qu’une telle mesure serait le « franchissement d’une ligne rouge ». La dynastie hachémite au pouvoir en Jordanie se voit comme la protectrice des lieux saints musulmans de Jérusalem, en particulier de la mosquée Al-Aqsa, qu’elle régit en tant qu’administratrice du Waqf islamique.

Amman affirme donc que si la nouvelle administration tient sa promesse de déplacer l’ambassade, cela constituera une attaque directe à son autorité à Jérusalem et au statut des lieux saints de la ville.

Le roi Abdallah de Jordanie a rencontré Abbas à Amman dimanche pour discuter de ce sujet. Selon la radio publique israélienne, Abbas a demandé à Abdallah de l’aider à établir une ligne de communication directe entre l’AP et l’administration en raison des préoccupations croissantes sur ce dossier.

Le roi Abdallah II de Jordanie, à droite, avec le président de l'Autorité palestinienne Mahmoud Abbas avant une réunion au Palais Royal d'Amman, le 12 novembre 2014. (Crédit : Khalil Mazraawi/AFP)

Le roi Abdallah II de Jordanie, à droite, avec le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas avant une réunion au Palais Royal d’Amman, le 12 novembre 2014. (Crédit : Khalil Mazraawi/AFP)

Après la réunion, Abbas a déclaré que les deux parties étaient d’accord sur « une série de mesures que nous prendrons si les États-Unis transféraient l’ambassade à Jérusalem », sans donner plus de précision.

Un responsable palestinien a déclaré à la radio publique israélienne après la rencontre que si Trump donnait le feu vert au déplacement de l’ambassade, l’AP se tournerait vers l’Assemblée générale des Nations unies pour demander la suspension de l’adhésion d’Israël.

Lundi, un porte-parole du gouvernement jordanien a déclaré que des contacts non précisés avaient lieu pour préserver le rôle du royaume en tant que gardien des lieux saints chrétiens et musulmans de Jérusalem, et a affirmé qu’Israël, la puissance occupante, n’avait aucun droit pour mener des changements unilatéraux dans une région prise par la force.

L’Arabie saoudite a également prévenu des conséquences d’une telle mesure.

Des responsables palestiniens ont déclaré au Times of Israël que toute mesure prise par les Américains et les Israéliens pour déplacer l’ambassade aurait probablement des conséquences spectaculaires.

Selon les responsables, la direction de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP), a déjà décidé que, si l’ambassade était déplacée, elle reviendrait sur sa reconnaissance d’Israël ainsi que, en pratique, sur les accords d’Oslo.

Lundi, la direction de l’OLP devrait se réunir afin de délibérer de la possibilité que l’ambassade soit réellement déplacée, ainsi que de sa réponse à cette décision. « Personne n’essaiera et personne ne demandera au peuple d’agir avec retenue. Personne n’essaiera d’arrêter les manifestations sur le terrain contre une mesure comme celle-ci », ont déclaré les responsables.

Des pressions pour une crise planifiée

Si la décision de déplacer l’ambassade est prise, le Fatah essaiera de mener les manifestations sur le terrain pour empêcher son rival, le Hamas, de « voler la vedette ».

Lundi, le porte-parole du Hamas, Samir Abu Zuhri a mis en garde les Etats-Unis contre une telle mesure.

Sur Twitter, il a écrit que « Jérusalem appartient à la foi islamique. Toute décision des Etats-Unis pour y déplacer l’ambassade est une légitimation de l’occupation israélienne, et représente une provocation aux sentiments de tous les musulmans. »

Mais dans une plus large mesure, la préoccupation d’Israël ne devrait pas être une manifestation spontanée sur le terrain, mais plutôt une crise organisée, puisque l’AP et le Fatah, avec des états arabes comme la Jordanie et l’Arabie saoudite, ont déjà défini un plan de résistance.

Ainsi, afin d’empêcher des manifestations massives et une éruption de violence, Israël aura besoin de l’aide de l’AP et de la Jordanie, même s’il est peu probable qu’ils soient disposés à proposer leur aide. Israël sera largement dépendant de la bonne volonté de l’AP pour préserver le calme actuel, même si elle aura peu d’intérêt à agir ainsi en raison de la manière troublante et particulièrement dramatique dont les Palestiniens interpréteront le déplacement de l’ambassade.

Le Dôme du Rocher de Jérusalem, le 1er janvier 2017. (Crédit : Ilan Ben Zion/Times of Israël)

Le Dôme du Rocher de Jérusalem, le 1er janvier 2017. (Crédit : Ilan Ben Zion/Times of Israël)

Certaines voix s’élèvent pourtant au sein de la direction palestinienne à Ramallah, qui interprètent l’annonce de la Maison Blanche comme un message affirmant que plus de temps est nécessaire pour mettre en place cette décision comme un signe que Washington ne veut pas aller trop vite. Elles perçoivent l’hésitation évidente de Trump comme la conséquence des fortes pressions israéliennes pour cette mesure.

Dans tous les cas, les prochains mois devraient être particulièrement chargés en évènements concernant un déplacement de l’ambassade. Un sommet de la Ligue arabe aura lieu en mars à Amman, et, en tant qu’hôte, la Jordanie devrait prendre fortement position contre la mesure.

Avant le sommet, Trump devrait rencontrer le roi de Jordanie, qui tentera probablement de convaincre le président américain de ne pas prendre cette décision.

Un mois après, fin avril, l’exemption signée par l’ancien président américain Barack Obama au Jerusalem Embassy Act, la loi votée en 1995 par le Congrès américain qui demande le déplacement de l’ambassade américaine à Jérusalem, expirera, comme toutes les exemptions signées tous les six mois par les présidents américains depuis 1995.

En raison de la nature imprévisible de Trump, personne ne sait avec certitude s’il signera ou non cette exemption. Une chose est cependant certaine : jusque-là, la pression continuera à monter.

Dov Lieber et l’équipe du Times of Israël ont contribué à cet article.