Rejetant vertement les dénigrements russes contre un groupe de travail, Israël a approuvé dimanche un rapport émis par un observatoire des Nations unies sur l’usage par la Syrie d’armes chimiques, disant qu’il prouve « sans équivoque possible » l’utilisation par Assad de gaz meurtrier, et ajoutant que ce dernier doit être en conséquence sanctionné par la communauté internationale.

Le mois dernier, un rapport établi par un groupe conjoint constitué de membres de l’ONU et de l’organisation pour la prohibition des armes chimiques (OPCW) a conclu que les forces aériennes syriennes ont bien jeté une bombe le 4 avril dernier sur la ville de Khan Sheikhun qui se trouvait alors aux mains de l’opposition, remplie d’agent neurotoxique, entraînant la mort de plus de 80 personnes, dont des enfants.

L’OPCW a une équipe qui opère au sein d’une mission d’établissement des faits enquêtant sur l’usage d’armes chimiques en Syrie. Ce mécanisme d’enquête conjoint a été créé par le Conseil de sécurité pour évaluer les responsabilités dans de telles attaques.

Mais la Russie a rejeté ce rapport, disant que les experts ne se sont pas rendus à Khan Sheikhun et qu’ils ont travaillé à partir d’échantillons dont Moscou maintient qu’ils ont pu être altérés par les services de renseignement occidentaux.

« Le mécanisme d’enquête conjoint établit sans équivoque que le régime d’Assad est responsable de la mort de douzaines de personnes en utilisant le gaz dans la ville de Khan Sheikhun », a indiqué le ministère des Affaires étrangères israélien dans un communiqué, dimanche. « Il fournit également des preuves supplémentaires de la capacité continue du régime syrien à utiliser des armes chimiques meurtrières et sa volonté de le faire ».

Le ministère des Affaires étrangères a donc appelé la communauté internationale « à enquêter sur chaque exemple d’utilisation d’armes chimiques et à traduire en justice les responsables ».

Ce communiqué formulé avec détermination survient quelques jours après que la Russie et l’Iran – les alliés du régime syrien – ont proposé une résolution lors d’une réunion de l’OPCW la semaine dernière dans laquelle les diplomates auraient demandé aux enquêteurs d’abandonner la première investigation ouverte sur l’incident de Khan Sheikhun et d’en lancer une nouvelle.

La résolution « décide de renouveler le travail de la mission d’établissement des faits sur l’incident survenu à Khan Sheikhun afin de garantir une enquête d’ampleur, à la fois professionnelle et de grande qualité portant sur l’identification du gaz sarin », selon une copie vue par plusieurs médias.

Le ministère des Affaires étrangères oppose par sa déclaration fermement Israël à la Russie dans la querelle internationale croissante qui, la semaine dernière, a vu les Etats-Unis et le Royaume-Uni accuser Moscou de mensonge quant à la responsabilité assumée par la Syrie dans l’attaque chimique.

Le conseil de sécurité de l’ONU vote pour étendre les enquêtes sur la responsabilités des attaques aux armes chimiques en Syrie aux Nations-Unies, le 24 octobre 2017 (Crédit : AFP PHOTO / TIMOTHY A. CLARY)

S’exprimant avec force, le représentant américain à l’OPCW Ken Ward a estimé que la Russie « continue à nier la vérité » concernant l’attaque au gaz sarin.

Ward a accusé la Russie de « collaborer avec le régime d’Assad dans une tentative déplorable de discréditer la mission d’établissement des faits et le mécanisme d’enquête conjoint ».

« De manière regrettable, la Russie a encouragé l’usage d’armes chimiques en Syrie et n’a pas tenu compte des responsabilités internationales prises par la Syrie », a déclaré Ward dans une publication parue sur le site internet de l’OPCW.

L’ambassadeur russe Alexander Shulgin a à son tour reproché à l’envoyé américain « d’attiser les querelles internes » et de créer la division au sein de l’OPCW qui, en 2013, a remporté le prix Nobel de la paix pour son travail en Syrie.

« Il n’y a pour nous aucune perspective actuellement que la Fédération russe et les Etats-Unis puissent se rejoindre », a dit Shulgin. « Nous naviguons dans deux mondes parallèles ».