Le secrétaire d’Etat américain John Kerry a réaffirmé mercredi que la solution à deux Etats était « la seule voie possible pour obtenir une paix juste et durable entre Israéliens et Palestiniens » et pour préserver la démocratie dans l’Etat hébreu.

Cette solution à deux Etats est « en grave danger », a prévenu M. Kerry, qui doit quitter ses fonctions le 20 janvier, dans un grand discours exposant la vision de l’administration du président sortant Barack Obama sur le Proche-Orient.

Benjamin Netanyahu a critiqué le discours de Kerry, affirmant son caractère ‘partial’ et obsessionnel’.

“Comme la résolution que John Kerry a avancée au Conseil de Sécurité des Nations unies, John Kerry a fait un discours partial envers Israël. Pendant plus d’une heure, Kerry s’en est pris de manière obsessionnelle aux implantations et n’a presque pas évoqué les racines du conflit – l’opposition palestinienne à un état Juif sous quelques frontières que ce soit », est-il écrit un communiqué émis par le Bureau du Premier ministre.

Peu après que Kerry ait terminé son discours, Netanyahu a publié une photo d’Obama prise devant le mur Occidental sur sa page Facebook page.

“2008 : le candidat à la présidence Barack Obama au mur Occidental. 2016 : L’ONU qualifie le mur Occidental de ‘territoire palestinien occupé’. Sérieusement ? » interroge le post.

Le chef de l’opposition Isaac Herzog a, quant à lui, salué Kerry pour l' »inquiétude véritable » qu’il porte à la sécurité d’Israël.

“John Kerry a toujours été un ami d’Israël et il reste un ami d’Israël », a écrit Herzog sur Twitter, et « son discours exprime une inquiétude véritable pour la sécurité et pour l’avenir d’Israël ».

John Kerry (g) et Isaac Herzog (d) le 3 février 2016 (Crédit : autorisation)

John Kerry (g) et Isaac Herzog (d) le 3 février 2016 (Crédit : autorisation)

« Le discours prononcé par le Secrétaire d’Etat Kerry a présenté une image brute d’Israël, disant en fait ce que de nombreux responsables, y-compris moi-même, n’ont cessé de dire : La seule solution qui permette de mettre un terme au conflit israélo-palestinien, qui est également clairement dans l’intérêt d’Israël, est une solution à deux états. Deux états-nations pour deux populations.

Le gouvernement de Netanyahu, qui clame soutenir une solution à deux états mais s’abandonne en pratique à l’aile droite radicale, nous mène vers un état binational qui sera non-démocrate et définitivement non juif, et qui viendra mettre un terme au rêve sioniste et à notre capacité à vivre sur cette terre au sein d’un pays sain, sûr, et prospère déterminé par des frontières reconnues et sécurisées, » a déclaré Hilik Bar député de l’Union sioniste et chef de la Commission chargée de la solution à deux états à la Knesset.

Zehava Galon, députée du Meretz, a pour sa part assimilé la politique de construction du gouvernement israélien « à un engin explosif qui ne peut que saboter tout accord sur une solution à deux Etats » israélien et palestinien.

“Kerry m’a cité trois fois anonymement pour montrer que nous sommes opposés à un état palestinien”, a écrit le ministre de l’Education Naftali Bennett sur Twitter. “C’est vrai. Si cela ne tenait qu’à moi, nous n’établirions pas un autre état terroriste au coeur de la terre d’Israël”.

« Coordonner des initiatives anti-israéliennes aux côtés des Palestiniens à l’ONU et avancer une résolution partiale contre Israël au Conseil de Sécurité, c’est le contraire d’un soutien apporté à Israël. L’administration Obama a agi contre Israël aux Nations Unies et toute affirmation du contraire est une distorsion de la réalité », a indiqué l’ambassadeur israélien aux Nation unies Danny Danon suite au discours prononcé par le Secrétaire d’Etat Kerry.

« Ni les discours ni les déclarations n’apporteront la paix dans notre région. La seule manière d’aller de l’avant pour les Palestiniens est de comprendre qu’ils doivent condamner le terrorisme, mettre fin aux incitations et revenir à la table des négociations ».

Danny Danon, ambassadeur d'Israël auprès des Nations unies, devant le Conseil de sécurité, le 19 octobre 2016. (Crédit : Nations unies)

Danny Danon, ambassadeur d’Israël auprès des Nations unies, devant le Conseil de sécurité, le 19 octobre 2016. (Crédit : Nations unies)

L’ambassadeur Danon a également commenté les déclarations faites par le président élu Trump : « Nous accueillons avec chaleur le soutien sans équivoque apporté par le président élu Trump à Israël et sa volonté de se dresser contre tous ceux qui tenteront de nous nuire aux Nations Unies”.

« Je viens de regarder ce discours historique. Personne ne peut dire qu’il était partiel ou partiale. La diplomatie à son meilleur. Bien joué. » a déclaré le chef de la diplomatie jordanienne, Nasser Judeh.

Dans un communiqué la Paix Maintenant, une ONG israélienne opposée à la construction israélienne dans les territoires palestiniennes a en revanche appelé Benjamin Netanyahu à adopter les « paramètres » des propositions présentées par John Kerry pour parvenir à la paix.

« Netanyahu doit adopter aujourd’hui les paramètres présentés par Kerry au lieu de céder aux forces les plus extrémistes de sa coalition, il doit geler l’expansion de la colonisation, annuler la loi légalisant les colonies construites sur des terres privées palestiniennes », a souligné la Paix Maintenant.

L’ONG faisait ainsi allusion à un projet de loi légalisant 4 000 logements dans des implantations israéliennes construites en Cisjordanie sur des terres privées palestiniennes qui est en cours d’adoption au Parlement.

La Paix Maintenant a également précisé que depuis le début de l’administration de Barack Obama depuis 2009, 12.537 logements ont été mis en chantier en Cisjordanie et 15.206 appels d’offres pour la construction de logements en Cisjordanie et à Jérusalem-est ont été émis.

« En clamant que ce discours est un cadre favorisant la paix au Moyen-Orient, le président Obama et John Kerry se moquent de la communauté juive. Leurs récentes actions aux Nations unies n’ont rien fait de plus que d’autoriser le président Obama à frapper Israël et le Premier ministre Netanyahu, en créant en même temps de nouvelles entraves à la paix. Une paix réelle dans la région ne pourra se réaliser en mettant Israël au ban de la communauté internationales, mais bien par la mise en place de négociations directes entre les Israéliens et les Palestiniens. Nous sommes profondément attristés et troublés par les actions entreprises par le Président Obama, par le Secrétaire d’Etat y Kerry et par les Nations unies. Nous avons la certitude que le président trump et le Congrès oeuvreront rapidement au renversement de ces déclarations et de ces actions, et qu’ils rétabliront les liens forts entre les Etats Unis et Israël, » a réagi pour sa part la Coalition Juive Républicaine.

Le directeur général de J Street, Jeremy Ben-Ami, à la conférence du groupe à Washington, le 21 mars 2015 (Crédit : JTA / J Street)

Le directeur général de J Street, Jeremy Ben-Ami, à la conférence du groupe à Washington, le 21 mars 2015 (Crédit : JTA / J Street)

« J Street applaudit le discours du Secrétaire d’État Kerry aujourd’hui, qui a puissamment prouvé que la solution à deux États n’est pas seulement dans l’intérêt israélien et palestinien, mais dans l’intérêt national américain aussi.

J Street appuie fermement les propositions du Secrétaire pour des mesures concrètes pour la solution à deux États qui peuvent être prises maintenant et son aperçu des principes de base sur lesquels la résolution du conflit peut finalement être basée, » a déclaré le groupe juif américain J Street dans un communiqué.

Le ministre français des Affaires étrangères Jean-Marc Ayrault a salué un discours « courageux » du secrétaire d’Etat américain John Kerry qui a défendu mercredi « la solution des deux États, Israël et la Palestine ».

« Je salue le discours clair, courageux et engagé de John Kerry en faveur de la paix au Proche-Orient et de la solution des deux États, Israël et la Palestine, vivant côte à côte en paix et en sécurité », a déclaré le chef de la diplomatie française dans un communiqué.

« La France partage la conviction du secrétaire d’État américain de la nécessité et de l’urgence de mettre en œuvre cette solution des deux États », a-t-il ajouté.

Le président français François Hollande (au centre), le secrétaire général de l'ONU Ban Ki-moon (au centre, à gauche), le ministre français des Affaires étrangères Jean-Marc Ayrault (au centre, à droite), le secrétaire d'Etat américain John Kerry (4° à droite), la responsable des Affaires étrangères de l'UE Federica Mogherini (3° à droite) et des responsables pour la photo de groupe de la conférence sur l'initiative pour la paix au proche Orient, organisée à Paris le 3 juin 2016. (Crédit : AFP Photo/Pool/Kamil Zihnioglu)

Le président français François Hollande (au centre), le secrétaire général de l’ONU Ban Ki-moon (au centre, à gauche), le ministre français des Affaires étrangères Jean-Marc Ayrault (au centre, à droite), le secrétaire d’Etat américain John Kerry (4° à droite), la responsable des Affaires étrangères de l’UE Federica Mogherini (3° à droite) et des responsables pour la photo de groupe de la conférence sur l’initiative pour la paix au proche Orient, organisée à Paris le 3 juin 2016. (Crédit : AFP Photo/Pool/Kamil Zihnioglu)

« C’est parce qu’elle constate elle aussi l’érosion de cette solution que la France a pris l’initiative d’accueillir en juin une première conférence internationale et qu’elle recevra à nouveau ses partenaires à Paris, le 15 janvier prochain », a souligné M. Ayrault.

Cette conférence du 15 janvier doit rassembler quelque 70 pays, mais pas les Israéliens ni les Palestiniens, et a pour but de réitérer le soutien de la communauté internationale à une solution sur la base de deux États.

L’AFP a contribué à cet article.