Le tribunal militaire de Tel Aviv a jugé mercredi qu’Elor Azaria était coupable d’homicide pour avoir tué un terroriste palestinien neutralisé à Hébron. Le procès avait profondément divisé la société israélienne, tout comme l’a fait son verdict.

Le ministre de la Défense Avigdor Liberman a appelé mercredi la population israélienne à « accepter et respecter » le verdict de la cour militaire. Le ministre a également précisé qu’il n’aimait pas le verdict, et que l’establishment militaire aiderait Azaria et sa famille « de toutes les manières possibles ».

Liberman, alors qu’il était toujours député de l’opposition en mars dernier, avait affirmé qu’Azaria ne devrait pas être inculpé et qu’il serait acquitté.

S’exprimant au tribunal quelques minutes après la lecture du verdict unanime, où les juges ont déterminé que le tir de mars dernier était injustifié et qu’Azaria avait ouvert le feu sur un terroriste à terre parce qu’il pensait que « les terroristes méritent de mourir », Liberman a déclaré qu’un « verdict a été prononcé. Même ceux, comme moi, qui n’aiment pas le verdict doivent l’accepter et le respecter. »

Le ministre de la Défense Avigdor Liberman, après le verdict de culpabilité rendu par le tribunal militaire de Tel Aviv contre Elor Azaria, le 4 janvier 2017. (Crédit : capture d'écran Deuxième chaîne)

Le ministre de la Défense Avigdor Liberman, après le verdict de culpabilité rendu par le tribunal militaire de Tel Aviv contre Elor Azaria, le 4 janvier 2017. (Crédit : capture d’écran Deuxième chaîne)

Il a estimé que la déclaration de culpabilité était « très difficile », mais qu’il était nécessaire de lire attentivement la longue décision judiciaire, et « de compter jusqu’à trois » avant d’exprimer une opinion.

Le ministre de l’Education Naftali Bennett a demandé mercredi une grâce « immédiate ». La ministre de la Culture et des Sports Miri Regev a déclaré qu’elle présenterait le sujet au président Reuven Rivlin. Le ministre de l’Intérieur Aryeh Deri a également déclaré que le président devrait laisser Azaria sortir.

La députée de l’Union sioniste Shelly Yachimovich était mercredi en début d’après-midi la seule élue de l’opposition à avoir demandé une grâce pour Azaria.

Elle a déclaré dans un communiqué que la cour avait agi de manière « professionnelle et courageuse » en jugeant le soldat coupable d’homicide, mais a ajouté que le verdict entraînerait une division de la société israélienne, et déclaré que le président devrait par conséquent pardonner le soldat.

« Les étroites épaules d’Azaria ne pourront pas supporter le poids de la division », a-t-elle déclaré.

Le bureau du président a précisé dans un communiqué que les demandes de grâce ne pouvaient être déposées que par le condamné lui-même, son avocat ou une personne de sa famille proche, après une décision juridique conclusive.

En ce qui concerne l’affaire Azaria, « si une grâce était demandée, elle serait examinée par le président en accord avec les pratiques habituelles et après les recommandations des autorités concernées. »

Yair Lapid, député et président du parti Yesh Atid, pendant une réunion de faction à la Knesset, le 21 novembre 2016. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Yair Lapid, député et président du parti Yesh Atid, pendant une réunion de faction à la Knesset, le 21 novembre 2016. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Yair Lapid, le président du parti de centre droit Yesh Atid, a condamné les « déclarations irresponsables » des autres politiciens dans cette affaire.

« J’appelle chacun à mettre fin à la violence et à cesser les déclarations irresponsables provenant du système politique. Ce n’est pas le comportement du peuple juif, de l’Etat d’Israël ou de Tsahal. La cour a pris sa décision et à présent nous avons également un rôle : empêcher une fracture dans notre société et assurer que personne ne nuise à l’armée du peuple. L’Etat d’Israël est puissant grâce à notre armée merveilleuse, nos officiers et nos soldats, et parce que nous sommes un état de droit », a-t-il déclaré.

Isaac Herzog, le chef de l’opposition, a déclaré dans un communiqué que le verdict devait être respecté.

Il a cependant ajouté qu’il « ne peut être ignoré qu’Azaria est, à un certain degré, une victime de la situation, mais le jugement renforce l’armée israélienne, puisque vous ne pouvez pas ignorer les circonstances de l’incident, qui reflète une réalité impossible sur un terrain complexe, que les soldats de Tsahal affrontent jour après jour, heure après heure. »

Moshe Yaalon, alors ministre de la Défense, à l'Institut de la démocratie d'Israël, le 25 novembre 2015. (Crédit : Ariel Hermony/ministère de la Défense)

Moshe Yaalon, alors ministre de la Défense, à l’Institut de la démocratie d’Israël, le 25 novembre 2015. (Crédit : Ariel Hermony/ministère de la Défense)

L’ancien ministre de la Défense, Moshe Yaalon, a également commenté le verdict. « C’est un jour difficile pour nous tous, pour la famille Azaria, pour les citoyens d’Israël, et pour moi », a-t-il déclaré sur Facebook.

Il a accusé les politiques d’avoir « exploité cyniquement » l’affaire Azaria pour marquer des points, tout en nuisant au soldat et à sa famille.

« Aujourd’hui, avec le verdict, nous pouvons dire que l’armée israélienne et la famille Azaria ont été grièvement blessées par les politiques qui ont trahi leurs mandats, a déclaré Yaalon. Le processus pénal que le soldat Elor et sa famille ont traversé a été trop difficile à porter et aurait dû être différent, aurait dû être géré différemment. La raison pour laquelle il a été traîné vers une voie qui l’a rendu difficile pour toutes les personnes impliquées est l’exploitation cynique de l’affaire par des politiciens intéressés par leur propre bénéfice personnel. »

« Au lieu d’être des dirigeants politiques, ils ont utilisé Elor et sa famille comme pion politique pour un peu plus de sièges. Ils vous ont menti. J’ai honte de ces politiciens », a-t-il déclaré.

Yaalon, qui était ministre de la Défense au moment des faits jugés, avait déclaré la semaine dernière que « nous ne tirons simplement pas sur les gens, même si c’est un terroriste, même si c’est un autre soldat qui vient de vous tirer dessus mais s’est à présent rendu et a été neutralisé, nous ne tirons tout simplement pas. »

Charlie Azaria, le père d’Azaria, a pour sa part déclaré que « la juge a accepté la version de B’Tselem et pas le témoignage des soldats de Tsahal », selon la Deuxième chaîne.

Elor Azaria, soldat israélien jugé pour homicide, et son père Charlie, devant la Cour militaire de Jaffa, le 6 juillet 2016. (Crédit : Flash90)

Elor Azaria, soldat israélien jugé pour homicide, et son père Charlie, devant la Cour militaire de Jaffa, le 6 juillet 2016. (Crédit : Flash90)

B’Tselem, ONG israélienne de défense des droits des Palestiniens, avait filmé le tir de mars 2016 à Hébron, en Cisjordanie, et publié la vidéo sur internet.

Sharon Gal, ancien député qui est le porte-parole de la famille Azaria, a déclaré aux journalistes que « c’était comme si la cour était détachée du fait que c’était la zone d’une attaque. J’ai le sentiment que la cour a pris le couteau sur le sol et a poignardé le dos de tous les soldats. »

Le père du terroriste palestinien tué, Yousri al-Sharif, a déclaré qu’il s’agissait d’ « un verdict juste, selon moi, serait semblable à celui que reçoivent nos fils : la prison à vie, sans libération anticipée. »

« Mais, ici, Israël juge son propre fils. Alors il est possible qu’il se montre clément. C’est normal. Mais nous espérons un verdict équitable, si Dieu le veut », a-t-il dit depuis Hébron.

Riyad al-Maliki, ministre des Affaires étrangères de l'Autorité palestinienne. (Crédit :  Issam Rimawi/Flash90)

Riyad al-Maliki, ministre des Affaires étrangères de l’Autorité palestinienne. (Crédit : Issam Rimawi/Flash90)

Le ministère des Affaires étrangères de l’Autorité palestinienne a fustigé la « parodie » de procès d’Azaria, parlant de « farce », a annoncé l’agence de presse officielle Wafa.

Dans un communiqué, le ministère a déclaré que « les plus hauts responsables israéliens, dont le Premier ministre Benjamin Netanyahu et son ministre de la Défense, et d’autres ONG ont levé des fonds pour une campagne qui demande l’acquittement d’Azaria », selon l’article.

« Le ministère a ajouté que non seulement Azaria doit être jugé, mais tout le régime israélien pour permettre le meurtre de Palestiniens », a annoncé Walla.

La députée Hanin Zoabi, de la Liste arabe unie, a déclaré qu’Azaria était « l’un de nombreux meurtriers ». Dans un communiqué, elle a affirmé qu’un Palestinien était tué par un Israélien tous les 3,6 jours.

« Quiconque condamne le meurtre d’Azaria doit condamner les meurtres par l’armée israélienne des milliers de bébés, de femmes, d’hommes et de jeunes Palestiniens, avec en moyenne une personne tuée tous les 3,6 jours, et doit demander une peine pour chaque soldat qui a tué un Palestinien », a-t-elle déclaré.

« Gadi, sois prudent, Rabin cherche un ami »

Liberman a également déclaré que les critiques du chef d’Etat-major de l’armée israélienne, Gadi Eizenkot, et de l’armée en général, « doivent cesser » et que « l’armée doit sortir renforcée de cela », et garder un soutien consensuel le plus large possible.

Devant le siège de l’armée à Tel Aviv, où le verdict a été rendu, des manifestants étaient rassemblés mercredi pour soutenir Azaria. Ils ont parfois affronté les policiers et garde-frontières déployés dans le quartier. Quatre personnes ont été arrêtées.

Certains manifestants ont scandé « Gadi, sois prudent, Rabin cherche un ami », en faisant référence au chef d’Etat-major et au Premier ministre assassiné.

Sur Twitter, l’ancien Premier ministre et ministre de la Défense Ehud Barak a critiqué les manifestants, et déclaré que Netanyahu devait soutenir Eizenkot.

« ‘Gadi, sois prudent’ est une menace de mort. Un chef d’Etat-major [Yitzhak Rabin] a déjà été assassiné ici. Netanyahu avait déjà été silencieux à l’époque. Ce n’est pas le moment d’être sourd à présent. C’est le moment de protéger l’armée israélienne et l’Israël sain. Netanyahu doit soutenir immédiatement le chef d’Etat-major », a-t-il écrit.

Mardi, Eizenkot avait rejeté le slogan des partisans d’Azaria, qui affirment qu’il devrait être vu comme un enfant que la nation s’est engagée à protéger.

« Un homme de 18 ans qui sert dans l’armée n’est pas ‘l’enfant de tout le monde’, a déclaré Eizenkot. Il est un combattant, un soldat, qui doit dédier sa vie à accomplir les tâches que nous lui donnons. Nous ne pouvons être troublés par cela. »

La vice-ministre du ministère des Affaires étrangères Tzipi Hotovely a déclaré qu’elle a ordonné au personnel du ministère des Affaires étrangères de contacter le New York Times et CNN au sujet des gros titres « scandaleux » sur l’affaire Azaria.

« Le fait est que nous parlons d’un terroriste qui a voulu assassiner des innocents, et pas d’un ‘blessé palestinien’ », a-t-elle écrit sur Facebook dans une publication accompagnée des photos des Unes des médias en question.

L’AFP a contribué à cet article.