L’accord signé jeudi au Caire marque une nouvelle étape de la réconciliation entre mouvements palestiniens rivaux après une décennie de dissensions qui ont sapé leurs aspirations nationales et contribué à la paralysie de l’entreprise de paix avec Israël.

Des clés pour comprendre les évènements et les enjeux.

Que s’est-il passé au Caire ?

Le Fatah laïc et le Hamas terroriste ont signé un accord censé concrétiser l’effort de réconciliation ravivé ces derniers mois et fixer certaines modalités concrètes d’un transfert de responsabilités complet, dans la bande de Gaza, à l’Autorité palestinienne et à un gouvernement reconnu par tous.

Ce « gouvernement d’unité », émanant de l’Autorité, doit assumer d’ici au 1er décembre « ses pleines responsabilités » à Gaza, comme il le fait en Cisjordanie.

Quel est le contexte ?

Le Hamas gouverne Gaza sans partage depuis qu’il en a évincé en 2007 l’Autorité palestinienne, entité internationalement reconnue et censée préfigurer un Etat palestinien indépendant. Le Hamas et le Fatah, prédominant sur l’Autorité, s’étaient alors livré une quasi guerre civile.

Depuis, l’Autorité et le gouvernement qui en émane n’exercent leur pouvoir que sur la Cisjordanie, distante de quelques dizaines de kilomètres.

Le Hamas a accepté en septembre le retour de l’Autorité à Gaza.

Quels sont les enjeux ?

Le plus immédiat est le sort des deux millions de Gazaouis, éprouvés par trois guerres avec Israël depuis 2008, les blocus israélien et égyptien destinés à contenir le Hamas, la pauvreté, le chômage et les pénuries récemment aggravées d’eau et d’électricité.

Au-delà, les divisions palestiniennes sont considérées comme un des principaux obstacles au règlement du conflit israélo-palestinien – Gaza et la Cisjordanie sont supposés former ensemble un futur Etat indépendant.

La légitimité du président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas, interlocuteur d’Israël et de la communauté internationale, est sapée par le fait que le Hamas, considéré comme infréquentable par beaucoup de pays, préside aux destinées de deux cinquièmes des Palestiniens des Territoires.

Faut-il davantage y croire qu’avant ?

Toutes les tentatives de réconciliation ont échoué jusqu’alors, y compris celle déjà scellée par un accord au Caire en 2011.

Abbas a salué un « accord final pour mettre fin aux divisions ». L’engagement de l’Egypte, « cette fois, est différent », a assuré le chef de la délégation du Fatah, Azzam al-Ahmad, pour justifier son optimisme.

Le négociateur en chef palestinien Azzam al-Ahmad au centre, du mouvement du Fatah, se dirige vers une réunion avec une délégation du Hamas dans un hôtel du Caire suite aux efforts de réconciliation, le 24 septembre 2014 ( Crédit :  AFP/Khaled Desouki)

Le négociateur en chef palestinien Azzam al-Ahmad au centre, du mouvement du Fatah, se dirige vers une réunion avec une délégation du Hamas dans un hôtel du Caire suite aux efforts de réconciliation, le 24 septembre 2014 ( Crédit : AFP/Khaled Desouki)

Les experts soulignent une volonté partagée de part et d’autre et une approche plus pragmatique de la part des dirigeants du Hamas, confronté au risque d’explosion sociale, à un soutien amoindri du Qatar et soumis aux pressions du grand voisin égyptien.

Le gouvernement émanant de l’Autorité a pu revenir en grande pompe la semaine passée à Gaza. Les ministres ont, au moins symboliquement, reçu les clés de leur ministère.

Trois mille policiers de l’Autorité vont être déployés à Gaza et aux frontières avec Israël et l’Egypte, a dit un haut responsable impliqué dans les tractations.

Et il est prévu qu’Abbas se rende prochainement à Gaza, pour la première fois depuis 2007.

Rami Hamdallah, Premier ministre de l'Autorité palestinienne, à Beit Hanoun, dans le nord de la bande de Gaza, le 2 octobre 2017. (Crédit : Mahmud Hams/AFP)

Rami Hamdallah, Premier ministre de l’Autorité palestinienne, à Beit Hanoun, dans le nord de la bande de Gaza, le 2 octobre 2017. (Crédit : Mahmud Hams/AFP)

Pourquoi douter ?

L’accord trouvé au Caire n’a pas été publié pour l’instant et de nombreuses questions restent en suspens. Les parties se donnent jusqu’au 1er décembre pour régler tous les différends.

« Les pessimistes et ceux qui refusent la fin de la division diront toujours que le diable est dans les détails », a dit M. al-Ahmad.

La question la plus épineuse porte sur la sécurité à Gaza. A la tête d’une aile armée estimée à environ 25 000 hommes, le Hamas est-il prêt à rendre les armes à l’Autorité ? De hauts dirigeants ont déjà dit que c’était hors de question. Abbas a prévenu qu’il n’accepterait pas « qu’on clone l’expérience du (mouvement terroriste chiite) Hezbollah au Liban ».

Les parties doivent aussi se pencher sur le sort de dizaines de milliers de fonctionnaires recrutés depuis 2007 par le Hamas.

Reste les sanctions financières imposées par le président Abbas pour faire fléchir le Hamas. Elles seront levées « très bientôt », a dit un responsable du Fatah à Gaza.

Quelle réaction internationale ?

Le Quartet pour le Proche-Orient a salué le retour annoncé de l’Autorité à Gaza. Ce retour pose cependant la question essentielle de la place faite au Hamas, qui refuse de reconnaître Israël.

L’administration Trump a dit « suivre attentivement » l’évolution de la situation et répété que tout gouvernement palestinien devait renoncer à la violence et reconnaître Israël.

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a prévenu que son pays n’accepterait de traiter avec un gouvernement parlant au nom de toutes les factions palestiniennes que si le Hamas démantèle son bras armé, rompt avec l’Iran et reconnaît Israël. Des conditions a priori impossibles à satisfaire pour le Hamas.