WASHINGTON (JTA) — En annonçant la reconnaissance américaine de Jérusalem comme capitale d’Israël, le président Donald Trump s’est exprimé clairement — sauf sur ce qu’il n’a pas dit.

Pour autant, Israël et nombre de ses partisans étaient ravis de ce que beaucoup considèrent comme la reconnaissance « attendue depuis longtemps » des États-Unis comme quoi Israël peut décider où se trouve sa propre capitale. Mais Trump a été prudent. Il a admis le contrôle d’Israël sur toute la ville, mais a insisté sur le fait qu’il ne le reconnaissait pas pour autant. Il a pris le parti d’Israël dans le différend qui dure depuis plusieurs décennies, mais a aussi précisé que « nous ne prenons pas position sur les questions concernant le statut final. »

Voici quelques-unes des choses que le président a dites et n’a pas dites.

La déclaration est une rupture significative avec le discours de ses prédécesseurs.

Le Congrès a reconnu Jérusalem comme la capitale d’Israël en 1995, mais le pouvoir exécutif jusqu’à présent, y compris la Cour suprême, s’est efforcé à ne pas faire de même.

À la suite de l’armistice de 1949, l’administration américaine a officiellement demandé un statut international pour Jérusalem. Après le début des pourparlers de paix avec les Palestiniens au début des années 1990, la position a changé pour laisser le choix aux parties de décider du statut final de la ville. Depuis lors, les prédécesseurs de Trump ont signé deux fois par an des dérogations permettant de garder l’ambassade américaine à Tel Aviv.

Trump est le premier président à adopter sans réserve la loi de 1995.

« En 1995, le Congrès a adopté la Loi sur l’ambassade de Jérusalem, exhortant le gouvernement fédéral à déplacer l’ambassade américaine à Jérusalem et à reconnaître que cette ville — ce qui est important — est la capitale d’Israël », a-t-il expliqué.

« C’est pourquoi, conformément à la loi sur l’ambassade de Jérusalem, je charge également le Département d’Etat de commencer à préparer le transfert de l’ambassade américaine de Tel Aviv à Jérusalem. »

Trump a adopté le narratif israélien sur la gestion de la ville

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu s’exprime devant le forum de Saban dans un clip diffusé le 2 décembre 2017 (Capture d’écran : YouTube)

Le président semblait embrasser le discours sur la gestion israélienne de la ville tout entière qui aurait pu être écrit dans le bureau du Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu : ce n’est pas seulement bon pour Israël, ou pour les Juifs, c’est bon pour la ville et ceux qui l’aiment.

« Jérusalem n’est pas seulement le cœur de trois grandes religions, mais c’est aussi le cœur de l’une des démocraties les plus réussies du monde », a déclaré Trump.

« Au cours des sept dernières décennies, le peuple israélien a construit un pays où les juifs, les musulmans et les chrétiens, ainsi que les croyants, sont libres de vivre et de prier selon leur conscience et selon leur croyance. Jérusalem est aujourd’hui, et doit rester, un lieu où les juifs prient au mur Occidental, où les chrétiens marchent sur le Chemin de Croix et où les musulmans prient à la mosquée Al-Aqsa. »

Ce n’est pas un discours que les Palestiniens accepteraient. Ils affirment que les mesures de sécurité restrictives empêchent les musulmans et les chrétiens d’avoir facilement accès aux lieux saints.

Mercredi, une lettre adressée à Trump par 13 dirigeants des églises de Jérusalem, représentant tout le panel chrétien dans la ville sainte, reflétait une image beaucoup moins idyllique des relations inter-religieuses à Jérusalem. Cette lettre exhortait Trump à ne pas reconnaître Jérusalem comme la capitale d’Israël, affirmant que les tensions dans la ville plaidaient contre une telle reconnaissance.

« La ville sainte peut être partagée et pleinement appréciée une fois qu’un processus politique aidera à libérer les cœurs de tous les peuples qui y vivent des conditions de conflit et du pouvoir destructeur qu’ils connaissent », a indiqué la lettre.

L’annonce crée un précédent pour les autres.

Jusqu’en 1980, une dizaine de pays ont reconnu Jérusalem comme capitale d’Israël et avaient des ambassades dans ou près de la ville. Cette année-là, Israël a adopté l’une de ses nombreuses lois faisant de toute la ville sa capitale. Les pays avec des ambassades à Jérusalem, incapables de résister à la pression du monde arabe, les ont transférées.

Avec la reconnaissance d’une superpuissance de Jérusalem comme capitale d’Israël et l’intention déclarée de Trump d’y transférer l’ambassade de Tel-Aviv, d’autres pays pourraient être moins réservés à l’idée de faire de même. En effet, mercredi après-midi, la République tchèque a déclaré qu’elle reconnaissait Jérusalem comme la capitale d’Israël (et la « future capitale des deux Etats », Israël et la future Palestine).

Ce n’est pas le dernier mot sur Jérusalem.

Une fois que les pourparlers de paix ont été lancés par Israël et les Palestiniens en 1993, la position des États-Unis a été que les parties devraient déterminer quelles sont les limites à l’intérieur et autour de Jérusalem. Depuis les pourparlers du Camp David en 2000, les négociateurs américains présument qu’Israël et la Palestine partageront la ville, avec un arrangement international sur les sites les plus sensibles de la Vieille Ville. Cependant, ces dernières années, Netanyahu a insisté sur le fait que la ville resterait « indivise » et sous contrôle israélien.

Des touristes sur le mont du Temple, dans la Vieille Ville de Jérusalem, le 17 juillet 2017. (Crédit : Thomas Coex/AFP)

« Indivise » et ses synonymes ne sont pas apparus dans le discours de Trump. Au lieu de cela, a-t-il déclaré, élaborez vous-même vos frontières.

« Nous ne prenons pas position sur les questions concernant le statut final, y compris les limites spécifiques de la souveraineté israélienne sur Jérusalem ou sur la résolution des frontières contestées », a-t-il insisté. « Ces questions sont laissées aux parties impliquées. »

L’ambassade ne va nulle part — pour le moment.

Trump, comme il a été souligné, a indiqué qu’il ordonnait au Département d’État de commencer à planifier le transfert de l’ambassade à Jérusalem. De hauts responsables, s’exprimant la veille au soir devant des journalistes, ont déclaré que cela prendrait des années — peut-être près d’une décennie — avant qu’un tel changement soit effectif et que personne n’avait commencé à chercher des sites potentiels pour la future ambassade.

Le statu quo du mont du Temple reste … un statu quo.

« J’appelle toutes les parties à maintenir le statu quo dans les lieux saints de Jérusalem, y compris le mont du Temple, également connu sous le nom de Haram al-Sharif », a déclaré Trump.

Le statu quo actuel sur le mont du Temple — sacré pour les musulmans et les juifs — confie au le Wakf, l’autorité musulmane que le gouvernement d’Israël considère comme hyper-nationaliste, le contrôle de l’accès. La Jordanie a également son mot à dire dans la gestion du site.

Netanyahu, qui a résisté aux exigences des membres de droite de la coalition gouvernementale israélienne voulant faciliter l’accès des fidèles juifs, a pour objectif de maintenir le statu quo. Quand bien même, le langage employé par Trump, qui est celui employé par ses prédécesseurs et l’enjoignant de conserver le statu quo, doit sembler terriblement familier à Netanyahu.

Trump n’a pas résisté à la tentation de lancer une pique à ses prédécesseurs.

« Les présidents ont signé ces dérogations, pensant qu’en retardant la reconnaissance de Jérusalem jouerait en faveur de la paix », a déclaré Trump, se référant à l’option de dérogation, renouvelable tous les six mois, faisant partie de la loi de 1995. « Ont dit qu’ils manquaient de courage, mais ils ont fait du mieux qu’ils pouvaient avec la compréhension qu’ils avaient de la situation à ce moment. »

Vous comprenez ? Peut-être que c’était un manque de courage, mais soyons généreux — il se peut que cela ait été juste un manque d’intelligence.

« Alors que les précédents présidents en ont fait une promesse de campagne importante, ils n’ont pas transformé l’essai », a déclaré Trump. « Aujourd’hui, je le fais ».