RIO, ​​Brésil – La décision du gouvernement brésilien la semaine dernière de rappeler son ambassadeur en Israël a été accueillie avec dérision par la communauté juive du Brésil.

Le ministère des Affaires étrangères du Brésil (communément appelé Itamaraty) a publié une note diplomatique avant de rappeler son ambassadeur en Israël le 23 juillet, en soulignant la mort de 700 personnes, affirmant qu’environ 70% étaient des civils, dont des femmes, des enfants et des personnes âgées, et que ce geste est une façon de « condamner la réaction disproportionnée d’Israël ».

L’ambassadeur Henrique Sardinha a quitté Tel Aviv jeudi (malgré la difficulté de trouver un vol étant donné l’interdiction de la FAA sur les vols de l’aéroport Ben Gurion), ostensiblement rappelé pour des consultations sur ce que le Brésil appelle « l’usage disproportionné de la force » d’Israël dans le conflit actuel à Gaza.

Les dirigeants de la communauté juive au Brésil ont condamné cette décision, tandis que Mohamed Habib, un conseiller à l’Institut culturel arabe à São Paulo, a nié toute irrégularité, en disant que « le Brésil a simplement rappelé son ambassadeur pour discuter de la crise. La réponse d’Israël est un manque de respect du pays ».

Israël, par le biais de son porte-parole du ministère des Affaires étrangères Yigal Palmor, faisant référence à la défaite cuisante du Brésil en Coupe du monde, a déclaré au « Jornal Nacional », le programme d’actualités télévisé que « la réponse d’Israël est parfaitement proportionnée conformément au droit international. Ce n’est pas du football. Dans le football, quand un match se termine par un match nul, vous pensez qu’il est proportionnel, mais quand il se termine 7-1 c’est vraiment disproportionné. Désolé de le dire, mais ce n’est pas comme cela dans la vraie vie et dans le droit international ».

L’allusion à la Coupe du monde a fait les manchettes des journaux à travers le Brésil vendredi, provoquant la discussion sur les motivations politiques pouvant expliquer la décision d’Itamaraty, et ce alors que la saison de l’élection présidentielle se réchauffe.

Dans la foulée, le ministre des Affaires étrangères, Luiz Alberto Figueiredo a tenu une conférence de presse jeudi dans lequel il a précisé la chaîne des événements.

Il a souligné que le 17 Juillet, Itamaraty a publié une note diplomatique qui a condamné le Hamas pour les tirs de roquettes et Israël pour son attaque sur la bande de Gaza. La deuxième note n’a fait mention que d’une action militaire israélienne, ce qui a suscité une plainte du ministère des Affaires étrangères israélien. Toutefois, a-t-il affirmé, la condamnation du Hamas effectuée dans la première note reste valable et la position du Brésil est en faveur d’un cessez-le-feu immédiat.

« Le Brésil et Israël sont des pays amis. Les désaccords entre amis, c’est quelque chose que nous considérons comme normal », a déclaré à des journalistes Figueiredo. « Le Brésil est l’un des 11 pays dans le monde qui a des relations diplomatiques avec tous les membres de l’ONU. Nous avons une histoire de la coopération internationale et de l’action pour la paix. S’il y a des nains diplomatiques, le Brésil n’est pas l’un d’entre eux ».

L’ambassadeur du Brésil, Sardinha, a suivi les traces de l’ambassadeur d’Equateur, qui a été rappelé par le président Rafael Correa mercredi. Mercredi également, Itamaraty a convoqué l’ambassadeur israélien au Brésil, Rafael Eldad, où il a été informé de la position du pays sur le conflit actuel.

Avant le sommet des chefs d’Etat pour le Marché commun du Sud (Mercosur), mardi à Caracas, plusieurs médias ont rapporté que la présidente brésilienne Dilma Rousseff allait demander aux pays membres (Argentine, Paraguay, Uruguay et Venezuela) de soutenir également la position du Brésil sur le conflit en cours.

« Il aurait été intéressant que la réaction [de rappeler l’ambassadeur] ait été prise conjointement avec les autres pays membres du Mercosur. Le Brésil n’aurait pas dû faire cela à lui seul », a déclaré Gunther Rudzit, coordinateur de l’Institut Rio Branco, une école diplomatique du Brésil.

La présence d’Israël dans la région a été solidifiée en 2007, quand Israël est devenu le premier pays en dehors de l’Amérique du Sud à signer un accord de libre-échange avec le bloc régional.

Plusieurs entreprises israéliennes, y compris Rafael Defense Advanced Systems, Elbit Systems, Global Shield, et RISCO Group, ont signé des contrats lucratifs avec le gouvernement brésilien pour des équipements de sécurité, dont beaucoup ont d’ailleurs été mis en œuvre au cours de la dernière Coupe du Monde.

Le Front em Defesa do Povo Palestino-SP [Front pour la défense du peuple palestinien-São Paulo], une filiale brésilienne du mouvement BDS (Boycott, Désinvestissement Sanctions) avait publiquement protesté contre ces deals commerciaux.

La présidente Rousseff est en place pour sa réélection au mois d’octobre et la saison de la campagne a officiellement commencé la semaine dernière. O Globo, le quotidien conservateur de Rio a écrit vendredi qu’il est « impossible de ne pas voir une connotation électorale à ce geste afin d’apporter plus de soutien de la gauche, qui a toujours eu de la sympathie pour les Palestiniens ».

Cependant, l’histoire diplomatique du Brésil avec Israël est longue et généralement amicale, un point que de nombreux commentateurs ont souligné ces derniers jours après la réprimande sévère de Palmor.

En particulier, les médias ont rappelé au public que Osvaldo Aranha, ambassadeur brésilien aux Nations unies, était l’homme qui avait présidé la réunion de l’Assemblée générale du 29 novembre 1947 approuvant la partition de la Palestine et donnant naissance à l’Etat juif. Son marteau (de président d’assemblée) est exposé au kibboutz Bror Hayil – qui est actuellement dans le champ de tir du Hamas puisqu’il se trouve dans le sud d’Israël – qui a aussi un musée de la culture brésilienne et a reçu de nombreux immigrants d’Amérique du Sud depuis la fondation de l’Etat.

Cependant, le gouvernement de Dilma Rousseff et de son prédécesseur, le président Luiz Inácio « Lula » da Silva, tous deux issus du Parti des travailleurs, ont fait plusieurs démarches diplomatiques à l’encontre d’Israël.

Les efforts de Da Silva pour servir de médiateur alternatif pour la paix au Moyen-Orient ont été ignorés suite à ses relations étroites avec le président iranien Mahmoud Ahmadinejad. Da Silva a également présidé à la décision du gouvernement brésilien de reconnaître un Etat palestinien avec les frontières d’avant 1967, tandis que Rousseff a soutenu un Etat palestinien dans sa première adresse à l’Assemblée générale des Nations unies en 2011.