Samuel Maoz, réalisateur du film primé « Foxtrot », et le rédacteur en chef du Times of Israël David Horovitz ont abordé le sujet de la controverse autour du film mais également le parcours personnel et le travail de Maoz en tant que réalisateur au cours d’une discussion de 25 minutes qui a suivi une projection sous-titrée en anglais du film à Jérusalem, dans la soirée du dimanche 15 octobre.

L’événement du Times of Israël a eu lieu à guichets fermés au cinéma Lev Smadar. C’était la première des deux projections du film « Foxtrot » organisées par le ToI – l’oeuvre sera à découvrir une nouvelle fois sous-titrée en anglais à Tel Aviv le lundi 16 octobre, au Cinéma Lev 1.

Les spectateurs sont donc venus nombreux pour découvrir ce film qui a fait l’objet d’une attention toute particulière en raison de ses messages et des réactions qu’il a entraînés, en particulier de la part de la ministre de la Culture Miri Regev, qui estime qu’il est profondément anti-israélien et sert les ennemis du pays.

Le réalisateur et scénariste de "Foxtrot" Samuel Maoz (au centre) avec le rédacteur en chef du Times of Israel David Horovitz (à droite et le producteur exécutif des événements "Times of Israel presents" Matthew Kalman, après une projection du film et une interview sur scène avec Maoz au cinéma Lev Smadar de Jérusalem, le 15 octobre 2017 (Crédit : ToI staff)

Le réalisateur et scénariste de « Foxtrot » Samuel Maoz (au centre) avec le rédacteur en chef du Times of Israël David Horovitz (à droite et le producteur exécutif des événements « Times of Israël presents » Matthew Kalman, après une projection du film et une interview sur scène avec Maoz au cinéma Lev Smadar de Jérusalem, le 15 octobre 2017 (Crédit : ToI staff)

Maoz a abordé les questions de destinée, de répression et de déni. Mais aussi, plus largement, la société israélienne, l’Holocauste, l’armée et le leadership israélien…

Il a expliqué que l’idée du film était née après qu’il a refusé d’envoyer sa plus jeune fille à l’école en taxi lorsqu’elle s’était réveillée tard, un matin, pendant la Deuxième Intifada, et qu’il lui avait fait prendre son bus sur la ligne 5 de Tel Aviv à la place. Le bus de la ligne 5 avait explosé ce jour-là, et il était convaincu pendant une heure qu’elle était morte. Il s’était avéré qu’elle avait raté ce bus à quelques minutes près. D’où, selon lui, un élément essentiel de l’oeuvre : Explorer les choses que nous contrôlons et ceux qui sont « au-delà de notre contrôle ».

Relisez l’interview entière du Times of Israël : http://fr.timesofisrael.com/dans-foxtrot-samuel-maoz-choregraphie-le-cycle-du-traumatisme-disrael/

Horovitz a noté que le film est loin d’être un véritable divertissement. Mais il n’est pas non plus totalement négatif, a rétorqué Maoz. Il a noté, en riant, qu’il comprend « un hommage » au Loof (la viande en conserve qui a été un aliment de base de l’armée israélienne pendant des décennies). Il a par ailleurs souligné les allégories et les métaphores parfois pleines d’humour – présentes particulièrement dans la partie « surréaliste » du film, à la moitié environ – qui se déroulent à un barrage routier de l’armée israélienne, ainsi que son message ultime : Son espoir que la société israélienne « s’efforcera d’aller mieux ».

« Si je critique l’endroit où je vis, c’est parce que je m’inquiète », a-t-il dit. « Je veux le protéger : Je le fais par amour ».

« Foxtrot » a remporté le Lion d’argent lors du festival du film de Venise, cette année. Il a également reçu huit Ophir et sera présenté dans la catégorie des films étrangers aux Oscars.

Le film ‘Foxtrot' de Samuel Maoz. (Crédit : autorisation)

Le film ‘Foxtrot’ de Samuel Maoz. (Crédit : autorisation)

Le film a été largement applaudi, mais il a également provoqué la controverse et un débat sur la réalité contemporaine israélienne. Regev, qui n’aurait pas vu le film, a appelé l’Etat à mettre un terme au financement des films qui peuvent être utilisés comme « arme de propagande par nos ennemis ».

« Foxtrot », qui est projeté dans le monde entier, attire les foules partout où il est montré, a dit Maoz. Il a expliqué avoir été remercié par de nombreux diplomates israéliens dont les ambassades et les consulats ont vu le film, qui lui ont dit que son oeuvre permettait de réaliser une avancée pro-israélienne d’un an pour eux en montrant simplement que les soldats israéliens sont des êtres humains. Mais après lui avoir dit cela, a-t-il raconté, ils lui ont également demandé de ne pas rapporter ces propos à la ministre.

Maoz a noté que 86 % des financements venaient en fait de l’étranger, ce qui signifie que le film remplit actuellement les coffres de l’Etat d’Israël.

Maoz est également allé au-delà de la controverse, partageant certains des secrets de son travail et de son parcours personnel de réalisateur.

Il a indiqué avoir travaillé quatre ans sur « Foxtrot », perfectionnant le travail à la caméra – qu’il s’agisse des plans serrés sur les visages des acteurs ou des plans larges sur les paysages de la frontière du nord du pays.

« Je ne coupe rien avant que le plan ne soit parfait », a-t-il dit.

Samuel Maoz récompensé par le Lion d'argent du Grand prix du jury de la Mostra de Venise pour son film "Foxtrot", à Venise, le 9 septembre 2017. (Crédit : Tiziana Fabi/AFP)

Samuel Maoz récompensé par le Lion d’argent du Grand prix du jury de la Mostra de Venise pour son film « Foxtrot », à Venise, le 9 septembre 2017. (Crédit : Tiziana Fabi/AFP)

C’est une méthode que Maoz a développée dès l’adolescence, après avoir reçu une caméra de 8 millimètres pour sa bar mitzvah de la part de son père, chauffeur de bus. Père et fils étaient passionnés par le cinéma des années 1970, a-t-il ajouté, et son père conduisait le bus de Herzliya qui le menait à un cinéma voisin où il voyait gratuitement tous les films présentés avant de ramener chez eux les spectateurs.

« On adorait les westerns, le kung-fu, tous les hits des années 1970 », s’est rappelé Maoz qui accompagnait souvent son père.

Lorsqu’il a reçu la caméra 8 millimètres, Maoz l’a immédiatement posée sur une voie ferrée avoisinante, se préparant pour un plan particulier. Le train s’est approché, il est passé sur la caméra et l’a écrasée.

Feu son père lui en a racheté une dès le jour suivant – un geste de soutien parental qu’il n’a jamais oublié, a dit Maoz – une nouvelle caméra qu’il a utilisée pour faire des douzaines de films, faisant souvent intervenir son père. Et dans ces premiers fils, s’est souvenu Maoz, « il a toujours joué le méchant ».

FOXTROT (Sous-titres en anglais)
Le lundi 16 octobre :
19 heures 15 au cinéma Lev 1 Tel Aviv
Session de Questions et réponses avec MIRIAM HERSCHLAG et le réalisateur SAMUEL MAOZ
Billets sur place : 50 shekels (40 shekels en pré-vente, commandez ici )

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