Ce dimanche 15 janvier, la capitale française accueillait les délégations de quelque 75 pays et organisations internationales (ONU, Ligue arabe, Quartette…) pour une réunion visant à relancer les négociations entre Israéliens et Palestiniens.

Jugée « inutile » et « truquée » par le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, qui refuse de participer à des discussions multilatérales, la Conférence avait pour but de réaffirmer « qu’une solution négociée avec deux États, Israël et la Palestine, vivant côte à côte dans la paix et la sécurité, est la seule voie pour arriver à une paix durable », selon l’exergue du projet de communiqué final.

Non présents à l’évènement, Israéliens et Palestiniens n’ont plus entrepris de négociations directes de paix depuis avril 2014.

Intervenant lors de la Conférence, le président François Hollande a notamment déclaré que la solution des deux États était aujourd’hui menacée à la fois par « l’accélération de la colonisation », « l’affaiblissement progressif du camp de la paix », « la méfiance qui s’accumule entre les parties » et « les terroristes, qui ont toujours redouté la perspective d’un accord israélo-palestinien ».

François Hollande à la conférence de paix de Paris, le 15 janvier 2017 (Crédit : capture d'écran YouTube)

François Hollande à la conférence de paix de Paris, le 15 janvier 2017 (Crédit : capture d’écran YouTube)

« Voilà pourquoi il était si important de prendre et de reprendre l’initiative ; certes, les guerres en Irak, en Syrie, au Yémen, la lutte contre Daesh ont à juste raison mobilisé la communauté internationale, ces derniers mois, voire ces dernières années, et ont pu laisser penser qu’il était moins urgent de se préoccuper du processus de paix au Proche-Orient, qu’il pouvait attendre, a-t-il poursuivi. Mais, comment penser que le Moyen-Orient pourra retrouver sa stabilité si l’on ne traite pas le plus ancien de ses conflits, car il continue de servir de prétexte aux criminels qui enrôlent des esprits égarés. »

Au même moment, afin de manifester leur solidarité avec Israël, qu’ils estiment mis sur le banc des accusés lors de la Conférence, un millier de manifestants se sont rassemblés dans les rues du huitième arrondissement parisien, face à l’ambassade d’Israël.

À l’appel de différentes organisations juives, plusieurs centaines de manifestants se sont rassemblés ce dimanche 15 janvier à Paris. (Crédit : Glenn Cloarec/Times of Israel)

À l’appel de différentes organisations juives, plusieurs centaines de manifestants se sont rassemblés ce dimanche 15 janvier à Paris. (Crédit : Glenn Cloarec/Times of Israel)

Organisé à 11h à l’initiative du Conseil Représentatif des Institutions Juives de France (CRIF), ce « grand rassemblement de solidarité avec Israël et Jérusalem » promettait de réunir plus de 5 000 personnes, et notamment « politiciens, artistes et personnalités telles que le Grand rabbin de France Haim Korsia », selon l’attachée de presse de l’évènement.

Il a attiré l’adhésion de la plupart des organisations juives françaises, et parmi elles le Consistoire, le Fonds Social Juif Unifié, l’Absi Keren Or, l’AJC, le B’nai B’rith, le Collectif Haverim, l’Union des Etudiants Juifs de France (UEJF), Stop Boycott et « l’ensemble des associations membres du CRIF ».

Des élus français et un manifestant, devant la scène de la manifestation contre la conférence de paix à Paris (Crédit : Glenn Cloarec/Times of Israël)

Des élus français et un manifestant, devant la scène de la manifestation contre la conférence de paix à Paris (Crédit : Glenn Cloarec/Times of Israël)

Des slogans comme « L’illusion de la paix par le sacrifice d’Israël », « ONU : focus disproportionné sur Israël », « La haine contre Israël rend aveugle », « Give peace a chance : support Israel » ou « Irak : 500 000 morts – une conférence de Paris ? », pouvaient être lus sur les pancartes des manifestants.

Parmi ces derniers, plusieurs dizaines de militants pro-israéliens allemands, hollandais et arméniens étaient présents.

Durant environ une heure, se sont succédés à la tribune représentants de la communauté juive française, membres associatifs, hommes politiques et soutiens d’Israël.

Francis Kalifat, président du CRIF, a entamé son discours en s’interrogeant sur le rôle de ces 75 nations participant à la Conférence de Paris quand « 350 000 Syriens étaient assassinés » et quand un « génocide avait lieu depuis des années contre les Chrétiens d’Orient et contre le peuple yézidi ».

Francis Kalifat, président du CRIF, lors de son discours à Paris contre la conférence de Paix (Crédit : Glenn Cloarec/Times of Israël)

Francis Kalifat, président du CRIF, lors de son discours à Paris contre la conférence de Paix (Crédit : Glenn Cloarec/Times of Israël)

« Combien de conférences internationales se sont réunies pour régler plus de 200 conflits territoriaux dans le monde ? a-t-il déclaré. Ces nations étaient trop occupés à condamner Israël. […] Nous sommes ici pour affirmer avec force notre solidarité absolue avec l’État d’Israël et notre attachement à sa capitale une et indivisible : Jérusalem. »

« Comment être aveugle au point de ne pas comprendre que c’est la même haine qui a tué à Nice et à Berlin et qui tue à Jérusalem quatre jeunes de vingt ans ? »

Francis Kalifat

« Nous sommes solidaires des droits d’Israël à exister en tant qu’État du peuple juif et en tant qu’État juif. Nous sommes solidaires d’un État de droit, du seul État démocratique de la région. Nous sommes solidaires d’un État dont le droit à l’existence est toujours contesté par certains autres États venus proclamer à l’ONU ‘l’illégitimité’ de l’État d’Israël. Nous sommes venus dire que cet État est souverain et qu’il entend être le sujet de sa propre histoire et le seul maître de son destin. Nous sommes venus dire que personne ne pourra imposer à l’État d’Israël un statut autre que celui qu’il s’est délibérément et démocratiquement choisi. »

« Nous sommes aussi ici pour dire que la paix ne pourra être que l’aboutissement de négociations directes comme cela a été le cas avec l’Egypte et la Jordanie. Nous sommes encore ici car nous avons été offensés, indignés par les votes hypocrites à l’UNESCO et à l’ONU qui n’ont pas hésité à remettre en cause 3 000 ans d’histoire juive de Jérusalem. […] En tant que Français juif, je dis mon inquiétude. Alors que le Proche-Orient est en feu, que le chaos s’est installé, que les États se sont décomposés, que le terrorisme islamiste frappe la France et l’Europe, certains ne trouvent pas mieux à faire que d’estimer que le responsable est la politique du gouvernement d’Israël. »

Les manifestants, équipés de nombreux drapeaux israéliens et pancartes, ont crié leur soutien à Israël, le 15 janvier 2017 (Crédit : Glenn Cloarec/Times of Israël)

Les manifestants, équipés de nombreux drapeaux israéliens et pancartes, ont crié leur soutien à Israël, le 15 janvier 2017 (Crédit : Glenn Cloarec/Times of Israël)

« Comment être aveugle au point de ne pas comprendre que c’est la même haine qui a tué à Nice et à Berlin et qui tue à Jérusalem quatre jeunes de vingt ans ? »

Le responsable communautaire a clos son discours en citant Elie Wiesel : « Nous avons cru en une paix intelligente entre Israël et ses voisins arabes, notamment les Palestiniens. Nous avions des rêves peuplés d’enfants israéliens et palestiniens jouant ensemble, étudiant ensemble, riant ensemble et découvrant leur monde respectif. La douleur, l’agonie, la mort d’un enfant, quel qu’il soit, est pour nous un drame. Sous la souveraineté israélienne, chrétiens, juifs et musulmans sont totalement libres de prier sans peur à Jérusalem, notre capitale, qui est le centre de l’histoire juive. Un juif peut être juif loin de Jérusalem, mais pas sans Jérusalem. Un juif peut ne pas vivre à Jérusalem, mais Jérusalem vit en chaque juif. Aucune autre nation n’est plus identifiée à son histoire que la nôtre. Aucun autre peuple n’a été plus fidèle à son nom, ni n’a célébré son histoire avec autant de ferveur. Aucune de nos prières n’est aussi passionnée que celles qui parlent de Jérusalem. Jérusalem est le rêve de nos rêves, la lumière qui illumine nos moments les plus sombres. Sa légitimité reside dans sa souveraineté. S’opposer à l’une d’elles revient à denier l’autre. Israel ne l’abandonnera jamais, » a conclu Kalifat.

Ariel Goldmann, président du Fonds Social Juif Unifié, a à son tour affirmé son attachement à la « vérité de l’histoire ».

« Si je suis ici pour dénoncer la Conférence de Paris, c’est que je considère que c’est un simulacre. Simulacre de dialogue car Israël n’est pas présent et que l’Autorité palestinienne est corrompue, qu’elle n’a pas hésité à détourner l’aide internationale et qu’Israël n’a pas d’interlocuteur. Simulacre de paix, car le Hezbollah continue de pointer ses missiles sur Israël, car il y a des bandes armées dans le Sinaï ou dans la bande de Gaza, car les islamistes s’adonnent à des actes barbares et car on continue à enseigner la haine et la négation de la Shoah auprès des enfants palestiniens. Simulacre historique enfin, car depuis quelque temps, on entend une petite musique montée pour faire dire que Jérusalem, c’est Al-Qods, pour dénier à Israël toute sa légitimité. »

Joël Mergui, président du Consistoire, a lui rappelé son « amour » et son « soutien permanent » à Israël, « deux ans après la mobilisation internationale du 11 janvier pour condamner l’islamisme radical et la barbarie djihadiste qui venait de tuer des journalistes, une policière et des juifs parce que nés juifs. »

« Nous demandons au gouvernement français, dans les déclarations qui seront faites [lors de la Conférence], qu’on ne donne pas un nouveau prétexte à une remontée de l’anti-sionisme et de l’antisémitisme. »

Un message de Jacqueline Cuche, présidente de l’Amitié Judéo-Chrétienne de France, a ensuite été lu.

Puis, Pierre Lellouche, député de Paris (Les Républicains) réputé très critique envers l’initiative diplomatique française, a pris la parole pour rappeler son « attachement à l’Etat d’Israël, à sa sécurité et à la paix ».

Son discours, lors duquel il a affirmé être favorable à une « solution à deux États vivant côte à côte dans la paix », a été à plusieurs reprises hué par une partie de la foule, ramenée à l’ordre par les organisateurs.

« Ce que je viens de rappeler, c’est la position constante de la France depuis la naissance de l’Etat d’Israël en 1948. De même, c’est la position constante de la France depuis 1978, que de soutenir la solution à deux Etats vivant côte à côte dans la paix : François Mitterrand l’a dit à Knesset en 1982. Nicolas Sarkozy, que j’accompagnais, l’a redit près de trente ans plus tard, toujours à la Knesset. Et François Fillon, que j’accompagnais aussi, l’a dit également en Israël il y a peu, » a souligné Lellouche.

« Oui il faut une solution à deux Etats et chacun sait ici mes positions sur l’arrêt nécessaire de la construction de nouvelles implantations ; Mais non à une diplomatie de la France, en échec en Syrie et en Irak, coupée de la Russie, suiviste des Etats-Unis. Ni la France, ni la paix n’ont rien à gagner de cette stratégie de surenchère à l’encontre d’Israël, » a conclu le député de Paris.

Pierre Lellouche, député de Paris, lors de son discours hué par moment par plusieurs manifestants, le 15 janvier 2017 (Crédit : Glenn Cloarec/Times of Israël)

Pierre Lellouche, député de Paris, lors de son discours hué par moment par plusieurs manifestants, le 15 janvier 2017 (Crédit : Glenn Cloarec/Times of Israël)

Se sont enfin succédés à la tribune Meyer Habib, député de la 8e circonscription des Français établis hors de France, Claude Goasguen, député-maire de Paris, le colonel britannique Richard Kemp et Aliza Bin-Noun, ambassadrice d’Israël en France.

Le rassemblement s’est terminé sur les chants de l’Hatikvah et de la Marseillaise.

Ce dimanche soir, une autre manifestation devant l’ambassade de France en Israël était organisée à Tel Aviv.

Oliver Rafowicz (Crédit : Facebook)

Oliver Rafowicz (Crédit : Facebook)

« Après avoir voté à deux reprises des résolutions de l’UNESCO niant le caractère juif de Jérusalem et avoir voté en faveur de l’honteuse résolution 2334 du Conseil de sécurité de l’ONU le 23 décembre 2016, la France a décidé de convier 70 pays à la conférence de « paix » de Paris le 15 janvier, indiquait Oliver Rafowicz, organisateur de l’évènement.

« Suite aux différents votes de la France contre Israël, nul n’est dupe que cette conférence sera biaisée à cause du parti-pris évident du gouvernement français. En d’autres termes, comme l’a clairement dit le ministre israélien de la Défense [Avigdor Liberman], cette conférence sera un ‘procès Dreyfus moderne. L’occasion de ne pas mettre qu’un seul juif en procès, mais tout Israël’. Une chose inacceptable que nous devons absolument condamner, » avait indiqué ce Colonel de réserve de l’armée israélienne.

Claude Goasguen, député-maire de Paris connu pour son engagement en faveur d’Israël, salue la foule. (Crédit : Glenn Cloarec/Times of Israël)

Claude Goasguen, député-maire de Paris connu pour son engagement en faveur d’Israël, salue la foule. (Crédit : Glenn Cloarec/Times of Israël)