Le chef du gouvernement italien Matteo Renzi a annoncé dimanche sa démission, qu’il remettra lundi au président italien Sergio Mattarella, lors d’une allocution en direct à la télévision depuis le Palazzo Chigi.

« Mon expérience de chef de gouvernement s’arrête là », a déclaré M. Renzi après sa défaite au référendum sur la réforme constitutionnelle, précisant qu’il remettrait sa démission lundi à l’issue d’un conseil des ministres. « J’ai perdu, j’en prends toute la responsabilité ».

Le chef du gouvernement italien, Matteo Renzi, doit remettre sa démission lundi après-midi au lendemain d’un camouflet dans les urnes, annonçant une période d’incertitudes mais pas nécessairement l’arrivée des populistes au pouvoir.

Après un dernier conseil des ministres « dans l’après-midi », M. Renzi se rendra au palais du Quirinal donner sa démission au président Sergio Mattarella, chef d’Etat discret et effacé à qui il revient de gérer la transition.

Il pourrait convoquer des élections anticipées, soit, plus vraisemblablement, nommer un gouvernement « technique », comme l’Italie en a déjà connus plusieurs dans son passé, chargé de réformer la loi électorale.

Au grand dam des populistes du Mouvement 5 étoiles (M5S) et de la Ligue du Nord, qui ont réclamé une dissolution immédiate du Parlement. La présidente du Front national français Marine Le Pen a d’ailleurs félicité la ligue du Nord, qu’elle voit déjà aux portes du pouvoir.

Sergio Mattarella, le président italien nouvellement élu (Crédit : FILIPPO MONTEFORTE / AFP)

Sergio Mattarella, le président italien nouvellement élu (Crédit : FILIPPO MONTEFORTE / AFP)

« Les Italiens doivent être appelés à voter le plus rapidement possible », a martelé de son côté Beppe Grillo, chef du M5S, sur son blog. « La chose la plus rapide, réaliste et concrète pour aller tout de suite au vote est d’y aller avec une loi qui existe déjà, l’Italicum ».

Cette loi électorale, adoptée en mai 2015, prévoit une forte prime majoritaire à la Chambre des députés, où selon les derniers sondages, le M5S pourrait sortir vainqueur.

Mais la prime majoritaire ne s’applique pas au Sénat, qui avec l’échec de la réforme constitutionnelle garde tous ses pouvoirs et reste élu à la proportionnelle, ce qui risque de rendre le pays ingouvernable.

Les autres formations politiques, majoritaires au Parlement actuel, semblaient s’accorder sur la nécessité d’une nouvelle réforme électorale et donc sur de la nomination d’un gouvernement « technique » chargée de la mettre en oeuvre. L’une de ses premières missions sera aussi de faire adopter le budget, à moins que le gouvernement actuel ne le fasse avant de remettre son mandat.

Plusieurs noms circulaient avant même le référendum pour prendre la tête de ce gouvernement, en particulier celui du ministre des Finances, Pier Carlo Padoan, qui a d’ailleurs annulé sa participation lundi à une réunion de l’Eurogroupe à Bruxelles pour rester à Rome.

Sa nomination pourrait avoir l’avantage de rassurer les marchés qui redoutent une nouvelle phase d’instabilité politique dans la troisième économie de la zone euro.

« Ce n’est pas un message positif pour l’Europe en ces temps difficiles », a commenté le ministre allemand des Affaires étrangères, Frank-Walter Steinmeier, au sujet de la victoire du non au référendum.

Frank-Walter Steinmeier (Crédit : Kuebi = Armin Kübelbeck/Domaine public/Wikimedia commons)

Frank-Walter Steinmeier (Crédit : Kuebi = Armin Kübelbeck/Domaine public/Wikimedia commons)

Lundi matin cependant, la Bourse de Milan s’est redressée après avoir ouvert en baisse de plus de 1 % et l’euro s’est repris après avoir plongé dans la nuit à son niveau le plus faible depuis mars 2015. Et même s’il grimpait nettement, le taux d’emprunt à 10 ans de l’Italie était loin de s’envoler.

L’agence de notation Standard and Poor’s a d’ailleurs assuré que le résultat du référendum n’aurait pas d’impact sur sa note de la dette souveraine italienne.

« Le non avait déjà été en grande partie pris en compte », a expliqué l’économiste Lorenzo Codogno.

Après un peu plus de 1 000 jours à la tête du pays, un seuil franchi avant lui uniquement par Bettino Craxi et Silvio Berlusconi, Matteo Renzi, laisse derrière lui une Italie ayant renoué avec la croissance, mais pas suffisamment pour changer la donne sur le terrain.

Il était arrivé au pouvoir en février 2014 sur un programme de réformes tous azimuts et de mise à la casse de la vieille classe politique de son pays. Mais son volontarisme affiché n’a pas convaincu les Italiens.

Une large majorité de la classe politique, de la droite classique aux populistes, en passant par tous les extrêmes et même des « frondeurs » de gauche du Parti démocrate de M. Renzi, avait appelé à voter non.

Pour Maurizio Molinari, directeur de La Stampa, le camouflet est venu « des familles de la classe moyenne apauvries par la crise économique », « des jeunes sans travail, des ouvriers qui se sentent menacés par les migrants et des employés dont les salaires ne suffisent plus. C’est le peuple de la révolte, expression du même malaise qui a produit le Brexit au Royaume-Uni et a porté Donald Trump à la Maison Blanche ».

Il reste désormais à savoir si M. Renzi quittera également la direction de son parti, profondément divisé après la bataille référendaire.