En ce jour du 2 décembre, l’Assemblée nationale reconnaîtra (peut-être ?) la Palestine. Ce vote sera non-contraignant. Il ne serait donc que symbolique. Les raisons d’un tel vote sont connues.

Il s’agit, rappelons-le, d’« inviter le gouvernement à reconnaître l’État de Palestine en vue d’obtenir un règlement définitif du conflit » comme l’a défendu le groupe socialiste à l’Assemblée nationale, qui est à l’origine de ce vote. Les sénateurs devraient à leur tour voter aussi cette même résolution. Le « vote solennel » aura lieu le 2 décembre, ce qui signifie un scrutin public.

Vu d’Israël, ce vote du Parlement français incite à quelques réflexions :

Cette résolution n’arrive pas par hasard. Le gouvernement suédois a, si l’on peut dire, ouvert la boîte de Pandore le 30 octobre. Et d’autres pays lui ont rapidement emboîté le pas. Avec hâte ! Les parlements britannique, irlandais et espagnol ont suivi immédiatement.

Le Parlement français fait donc comme les autres et agit donc dans ce qui relève d’un réflexe moutonnier. Il faut bien suivre le troupeau. C’est devenu « tendance » de voter pour la Palestine ! Et c’est même l’Union européenne qui va lancer un tel vote le 18 décembre [cela permettra au moins de voir quelle est la « tendance » dans toute l’Europe…].

Mais on note aussi que certains pays européens ne jouent pas exactement le même jeu. L’Allemagne, une fois de plus, se démarque des pays de l’UE. Angela Merkel, qui soutient la création de deux Etats a déclaré : « Nous pensons que la reconnaissance unilatérale d’un Etat palestinien ne nous fera pas avancer ».

Bert Koenders, le ministre travailliste des Affaires étrangères des Pays-Bas, a lui aussi fait savoir que son pays ne lancerait pas de vote sur la Palestine, en tout cas que le moment n’était pas opportun…

Ce vote du 2 décembre, nous dit-on est symbolique ; il n’est pas contraignant pour le gouvernement. Mais il est bien plus que cela : il est lourd de symboles.

Dans une interview au JDD, la présidente de la commission des Affaires étrangères à l’Assemblée nationale, Elizabeth Guigou, qui est à l’origine de la proposition, dé-
clare : « Le statu quo est la pire des choses. Si l’on ne fait rien, on va tout droit à l’explosion (…) La menace d’une troisième Intifada est réelle. Il faut tout faire pour que la situation ne devienne pas incontrôlable. Reconnaître l’État palestinien, c’est encourager la paix et les deux parties à revenir négocier. »

« Le statu quo est la pire des choses. Si l’on ne fait rien, on va tout droit à l’explosion. Reconnaître l’État palestinien, c’est encourager la paix » Elizabeth Guigou

Tout est dit ici. Si « le statu quo est la pire des choses », il faut hâter l’échéance et forcer la main aux Palestiniens et surtout aux Israéliens à l’origine des blocages.

C’est oublier aussi (ou plutôt vouloir oublier) qu’il y a encore 4 mois, Israël était en guerre avec une organisation terroriste. Mais, ça suffit, peut-on lire en filigrane.

Il faut agir tout de suite quelles que soient les responsabilités dans les échecs des négociations et surtout quelles que soient les conséquences pour la sécurité d’Israël.

« Reconnaître l’Etat palestinien, c’est encourager la paix ». Mais de quelle paix s’agit-il ? Et surtout de quel Etat palestinien s’agit-il ? Celui de Mahmoud Abbas ? Mais inclut-il le Hamas qui fait encore aujourd’hui officiellement partie du gouvernement d’union nationale ?

Et si, hypothèse tout à fait plausible, le chef de ce futur Etat palestinien était renversé par les Islamistes [le Shin Bet a récemment fait état de tentatives de renversement du régime d’Abbas en Cisjordanie par le Hamas] ? Qui en paierait le prix fort ?

L’ancienne ministre poursuit : « À New York comme à Paris, j’ai dit aux représentants d’Israël que notre démarche n’était pas contre leur pays mais pour la paix. »

Encore une fois : de quelle paix s’agit-il ? Faut-il fermer les yeux sur le terrorisme ? Ou bien sur la haine anti-juive présente dans les médias et les manuels scolaires ? Faut-il faire comme si des partenaires pour la paix étaient bien réels alors qu’ils n’existent que dans l’imagination naïve des diplomates ?

La France avait d’ailleurs joué la même partition il y a quelques années avec Yasser Arafat. Et rien n’a vraiment changé. Un blogueur du Times of Israel remarquait récemment que le Fatah avait été incapable d’organiser des festivités à Gaza pour les 10 ans de la mort d’Arafat car ne se sentant pas suffisamment en sécurité avec le Hamas… Et celui-ci pourrait garantir la sécurité d’Israël ???

Alors, bien sûr, tout le monde a le droit de rêver. Mais attention, les rêves ne doivent surtout pas être confondus avec la réalité. Et surtout au Moyen-Orient. A juste titre, on peut qualifier ce déni de réalité de délire…

La France reconnaîtra sans doute la Palestine. En plus des beaux discours, à l’image de ceux qu’on avait entendus au début du « Printemps arabe », il en résultera aussi, au mieux, une incompréhension des Juifs de France, au pire, un désarroi de plus en plus profond, surtout si – malheureusement – cette reconnaissance s’assortit de violences.

Ce vote, comme les autres, ne provoquera sans doute chez la plupart des Israéliens que mépris et indifférence. Comme dit le proverbe arabe : les chiens aboient, la caravane passe. Mais la pensée magique a encore de beaux jours devant elle…