Miri Regev, la ministre de la Culture, a répondu mardi à son exclusion de la cérémonie des Ophirs, les Césars israéliens, en diffusant un discours sur sa page Facebook, dans lequel elle fustige la « petite clique » à la tête de l’industrie du cinéma israélien et a à nouveau juré de suspendre les financements publics des films qui, à son avis, donnent une mauvaise image d’Israël.

Son discours a été diffusé alors que le film « Foxtrot », qu’elle a critiqué à plusieurs reprises, a remporté de nombreuses récompenses. L’année dernière, Regev avait quitté la cérémonie des Ophirs en plein milieu du gala, pour protester contre la lecture d’un poème du poète palestinien Mahmoud Darwish.

Regev a commencé son discours en ironisant, affirmant qu’elle était venue applaudir le film « Foxtrot » de Samuel Maoz, qui a remporté le Lion d’Argent du Grand prix du jury de la Mostra de Venise ce mois-ci, ainsi que Darwish et Dareen Tatour, une poète palestinienne.

L’année dernière, Regev avait affirmé que le poète avait refusé l’existence d’Israël en tant qu’Etat juif. Cette année, les organisateurs ont indiqué qu’ils n’inviteraient pas de politicien, pour éviter que les protestations de l’année dernière ne se répètent.

Dareen Tatour, dont la pièce "Carnets de prison" a été mise en scène au théâtre de Jaffa à l'été 2017. (Crédit : capture d'écran Youtube)

Dareen Tatour, dont la pièce « Carnets de prison » a été mise en scène au théâtre de Jaffa à l’été 2017. (Crédit : capture d’écran Youtube)

Tatour est une poète arabe israélienne qui est assignée à domicile car elle aurait soutenu un groupe terroriste palestinien. L’acte de sa mise en examen cite l’un de ses poèmes, « Résiste mon peuple, résiste », qu’elle a publié sur Facebook, et trois autres posts, dont l’un cite un appel au jihad islamique aux Palestiniens pour protéger la mosquée Al-Aqsa de Jérusalem.

Moshé Danon, le président de l’Académie du cinéma israélien, a indiqué cette semaine que la décision de n’inviter ni Regev, ni aucun autre politicien, à la cérémonie avait été prise de sorte que l’attention soit uniquement portée sur le cinéma.

Pour Regev, cette décision avait cependant pour objectif que « [s]a voix, qui représente la plupart des Israéliens, ne soit pas entendue. » Elle a fustigé l’académie pour sa « nouvelle tentative mensongère » de l’exclure, et pour avoir utilisé « la langue de l’incitation [à la haine]. »

La cérémonie des Ophirs est comme un mariage auquel la mariée a versé 400 000 shekels, mais où elle, l’Etat d’Israël, n’est pas invitée, a-t-elle ajouté.

Alors que « Foxtrot » a dominé la cérémonie, Regev a attaqué son réalisateur, qui a « osé » montré des soldats israéliens tuant des Arabes à un checkpoint.

« Vous connaissez l’armée de défense d’Israël, a-t-elle dit sur Facebook, vous connaissez la morale de nos soldats, vous savez quel Jardin d’Eden nous avons créé dans un Moyen Orient sombre et déchiré par les conflits. »

Le réalisateur a cependant osé « appeler cette terrible diffamation une métaphore, a-t-elle dit. Nous ne sommes pas aveugles et pas sourds, et certainement pas stupides, et nous comprenons ce que dit cette métaphore sur la société israélienne et l’armée de notre peuple. »

« Foxtrot » est une parabole puissante sur le sort et l’impuissance des individus à diriger leurs destinées.

Le film commence avec un riche couple de Tel Aviv, joué par Lior Ashkenazi et Sarah Adler, qui apprend que le fils soldat est mort en mission.

Les parents sont sidérés par la peine, et le film leur réserve d’autres surprises pendant qu’il explore la manière dont le traumatisme influe sur les individus et les sociétés, et traverse les générations.

Regev a indiqué qu’elle ne critiquait pas « Foxtrot », qu’elle a admis ne pas avoir vu, pas parce qu’elle était contre la liberté d’expression, mais parce qu’elle était contre la « liberté de déformer l’image de Tsahal et de le faire avec le soutien [financier] du peuple israélien. »

Elle a ajouté qu’il n’y avait « rien de plus légitime que la population israélienne ne finance pas des films qui diffament notre Etat. »

Regev a juré que l’accord actuel entre le gouvernement et l’industrie du cinéma serait modifié au moment de son renouvellement l’année prochaine.