Partis politiques, syndicats et organisations propalestiniennes devaient manifester mercredi dans plusieurs grandes villes de France en soutien au « peuple palestinien » de Gaza, après des incidents dimanche à Paris et sur fond de critiques à gauche de la politique jugée trop pro-israélienne du président François Hollande.

Paris, Lille (nord), Lyon (centre-est) et Toulouse (sud-ouest) notamment : des rassemblements étaient prévus entre 18H et 19H (16H GMT et 17H GMT) à l’appel du Collectif national pour une paix juste et durable entre Palestiniens et Israéliens.

Une cinquantaine d’organisations, dont les écologistes, les communistes, la gauche radicale, des syndicats et des ONG de défense des droits de l’Homme, ont appelé à « l’arrêt immédiat des bombardements sur Gaza » et réclamé « des sanctions immédiates contre Israël jusqu’au respect du droit international ».

Ces rassemblements interviennent dans un contexte brouillé par des incidents qui, au terme d’une manifestation propalestinienne dimanche à Paris, ont opposé certains manifestants à des membres de la communauté juive devant une synagogue.

Ces échauffourées, qui ont fait huit blessés (majoritairement des policiers) et ont conduit à une dizaine d’arrestations, ont suscité l’inquiétude des responsables religieux juifs et musulmans ainsi que de la classe politique.

Lors d’une interview lundi, le chef de l’Etat avait mis en garde contre les « conséquences possibles » du conflit israélo-palestinien en France.

« Le conflit israélo-palestinien ne peut pas s’importer » en France, a-t-il plaidé. « Il ne peut pas y avoir de dérives et de débordements, d’intrusion ou de volonté d’intrusion dans des lieux de culte, que ce soient des synagogues comme cela s’est passé hier (dimanche), mais je dirai la même chose pour des mosquées, des églises, des temples », a souligné le président.

La prise de parole du président était d’autant plus attendue que François Hollande a essuyé les critiques de sa gauche (communistes et écologistes), ainsi que d’une poignée de députés socialistes, pour avoir exprimé la « solidarité » de la France à Israël.

Certains commentateurs y ont vu une remise en cause de la position française au Proche-Orient en vigueur depuis le général de Gaulle. Mais avec la possibilité d’une offensive terrestre de l’armée israélienne sur Gaza, François Hollande a rééquilibré sa position: appelant Israël à la « retenue » et demandant un « cessez-le-feu ».

Société fracturée

La peur d’une multiplication des actes antisémites en France n’est pas nouvelle.

Elle ressurgit à chaque fois que le Proche-Orient s’embrase. Et cristallise les lignes de fracture à l’intérieur de la société française : une communauté juive inquiète de l’antisémitisme croissant en Europe et qui prend le chemin d’Israël (plus de 2 200 sur les six premiers mois de l’année contre moins de 600 un an plus tôt), des Français issus de l’immigration maghrébine, parfois islamisés, et des militants d’extrême-gauche dont l’opposition à la politique d’Israël tourne parfois au credo antisémite.

Si la majorité des membres des communautés musulmane (entre 3,5 millions et 5 millions de personnes) et juive (500 000 personnes) vivent loin du fracas du conflit israélo-palestinien, une minorité déverse commentaires haineux sur les réseaux sociaux et se retrouve parfois dans la rue pour le coup de poing.

Les incidents de dimanche à Paris ont ainsi opposé la Ligue de Défense juive (LDJ), – émanation en France de la Jewish Defense League, le mouvement américain du rabbin Meir Kahane qualifié de « groupe terroriste » par le FBI en 2001 – avec des propalestiniens qui ont cherché à forcer le cordon de policiers anti-émeute.

Trois jours après les faits, les deux camps continuent de s’accuser d’avoir provoqué les débordements.

La justice a condamné un homme de 23 ans à quatre mois de prison ferme pour « rébellion » et quatre autres personnes doivent être jugées ultérieurement pour « violences sur les forces de l’ordre ».

Mercredi, les autorités françaises ont engagé une procédure pour interdire une autre manifestation de soutien aux Palestiniens prévue samedi à Paris, « au vu de risques graves de trouble à l’ordre public », selon une source proche du dossier.