Réactions à la condamnation d’Elor Azaria
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Réactions à la condamnation d’Elor Azaria

Le soldat israélien a été condamné à 18 mois de prison. Entre appels à la grâce et accusation de clémence, les avis sont partagés

Elor Azaria, jugé coupable d'homicide après avoir tué un terroriste palestinien neutralisé, avec sa mère devant le tribunal militaire de Tel Aviv, le 21 février 2017. (Crédit : capture d'écran Deuxième chaîne)
Elor Azaria, jugé coupable d'homicide après avoir tué un terroriste palestinien neutralisé, avec sa mère devant le tribunal militaire de Tel Aviv, le 21 février 2017. (Crédit : capture d'écran Deuxième chaîne)

Un tribunal militaire israélien a condamné mardi à 18 mois de prison le soldat Elor Azaria, accusé d’avoir achevé un terroriste palestinien blessé, point d’orgue d’un procès qui a profondément divisé le pays.

Elor Azaria avait été déclaré coupable d’homicide volontaire par les trois mêmes juges le 4 janvier. Le sergent de 21 ans est le premier soldat israélien depuis 2005 à connaître un tel sort, selon la presse.

Sur Facebook, Eti Azaria, la soeur d’Elor, a déploré le verdict et ajouté que « j’ai honte de mon pays ».

« Elor, tu es notre héros, a-t-elle écrit. Nous continuerons à combattre. »

Oshrat Azaria, la mère du soldat, portait quant à elle sur ses ongles des lettres en hébreu, formant les mots « mère du héros. »

Les ongles d'Oshrat Azaria, la mère d'Elor, pendant l'audience de condamnation de son fils à Tel Aviv, portent des lettres formant les mots "mère du héros", le 21 février 2017. (Crédit : Jim Hollander/Pool)
Les ongles d’Oshrat Azaria, la mère d’Elor, pendant l’audience de condamnation de son fils à Tel Aviv, portent des lettres formant les mots « mère du héros », le 21 février 2017. (Crédit : Jim Hollander/Pool)

Les politiques et la société civile d’Israël ont réagi à ce verdict, certains refusant qu’il passe « un seul jour en prison », d’autres accusant la « clémence » de la cour d’être « honteuse ».

Parmi les députés de la coalition, le président de celle-ci, le député du Likud David Bitan, a déclaré à la Deuxième chaîne que « je ne veux pas qu’[Azaria] passe un seul jour en prison ».

Yisrael Katz, ministre des Renseignements et des Transports, pendant la Conférence d'Herzliya, le16 juin 2016. (Crédit : Adi Cohen Zedek)
Yisrael Katz, ministre des Renseignements et des Transports, pendant la Conférence d’Herzliya, le16 juin 2016. (Crédit : Adi Cohen Zedek)

Yisrael Katz, ministre Likud des Transports, a déclaré sur Facebook que « la cour a donné son verdict, le processus judiciaire est terminé. C’est à présent le moment de la grâce, de ramener Elor à la maison. »

Le ministre de l’Education Naftali Bennett, président du parti HaBayit HaYehudi, a écrit sur Twitter que « la sécurité des citoyens d’Israël nécessite une grâce immédiate pour Elor Azaria, qui a été déployé pour nous protéger. »

« Le processus était entaché depuis le départ, a-t-il écrit. Il est interdit qu’Elor fasse de la prison car nous en paierons tous le prix. »

Yoav Galant, ministre du Logement du parti Koulanou et ancien général de Tsahal, a appelé le ministre de la Défense et le chef d’Etat-major de l’armée israélienne à accorder immédiatement une grâce à Azaria.

Il a affirmé que le procès a « coûté cher à l’armée et à la société israélienne » et que, après le verdict, et « pour le bien de la réconciliation de notre nation, nous devons exercer notre bon sens et [appliquer] une mesure de miséricorde. »

Des députés de Yesh Atid, parti d’opposition, ont pour leur part adopté une attitude typiquement centriste – certains diraient paradoxales – sur le verdict d’Azaria, rendant en même temps hommage à la cour et à l’armée pour sa condamnation, et demandant qu’il soit gracié.

Yair Lapid, député et président du parti Yesh Atid, pendant une réunion de faction à la Knesset, le 21 novembre 2016. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)
Yair Lapid, député et président du parti Yesh Atid, pendant une réunion de faction à la Knesset, le 21 novembre 2016. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Yair Lapid, le président du parti, a déclaré sur Facebook qu’Azaria « est un soldat qui a fait une grave erreur dans des circonstances difficiles. » Il espère, a-t-il ajouté, « que les commandants d’Elor envisageront une grâce et le laisseront, lui et sa famille, retourner à leurs vies, mais cette décision doit être laissée uniquement aux commandants. »

« Les politiciens, a ajouté le politicien Lapid, devraient cesser d’intervenir dans ce qu’il se passe dans le système militaire. Je félicite le chef d’Etat-major et la cour pour leur position courageuse pour défendre les valeurs de l’armée. »

Yaakov Peri, député de Yesh Atid et ancien directeur du Shin Bet, a déclaré que « malgré les difficultés et la peine que nous ressentons tous devant le fait qu’un soldat combattant a été condamné à de la prison, il nous incombe de respecter la décision de la cour. »

Il a ensuite ajouté que « si un appel était déposé, il serait sans doute approprié d’envisager une grâce ou une réduction de peine. »

Le ministre de la Défense Avigdor Liberman, après le verdict de culpabilité rendu par le tribunal militaire de Tel Aviv contre Elor Azaria, le 4 janvier 2017. (Crédit : capture d'écran Deuxième chaîne)
Le ministre de la Défense Avigdor Liberman, après le verdict de culpabilité rendu par le tribunal militaire de Tel Aviv contre Elor Azaria, le 4 janvier 2017. (Crédit : capture d’écran Deuxième chaîne)

Avigor Liberman, qui était l’année dernière l’un des politiciens ayant demandé le plus ouvertement la grâce d’Azaria, a adopté une approche plus prudente depuis qu’il est ministre de la Défense. Sur Facebook, il n’a pas demandé explicitement la grâce du soldat, même s’il indique que les circonstances étaient atténuantes.

« A présent, après le verdict, j’espère que les deux parties feront tout ce qui est nécessaire pour mettre fin pour de bon à ce sujet, a-t-il écrit. Comme je l’ai dit dans le passé, même ceux qui n’aiment pas le verdict ou la peine doivent respecter la cour, et comme je l’ai également dit, l’armée doit être aux côtés du soldat et de sa famille. »

« Vous avez, d’une part, un soldat exemplaire, et de l’autre, un terroriste qui a tenté de tuer des Juifs, chacun doit prendre cela en compte », a ajouté le ministre de la Défense.

Totalement opposée à ce pardon, Zehava Galon, présidente du parti de gauche Meretz, a déclaré que les ministres montraient leur « mépris de la peine [et] accordent de la légitimité et cherchent à blanchir des actes qui portent un énorme drapeau noir. »

Yariv Oppenheim, l’ancien directeur de La Paix Maintenant, a déclaré sur Twitter que la peine était « honteuse dans sa clémence, et ce qui est encore plus honteux est la conduite des politiciens qui demandent toujours une grâce pour un homme qui a tiré sur un terroriste parce qu’il le méritait. »

Peace Now's Yariv Oppenheimer (photo credit: Yoav Ari Dudkevitch/Flash90)
Yariv Oppenheimer, ancien directeur de La Paix Maintenant, en août 2012. (Crédit : Yoav Ari Dudkevitch/Flash90)

« Un état assoiffé de sang et le désir de revanche », a ajouté l’ancien directeur de l’ONG pacifiste.

Human Rights Watch, une ONG de défense des droits de l’Homme, s’est montrée plus mesurée. Sa directrice pour la région, Sari Bashi, a déclaré que « envoyer Elor Azaria en prison pour son crime envoie un message important sur le règne de l’usage excessif de la force. »

« Mais les responsables israéliens devraient également répudier leur discours de ‘tirer pour tuer’, que trop d’entre eux ont promu, même quand il n’y a pas de menace imminente de mort. Gracier Azaria ou réduire sa peine ne ferait qu’encourager l’immunité pour prendre illégalement la vie d’une autre personne », a-t-elle ajouté.

La peine infligée « ne reflète pas la gravité des faits », a affirmé Amnesty International.

Hassan Jabarine, qui dirige Adalah, une ONG arabe israélienne de défense des droits de l’Homme, a estimé que ce procès était « exceptionnel en raison des charges retenues », dont celle d’homicide, mais « pas du tout exceptionnel en raison de son verdict minimal qui reflète l’impunité générale dont bénéficient les membres des forces israéliennes accusés ou même condamnés pour des crimes contre des Palestiniens. »

Ofer Shelah, député de Yesh Atid qui s’éloigne de la position de son parti, a déclaré sur Facebook que « la condamnation d’Elor Azaria devrait mettre un point final à cet épisode douloureux. Nous devons dire aux politiciens qui utilisent un populisme bas-de-gamme sur le dos d’Elor et de sa famille, menacent les valeurs de l’armée et la capacité de ses commandants à porter ces valeurs que cela suffit. »

« Personne n’est heureux de voir Elor aller en prison, malgré le fait qu’il a fait quelque chose qui ne doit pas être fait. Cependant, une grâce immédiate serait se moquer du système de commandements et de lois de l’armée […]. Avec une liberté conditionnelle, il a eu la peine minimale et c’est ainsi que cela doit être », a ajouté le député.

« Notre seule tâche à présent est de soutenir le chef d’Etat-major de Tsahal contre ceux qui l’ont attaqué pour des raisons uniquement politique. C’est ce que nous avons fait, et ce que nous continuerons à faire », a conclu Shelah.

Le député du Likud Yehuda Glick pendant son investiture à la Knesset, le 25 mai 2016. (Crédit : porte-parole de la Knesset)
Le député du Likud Yehuda Glick pendant son investiture à la Knesset, le 25 mai 2016. (Crédit : porte-parole de la Knesset)

Yehuda Glick, député du Likud, a rendu hommage sur Twitter au « système juridique militaire pour sa sentence équilibrée. »

Isaac Herzog, le chef de l’opposition, a blâmé les circonstances politiques, dont la présence israélienne datant de 50 ans en Cisjordanie.

Il a affirmé qu’Azaria était une « victime de circonstances politiques impossibles qu’Israël fuit depuis des décennies ».

« Le gouvernement et les responsables de la sécurité devraient chercher des moyens d’empêcher le prochain incident », a-t-il ajouté.

Pour l’Autorité palestinienne, la condamnation à 18 mois de prison d’Azaria est un « feu vert » donné aux « crimes des soldats » israéliens, a déclaré le porte-parole Tareq Richmaoui, qui a dénoncé une « peine allégée ».

Le famille d’al-Sharif, le terroriste palestinien tué par Azaria, a dénoncé une « mascarade de procès ».

« Est-ce que c’était un animal pour qu’on le tue de la sorte, de cette manière barbare. Ce n’était pas un animal. C’était un être humain, tout comme » Azaria, a déclaré Yousri al-Sharif sous un poster dédié au « martyr » Abdel Fattah.

A ses côtés, Fathi, l’oncle du Palestinien tué, a dénoncé « une mascarade de procès ».

« On a vu le soldat israélien entrer dans la salle d’audience en souriant, tandis que toute sa famille l’accueillait en l’embrassant et en le serrant dans ses bras », a-t-il dit dans le salon de la maison de Hébron, grande ville du sud de la Cisjordanie.

L’AFP a contribué à cet article.

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