L’un des treize articles de foi compilés par le philosophe du Moyen-Age Maïmonide est le suivant : « Je crois d’une foi parfaite que le Messie viendra, et bien qu’il tarde à venir, je crois en sa venue ».

Remplacez « Messie » par « augmentation drastique de la côte de popularité d’Israël » et vous obtenez le premier article de foi du Premier ministre Benjamin Netanyahu quant à la politique étrangère.

Il croit dur comme fer, même si tout laisse penser le contraire, qu’Israël occupe une place de choix sur la scène internationale et que ce sera encore le cas après les mesures punitives que Netanyahu a prises à l’encontre des 14 pays qui ont soutenu la résolution anti-implantations de vendredi au Conseil de Sécurité de l’ONU, et contre ceux qui se sont abstenus, à savoir les États-Unis.

Netanyahu est profondément convaincu que le monde n’a que faire des implantations ou de l’État palestinien, mais qu’il est assoiffé de progrès israélien dans le secteur du high-tech, dans ses prouesses anti-terroristes, et cette conviction n’est pas ébranlée par les défaites diplomatiques – même les plus catastrophiques.

Elle n’a pas été ébranlée lorsque l’Assemblée générale des Nations unies a voté en faveur de l’octroi d’un siège d’observateur à l’ « État palestinien », ni quand l’UNESCO adopte continuellement des résolutions qui nient les liens qui unissent le peuple juif au mont du Temple de Jérusalem, ou quand, en règle générale, la majorité des pays du monde manifeste son soutien à la cause palestinienne et vote contre Israël.

L'écran électronique à l'Assemblée générale de l'ONU montre les votes selon les pays (Crédit : capture d'écran UNGA livestream)

L’écran électronique à l’Assemblée générale de l’ONU montre les votes selon les pays (Crédit : capture d’écran UNGA livestream)

En septembre Netanyahu a affirmé à l’Assemblée générale que « les relations diplomatiques d’Israël sont en pleine révolution et que la majorité systématiquement anti-Israël à l’ONU sera du passé d’ici moins de 10 ans ».

À la fin du mois de décembre, la même Assemblée générale a adopté 20 résolutions anti-Israël, a une majorité écrasante. Ce sont 162 pays qui ont voté pour la résolution A/C.4/71/L.14, par exemple, qui réfère au mont du Temple par son nom arabe, « Haram al-Sharif ». Sept pays s’y sont opposés, et 8 se sont abstenus.

La résolution A/C.4/71.L.13, qui réaffirme que les implantations « dans le Territoire palestinien occupé, y compris Jérusalem-Est, et le Golan syrien occupé sont illégales et constituent un obstacle à la paix ». Elle a été adoptée avec 165 voies pour, 6 voies contre et 7 abstentions.

Vendredi, le Conseil de Sécurité a voté la résolution 2334, qui condamne l’activité implantatoire d’Israël, était une gifle en plein visage. L’administration Obama, qui avait apposé son veto sur un texte similaire en 2011, s’est abstenue de voter, et cette abstention a permis à la première résolution anti-Israël d’être adoptée dans un Conseil de Sécurité en une décennie.

Netanyahu critique régulièrement l’ONU, mais cette fois-ci, sa réaction a été inhabituellement féroce. Il a passé à savon une dizaine d’ambassadeurs, annulé une aide étrangère destinée au Sénégal et à l’Angola, désinvité le Premier ministre ukrainien, refusé de rencontre des dirigeants chinois et britanniques.

Il a également ordonné à ses ministres d’écourter leurs séjours dans les pays qui ont voté en faveur de la résolution, annoncé une « réévaluation de nos contacts avec l’ONU », ordonné de stopper le financement de certaines agences onusiennes, et a promis « qu’on n’en n’avait pas fini ».

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu lors d'une conférence dans la ville de Maalot le 26 décembre 2016. (Crédit : Kobi Gideon/GPO)

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu lors d’une conférence dans la ville de Maalot le 26 décembre 2016. (Crédit : Kobi Gideon/GPO)

De plus, après avoir personnellement convoqué l’ambassadeur américain, il a accusé le président américain Barack Obama de collusion et de trahison, et l’a comparé au « très hostile » président Jimmy Carter.

Dans un discours inhabituellement acerbe, un politique israélien a affirmé que la résolution à Washington avait permis de favoriser « le terrorisme et le boycott ». Son ambassadeur aux États-Unis est même allé plus loin : « Et ce qui est d’autant plus scandaleux, c’est que les États-Unis sont derrière cette attaque [au Conseil de Sécurité] », a déclaré Ron Dermer.

Il est convaincu qu’un changement se profile, et il semblerait que ce soit effectivement le cas. Il a affirmé dans un discours samedi soir que le vote au Conseil de Sécurité prouvera que « c’est la goutte d’eau qui a fait déborder le vase », le point charnière qui « accélérera » l’élévation triomphale d’Israël parmi les nations.

« La résolution qui a été votée à l’ONU hier fait partie du chant du cygne de l’ancien monde, biaisé contre Israël, mais, mes amis, nous entrons das une nouvelle ère », a-t-il déclaré, prédisant une révolution « qui arrivera plus vite que vous ne le pensez ».

Le texte complet de la résolution 2334

Et dans ce nouveau monde courageux, dans lequel les nations auront besoin de ce que l’État juif est le seul à offrir, il a promis que « le prix à payer pour ceux qui tentent de nuire à Israël sera bien plus élevé, et que le prix ne sera pas dicté par seulement par les États-Unis [sous l’administration Trump], mais par Israël également. »

« Ceux qui travaillent avec nous jouiront de tout ce qu’Israël a à offrir. Mais ceux qui travaillent contre nous perdront, parce qu’il y aura un prix diplomatique et économique à payer pour leurs actions contre Israël. »

Certains activistes pro-palestiniens ont accusé Netanyahu de menacer par la violence, mais ce n’est pas ce qu’il avait en tête. Le Premier ministre met en garde les nations du monde, qu’ils ne bénéficieront pas de l’innovation high-tech d’Israël ni de son expertise anti-terroriste s’ils ne changent pas leur position vis-à-vis d’Israël.

« Ceux qui travaillent avec nous jouiront de tout ce qu’Israël a à offrir. Mais ceux qui travaillent contre nous perdront, parce qu’il y aura un prix diplomatique et économique à payer pour leurs actions contre Israël. »

Le message de Netanyahu est clair : Israël ne sera plus le souffre-douleur du monde. Désormais, les pays devront être pour ou contre Israël. S’il nous soutiennent dans les instances internationales, nous seront heureux de commercer avec eux. S’ils persistent à voter contre nous, ils devront vivre sans les éléments vitaux – les compétences en cyber-défense, le renseignement sur le terrorisme, etc. – que la nation start-up a à offrir.

Mal comprendre Netanyahu

Les détracteurs de Netanyahu estiment que les sanctions qu’il inflige au pays qui ont soutenu la résolution anti-implantations sont disproportionnées. Même la ministre adjointe au Affaires étrangères Tzipi Hotovely, sa collègue au Likud, a déclaré mardi qu’elle n’aurait pas coupé contact avec les autres pays, mais qu’elle leur aurait exposé le point de vue d’Israël.

D’autres soutiennent que Netanyahu a exprimé une réaction délibérément disproportionnée pour marquer des points et se placer en dirigeant intrépide, prêt à se mettre le monde à dos pour protéger la cause israélienne.

D’autres théorisent qu’il tente de garder le vote du Conseil de Sécurité à la une afin de détourner l’attention de l’enquête pour corruption dont il fait l’objet. En effet, les chamailleries de Netanyahu avec le monde, et notamment avec les États-Unis, a reçu, sans surprise, une couverture médiatique plus importante qu’un rapport sur une future enquête criminelle contre lui, pour pots-de-vin et fraude présumée.

Mais ceux qui sont familiers de la façon dont Netanyahu perçoit la place qu’occupe Israël au 21e siècle savent que les mesures exagérées contre le Sénégal, l’Angola, l’Ukraine, la Chine, la France, la Grande Bretagne, les États-Unis et les autres, ne sont pas simplement des manœuvres politiques destinés à détourner l’attention des médias pendants quelques jours, mais constituent réellement un élément de sa doctrine de politique internationale.

La carotte et le bâton

Il n’y a « pas d’alternative a une réponse déterminée », a-t-il déclaré lundi, « parce que c’est, en effet, la création d’une base pour une approche différente pour l’avenir ». Non seulement les relations entre Israël et la communauté internationale ne seront pas impactées par cette réaction virulente, mais « avec le temps, elles s’amélioreront, parce que les nations du monde respectent les pays forts qui se défendent et ne respectent pas les pays qui courbent l’échine…. Sous ma direction, Israël est une nation forte et fière… Israël est un pays avec une fierté nationale et nous ne tendrons pas l’autre joue. »

Netanyahu croit infatigablement que les carottes que représentent la technologie israélienne et l’assistance dans le renseignement sont suffisamment attractives et importantes pour que le monde s’allie à l’État juif et ignore la question palestinienne. Mais il pense également que les nations ne changeront leur approche anti-Israël si profondément ancrée que s’ils reçoivent le bâton quand ils se comportent mal.

Cette philosophie – le monde vous respecte si vous irradiez la force – explique également ce qui ressemble à un sabotage de la part de Netanyahu contre l’administration américaine sortante.

Le secrétaire d'Etat américain, John Kerry (à gauche) sers la main du Président de l'Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, à Amman, Jordanie, le 21 février 2016. (Crédit photo : Département d'Etat des Etats-Unis)

Le secrétaire d’Etat américain, John Kerry (à gauche) sers la main du Président de l’Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, à Amman, Jordanie, le 21 février 2016. (Crédit photo : Département d’Etat des Etats-Unis)

Il reste un peu plus de trois semaines de pouvoir au président américain Obama. Durant ces trois semaines, il peut faire davantage de mal à Israël. Le secrétaire d’État John Kerry s’apprête à établir les prémisses d’une solution à deux états, qui pourrait être adoptée par les participants à la conférence de paix du 15 janvier à Paris, et qui pourrait, tôt ou tard, recevoir l’approbation du Conseil de Sécurité.

Alors pourquoi est-ce que Netanyahu et son équipe lancent des attaques sans précédent contre Obama au lieu de tenter de l’impliquer productivement ? La Maison Blanche semble avoir à cœur de laisser une empreinte durable sur le processus de paix, alors pourquoi Israël n’a-t-il pas recours à des voies diplomatiques plus discrètes pour éviter de causer encore plus de dégâts mais qu’à l’inverse, le gouvernement sembler chercher la confrontation publique ?

L’ère Trump

Une partie de la réponse repose dans la confiance absolue de Netanyahu en l’authentique approche pro-Israël de Trump. Pour la première fois depuis longtemps en tant que Premier ministre, Netanyahu pourra travailler avec un président républicain, un homme qui affirme et réaffirme qu’il déplacera l’ambassade américaine à Jérusalem et qui a nommé des juifs orthodoxes, en faveur des implantations, à des postes clés du processus de paix.

Netanyahu semble penser que Trump pourra réparer tous les dégâts qu’Obama pourrait causer (même s’il est difficile, voire impossible, de revenir sur les résolutions du Conseil de Sécurité sur la question du conflit israélo-palestinien).

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu et Donald Trump, alors candidat républicain à la présidentielle américaine, se rencontrent à la Trump Tower de New York, le 25 septembre 2016. (Crédit : Kobi Gideon/GPO)

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu et Donald Trump, alors candidat républicain à la présidentielle américaine, se rencontrent à la Trump Tower de New York, le 25 septembre 2016. (Crédit : Kobi Gideon/GPO)

L’autre partie de la réponse à avoir avec le credo de Netanyahu, selon lequel Israël doit se montrer puissant et fort, même lorsqu’il a perdu la bataille. Plutôt que de faire profil bas, d’accepter la défaite, et tenter discrètement de contrôler les dégâts, le Premier ministre préfère dégainer les armes.

Cette façon de penser est également sa stratégie en ce qui concerne le nucléaire iranien. Une fois qu’il a réalisé que le monde s’orientait vers une approbation de l’accord, il a préféré s’opposer ouvertement à ses ennemis – dans ce cas, l’administration Obama, qui a chapeauté l’accord avec Téhéran – plutôt que d’acquiescer ou de tenter un dernier effort pour minimiser les conséquences.

« Assez pensé à la diaspora », a déclaré Netanyahu lundi. « Je vous le dis, ce n’est pas diplomatiquement intelligent de courber l’échine ».

Les livres d’histoire, que Netanyahu garde toujours en tête, ont noté à la fois l’opposition féroce du Premier ministre Netanyahu à l’accord sur le nucléaire iranien et à la résolution 2334 du Conseil de Sécurité de l’ONU. Mais, quid de sa sagesse diplomatique ?

Les Israéliens seraient ravis de voir un sauveur les délivrer de l’obsession anti-Israël de l’ONU, de la menace iranienne, et d’autres problèmes internationaux. Bientôt, nous verrons si le président élu Trump aura l’impact diplomatique que le Premier ministre espère.

Bientôt, nous verrons si la prophétie du Premier ministre d’une nouvelle ère prospère se réalisera, ou si Israël, sous la direction d’un Netanyahu résolument inflexible est voué à une isolation internationale.