« Monsieur Le Drian, ramenez mon fils de Turquie » : avant le déplacement officiel du ministre français des Affaires étrangères jeudi à Ankara, le père du journaliste Loup Bureau le conjure de mettre fin à cinquante jours d’une détention « inacceptable ».

« Nous attendons avec espérance que Jean-Yves Le Drian revienne de Turquie avec un souvenir, mon fils Loup », témoigne son père Loïc Bureau à son domicile d’Orvault, dans la banlieue de Nantes, reprenant le slogan d’une campagne lancée dimanche sur Twitter par le comité de soutien au journaliste de 27 ans, détenu en Turquie depuis le 26 juillet.

« Dès le début de l’affaire, les autorités diplomatiques m’avaient dit que plusieurs mois ce serait inacceptable. Ça l’était déjà pour moi dès le début, mais là on arrive à deux mois et si je prends la définition qu’on m’a donnée, on rentre dans l’inacceptable », expose calmement Bureau.

« S’il n’y a aucune évolution avec la visite de Le Drian, il va falloir changer de braquet […]. Il n’est pas question d’attendre cinq mois, ils doivent libérer mon fils », souligne cet enseignant en histoire-géographie dans un lycée.

Jean-Yves Le Drian (Crédit : Pymouss/Wikimedia commons/CC BY SA 3.0)

Jean-Yves Le Drian (Crédit : Pymouss/Wikimedia commons/CC BY SA 3.0)

« Nous avons sollicité une procédure qui soit menée rapidement afin que notre compatriote puisse rentrer en France et retrouver les siens », a déclaré Le Drian lors d’une conférence de presse en Turquie avec son homologue turc Mevlüt Cavusoglu.

Il a aussi appelé les autorités turques à améliorer les conditions de détention du jeune reporter de 27 ans et à autoriser sa famille à lui rendre visite.

« Nous souhaitons que les procédures se mènent dans les plus brefs délais », a dit Le Drian, qui s’est également entretenu avec le président turc Recep Tayyip Erdogan.

« Nous respectons la justice turque, mais nous souhaitons que tout cela soit clarifié très vite », a poursuivi le chef de la diplomatie française.

Loup Bureau a été interpellé le 26 juillet à la frontière entre l’Irak et la Turquie, après que des photos le montrant en compagnie de combattants kurdes syriens des YPG (un mouvement considéré comme une organisation « terroriste » par Ankara) ont été trouvées en sa possession.

Le président français Emmanuel Macron s’est entretenu à deux reprises en août avec son homologue turc Recep Tayyip Erdogan pour demander sa libération.

La justice turque a pourtant confirmé la semaine dernière le refus de la demande de libération conditionnelle du journaliste, détenu pour soupçon d’appartenance à « une organisation terroriste armée ».

Loup Bureau, journaliste français détenu en Turquie depuis le 26 juillet 2017. (Crédit : capture d’écran Change.org)

Loup Bureau, journaliste français détenu en Turquie depuis le 26 juillet 2017. (Crédit : capture d’écran Change.org)

« C’est une situation ubuesque, difficile pour lui à accepter », affirme Loïc Bureau.

Dimanche, il a pu parler au téléphone avec son fils, comme tous les quinze jours. « Il y a toujours quelque chose d’un peu déprimant pour moi dans ces appels. C’est d’abord très rapide : deux cartes internationales de cinq minutes. Ensuite, je lui demande des nouvelles mais je vois bien que ce qu’il veut ce sont des informations sur l’extérieur, c’est son obsession », confie-t-il à l’AFP.

« J’essaye de lui apporter tous les éléments pour lui apporter confiance : les interviews, les reportages qui paraissent dans la presse, les personnes qui prennent position en sa faveur, tout ce qui peut lui apporter un peu de baume au cœur. Je lui ai annoncé le déplacement de Jean-Yves Le Drian, évidemment on a un espoir autour de ça », poursuit le père de Loup Bureau.

« Je ne peux pas lui dire autre chose que tout ce qui est fait » : les rassemblements de soutien organisés ces dernières semaines, ainsi qu’une opération massive d’écriture de cartes postales en turc samedi à Bruxelles et Nantes, avec des messages exprimant « courage » et « liberté », qui seront envoyées à la prison turque où est détenu Loup Bureau.

« Notre objectif est d’en envoyer plusieurs milliers, de partout. Ces cartes finiront peut-être par lui parvenir et s’il en reçoit 50 par jour, ça va lui faire une vraie distraction pour la journée », espère Loïc Bureau.

« C’est aussi un message aux autorités locales sur le fait que la détention de Loup n’est pas considérée comme normale à l’étranger », lance-t-il.

Mobilisation de soutien à Loup Bureau, journaliste français détenu en Turquie, devant la mairie du 4e arrondissement de Paris, le 23 août 2017. (Crédit : Thomas Samson/AFP)

Mobilisation de soutien à Loup Bureau, journaliste français détenu en Turquie, devant la mairie du 4e arrondissement de Paris, le 23 août 2017. (Crédit : Thomas Samson/AFP)

Les organisations de défense de la liberté de la presse dénoncent des atteintes régulières de la part des autorités turques. La Turquie occupe la 155e place sur 180 au classement 2017 de la liberté de la presse établi par Reporters sans frontières (RSF).