Le taux d’incarcération de soldats israéliens d’origine éthiopienne a considérablement baissé durant la première moitié de l’année 2014, contrairement à la même période un an plus tôt, a annoncé l’armée lors d’un comité participatif à la Knesset dimanche.

Les résultats d’ensemble restent néanmoins surprenants, affirme Tsahal, avec une communauté éthiopienne qui reste toujours sérieusement surreprésentée au sein des prisons de l’armée et un taux de renvoi pour manquement à l’honneur stagnant à 22,8 % pour les hommes et 10,6 % pour les femmes – ces deux chiffres ayant légèrement augmenté au cours des dernières années et qui se situent bien au-dessus des moyennes nationales de 16, % et 7, % respectivement.

« Bien que les chiffres montrent effectivement une légère amélioration, les écarts restent conséquents, et dans certains domaines on observe même une régression » affirma Omer Bar-Lev, colonel de réserve et président de la sous-commission des affaires étrangères et de la défense à la Knesset, qui a entendu le rapport de Tsahal dimanche. La commission surveille de près les progrès de l’armée pour intégrer à ses rangs la communauté éthiopienne.

La motivation pour intégrer Tsahal est élevée parmi les quelque
130 000 Israéliens d’origine éthiopienne, indiquent les statistiques, avec 89 % de jeunes hommes et 57 % de jeunes filles qui rejoignent l’armée.

La divergence entre la volonté de servir et les états de service après renvoi a poussé l’armée à réagir. Début 2013, la première femme générale de division au sein de l’armée, Orna Barbivai, récemment retirée, a mis des fonds de côté malgré les réductions budgétaires générales au sein de l’armée, pour la création d’un service entièrement dédié à l’intégration et aux progrès des soldats d’origine éthiopienne.

L’armée propose à présent un centre d’appel en hébreu et en amharique, ouvert jour et nuit pour les soldats, les futures recrues et leurs parents.

Ce service a d’autre part contribué à rationaliser le processus de demande d’aide financière en exigeant seulement la recommandation d’un officier et d’un sous-officier et non  toute la multitude de relevés bancaires exigés habituellement pour les autres soldats.

Le service impose également des visites à domicile des commandants, commençant pas plus tard que huit semaines après la date d’enrôlement des soldats.

Et parmi encore beaucoup d’autres mesures, le service a lancé un programme pré-armée, AMIR, uniquement à l’attention des soldats d’origine éthiopienne, avec notamment des tests qui visent à évaluer les capacités cognitives plutôt que l’aptitude.

La générale Hila Halpern, chef du nouveau service, affirme que ces nouvelles méthodes d’évaluation sont efficaces, permettant à l’armée de placer les soldats à des postes plus stimulants, dans l’armée de l’air, ou dans les renseignements, ce qui a naturellement conduit à une baisse des taux d’incarcération, qui ont chuté au cours de l’année dernière de 10,8 % à 9, % – cependant, ces chiffres sont toujours plus de deux fois supérieurs à la moyenne générale au sein de l’armée.

Bar-Lev a réprimandé l’armée de lui avoir envoyé une copie de ces nouveaux résultats « huit minutes et demie » avant le début de la session, et insisté sur le fait que la baisse du nombre d’officiers et que la hausse du nombre de renvois montrait bien que l’armée se vantait de ces améliorations mais n’expliquait en aucun cas ces déboires.

Il y a actuellement dix fois plus de soldats d’origine éthiopienne qui sont renvoyés pour manquement à l’honneur que de soldats présents aux entraînements militaires, ajoute-t-il.

Israël Hasson a demandé à Halpern ce qu’il était advenu de la recommandation antérieure de la commission de changer la façon dont les soldats d’origine éthiopienne sont jugés, en accordant plus d’importance aux officiers de haut-rang. « C’est le genre de changement que nous recherchons, » affirme Hasson, un ancien député et leader du Shin Bet. Halpern répond que l’armée est en train d’étudier la question.

Ziva Mekonen Degu, directrice de l’Association Israélienne pour les Juifs éthiopiens, regrette l’approche « ségrégationniste » de l’armée, ajoutant que la solution au problème ne peut se baser uniquement sur des considérations de couleur de peau.

Penina Tamano-Shata a informé le Times of Israel au mois de mai, que le programme AMIR, dédié exclusivement aux membres de la communauté éthiopienne était « une honte, un déshonneur, et un certificat de pauvreté ». Pouvez-vous imaginer ceci au sein de l’armée américaine, demanda-t-elle, un programme réservé uniquement aux afro-américains ?

Assis en tête de table de la commission, Bar-Lev ignore ces accusations et demande plutôt à l’armée de préparer un plan pour une réintégration et un retour réussi des soldats à la vie civile.

« Finalement, les années où ces jeunes gens sont les plus utiles à l’État sont celles qui suivent leur renvoi de l’armée », affirme-t-il, en ajoutant que combler les lacunes de cette jeune communauté était « un impératif social et sécuritaire de premier ordre ».