Cet après-midi, avant le Sénat le 11 décembre prochain et malgré de fortes divisions parmi les députés, l’Assemblée nationale a adopté par 339 voix contre 151 une proposition de résolution sur la reconnaissance d’un État palestinien.

Le gouvernement israélien a immédiatement réagi, expliquant que ce vote allait
« éloigner les possibilités de paix ».

Si la mesure déposée par les socialistes est non-contraignante et n’aura donc aucune incidence sur la décision de reconnaître officiellement l’État palestinien par l’État français, ce vote peut être considéré comme hautement symbolique.

Quelques minutes avant cette adoption, à l’appel de différentes associations – parmi elles Europe-Israël, le Collectif d’urgence de la communauté juive de France, l’UPJF, SIONA, le BNVCA et la LDJ –, environ 150 manifestants se sont rassemblés sur la place Édouard-Herriot, à proximité de l’Assemblée nationale, afin de protester contre la résolution.

Vendredi dernier, jour des débats concernant ce vote, 250 personnes s’étaient déjà réunies au même endroit. Dans la foulée, Roger Cukierman, président du Conseil représentatif des institutions juives de France (CRIF), sifflé et décrié à de nombreuses reprises lors du rassemblement d’aujourd’hui, avait regretté la mobilisation de ces associations.

Reconnaissance de l'État palestinien : les associations juives manifestent à Paris - 2 décembre 2014 (Crédit : Glenn Cloarec/Times of Israël)

Reconnaissance de l’État palestinien : les associations juives manifestent à Paris – 2 décembre 2014 (Crédit : Glenn Cloarec/Times of Israël)

Contacté par le journal Libération, il avait déploré « qu’une partie de la communauté soit si prompte à sortir dans la rue à chaque occasion » – le mois dernier, le CRIF annonçait pourtant que la résolution « risquerait d’exacerber les tensions antisémites auxquelles nous avons assisté l’été dernier ».

Distribuées par les associations, les pancartes brandies par la foule indiquaient notamment « Non à une résolution qui encourage les terroristes », « Jérusalem, Toulouse, Bruxelles, les islamistes sont partout », « Pas de résolution pour un État fiction » ou encore « Hamas, Daesh : les terroristes, on n’en veut pas ».

Les manifestants arboraient aussi des drapeaux israéliens et un certain nombre d’entre eux avaient collé sur leur veste un autocollant de la Ligue de défense juive (LDJ), groupe d’autodéfense juif interdit dans plusieurs pays.

Lors de son discours, Meyer Habib, député UDI de la 8ème circonscription des Français de l’étranger, a profondément regretté que l’Assemblée nationale « s’apprête à voter pour légitimer un État qui est à moitié corrompu et à moitié dirigé par le Hamas ».

Meyer Habib à Paris - Reconnaissance de l'État palestinien : les associations juives manifestent à Paris - 2 décembre 2014 (Crédit : Glenn Cloarec/Times of Israël)

Meyer Habib à Paris – Reconnaissance de l’État palestinien : les associations juives manifestent à Paris – 2 décembre 2014 (Crédit : Glenn Cloarec/Times of Israël)

Applaudi par les manifestants, il a ensuite félicité ses homologues UMP opposés à la motion, avant de conclure que le PS avait « choisi son camp » et par la même occasion « lâché Israël ».

Quelques minutes avant, Claude Goasguen, député UMP de Paris connu pour son engagement en faveur d’Israël, avait exprimé son opposition et sa « honte » face à la décision des socialistes.

Claude Barouch, président de l’Union des patrons et des professionnels juifs de France, s’est quant à lui inquiété que « les représentants du peuple n’aient rien d’autre à faire que de voter une résolution unilatérale qui ne servira à rien » à un moment où la France « est dans une crise énorme ».

« Pourquoi parlent-ils sans arrêt d’Israël et ne s’inquiètent pas de toutes les armées islamistes qui nous menacent ? Le Parti socialiste dans sa majorité sera le responsable des exactions qui auront lieu demain », a-t-il ajouté.

Claude Goasguen - à Paris -  Reconnaissance de l'État palestinien : les associations juives manifestent à Paris - 2 décembre 2014 (Crédit : Glenn Cloarec/Times of Israël)

Claude Goasguen – à Paris – Reconnaissance de l’État palestinien : les associations juives manifestent à Paris – 2 décembre 2014 (Crédit : Glenn Cloarec/Times of Israël)

Selon Jean-Claude Nataf, responsable associatif et co-fondateur de la LDJ française, il est certain que « la communauté juive ne votera plus pour le PS suite à ce vote ». « Aujourd’hui, les jeunes de la communauté sont poussés à quitter la France par la politique de leurs dirigeants et par la situation économique », explique-t-il.

Dans la foule, Joseph, juif orthodoxe originaire de Flandre, distribuait des tracts sur lesquels étaient imprimés une tribune de Manuel Valls intitulée « État palestinien : la négociation plutôt que l’unilatéralisme » parue dans Libération en 2010. Selon Joseph, il y a trois ans, le PS avait un avis différent sur la question et a depuis « changé de bord ». Pour lui, la mesure est « contre-productive et n’aidera pas à apporter la paix dans la région ».

Après une heure de discours et un chant des hymnes français et israélien, les manifestants se sont dispersés dans le calme, sous le regard de dizaines de CRS.

Au même moment, un peu à l’écart, une dizaine de jeunes criaient « Ils sont où les Pro-Pales ? » tout en agitant des drapeaux du Betar et de la LDJ.

À proximité, un autre groupe plus âgé discutait du vote et s’inquiétait du fait que « tous les pays européens suivent désormais le mouvement ». « Israël est de plus en plus isolé », ont-ils conclu.

Reconnaissance de l'État palestinien : les associations juives manifestent à Paris - 2 décembre 2014 (Crédit : Glenn Cloarec/Times of Israël)

Reconnaissance de l’État palestinien : les associations juives manifestent à Paris – 2 décembre 2014 (Crédit : Glenn Cloarec/Times of Israël)

Le 30 octobre dernier, la Suède est devenue le 135 ème pays au monde et le premier membre de l’Union européenne à reconnaître formellement un État de Palestine.

À cette occasion, Margot Wallström, ministre suédoise des Affaires étrangères, avait annoncé espérer que cette reconnaissance « montre la voie à d’autres ».

Quelques jours avant, le Parlement britannique s’était prononcé pour l’adoption d’une motion similaire par le Royaume-Uni. Il avait depuis déjà été suivi par le Sénat irlandais et le Congrès des députés espagnols.

Dans le cadre d’un vaste mouvement européen de reconnaissance de l’État palestinien, après les députés français, les législateurs du Danemark et de la Slovénie et les membres du Parlement européen devraient prochainement faire de même.

Le mois dernier, alors qu’il s’exprimait sur le vote des députés français, le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a déclaré que cette action envoyait un « mauvais signal » et « qu’une reconnaissance d’un État palestinien par la France serait une grave erreur ».

Depuis 2010, comme la Suède, différents pays et notamment l’Uruguay, le Brésil, l’Argentine, l’Islande ou la Thaïlande ont officiellement reconnu un État palestinien.

En 2012, à la grande joie du président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas qui parlait de « quelque chose d’historique », l’ONU a même octroyé le statut d’État observateur non-membre à la Palestine.

D’ici trois ans, par des négociations avec Israël, Abbas espère parvenir à créer un véritable État sur la base des lignes de 1967.