Miri Regev, ministre de la Culture, a juré samedi de révolutionner les critères de financement public des films israéliens, et a affirmé que les fonds versés à l’industrie du cinéma discriminaient systématiquement les réalisateurs venus des implantations, de la communauté arabe et de la communauté ultra-orthodoxe.

Regev, qui critique régulièrement les films jugés anti-israéliens de réalisateurs locaux, et dont la cible actuelle est « Foxtrot » de Samuel Maoz, a dit que le processus de financement serait réformé l’année prochaine.

« L’accord sur le [financement du] cinéma expire l’année prochaine, et je vous le dis maintenant, ce qu’il s’est passé ne peut pas continuer », a-t-elle dit pendant un entretien accordé à la Deuxième chaîne. Il y aura des surprises pour « tous ceux qui pensent que nous allouerons le budget au même fonds de cinéma. »

Regev, membre du Likud, le parti du Premier ministre Benjamin Netanyahu, a affirmé qu’elle ne voulait pas promouvoir un narratif politique de droite. « Je ne distribue pas [les financements] selon [l’orientation politique] de gauche ou de droite. Ce sont ces fonds de financement du cinéma qui travaillent en fonction de la gauche ou la droite. Ils n’autorisent pas les réalisateurs de Judée et Samarie [Cisjordanie], ni les réalisateurs arabes, ni les réalisateurs ultra-orthodoxes, à faire entendre leurs voix. »

Samuel Maoz récompensé par le Lion d'argent du Grand prix du jury de la Mostra de Venise pour son film "Foxtrot", à Venise, le 9 septembre 2017. (Crédit : Tiziana Fabi/AFP)

Samuel Maoz récompensé par le Lion d’argent du Grand prix du jury de la Mostra de Venise pour son film « Foxtrot », à Venise, le 9 septembre 2017. (Crédit : Tiziana Fabi/AFP)

En réponse, l’Académie israélienne du cinéma et de la télévision a déclaré que ces propos étaient « irresponsables et infondés. » L’académie l’a aussi accusée d’ « incitation » à la haine pour avoir dit que les réalisateurs israéliens incitaient le monde à détester Israël.

La semaine dernière, l’Académie avait annoncé qu’elle n’inviterait pas Regev, ni aucun autre politicien, à la cérémonie annuelle des Ophir, l’équivalent israélien des Césars. L’an dernier, elle avait quitté la cérémonie en plein milieu pour protester contre la lecture d’un poème d’un poète palestinien. La décision de ne pas l’inviter cette année était fondée sur le « respect » pour l’industrie du cinéma, avait précisé Moshé Danon, le président de l’Académie.

Samedi, l’Académie a indiqué qu’elle avait ensuite invité la ministre à discuter des moyens de garantir que la cérémonie soit un succès. Regev a répondu que l’Académie était prête à l’inviter, à condition qu’elle se contente de « s’asseoir et d’applaudir ».

Regev a vivement critiqué « Foxtrot », qui a été récompensé par le prestigieux Lion d’Argent du Grand prix du Jury de la Mostra de Venise la semaine dernière, il est en lice pour l’Ophir du meilleur film, du meilleur réalisateur, du meilleur acteur (Lior Ashkenazi) et de la meilleure actrice dans un second rôle (Shira Haas).

Regev a affirmé que le film diffamait l’Etat d’Israël.

Depuis qu’elle est ministre de la Culture, Regev a vivement critiqué tout ce qu’elle considère comme indigne d’Israël, que ce soit la nudité au festival d’Israël, ou des films qui critiquent ou désapprouvent l’Etat et les politiques du gouvernement.