Pourrait-il arriver encore maintenant un tel évènement, une prise d’otages dans un supermarché cacher qui laisse quatre morts ?

Presque toutes les 200 à 250 personnes présentes à la cérémonie lundi soir dans une tente devant le supermarché Hyper Cacher dans l’est de Paris étaient d’accord pour dire qu’en dépit du bon travail accompli par le gouvernement français pour améliorer les structures sécuritaires, un tel événement pourrait se reproduire.

Des représentants de la communauté juive, les anciens otages et les familles des victimes se sont également réunis dans la soirée, devant l’enseigne lumineuse de l’Hyper Cacher, sous très haute protection policière.

“Personne n’est protégé à 100 % puisque les cibles ne sont plus issues uniquement de la communauté juive,” a commenté Lassana Bathily, le jeune Malien qui travaillait au supermarché et qui a réussi à cacher quelques personnes dans la chambre froide en bas après que le tueur Coulibaly a commencé à tirer. Il est parvenu à s’évader et a ensuite donné à la police d’importants renseignements au sujet du terroriste.

Pleinement intégré dans la famille des employés du magasin, il est devenu un héros quand les survivants ont pu sortir, le terroriste ayant été neutralisé par la police. Le gouvernement lui a attribué un passeport français.

Il répète qu’il n’est pas un héros, mais dans la tente de la commémoration lundi, les gens faisaient la queue pour se faire prendre en photo avec lui.

“Les radicaux islamistes ont tordu l’islam, ma religion et celle de mes parents, pour justifier le fait de tuer”, poursuit le jeune homme au milieu de la foule, “alors oui, j’ai parfois peur et nous devons faire attention.”

« Le nom de l’islam a été pris en otage par cette attaque. Beaucoup de responsables religieux musulmans en France sont immobiles face à la situation, » a déclaré Hocine Drouiche, imam de Nîmes au Times of Israël.

Lassana Bathily à la cérémonie de commémoration pour les victimes de l'Hyper Cacher, le 9 janvier 2017 (Crédit : Brett Kline/Times of Israel)

Lassana Bathily à la cérémonie de commémoration pour les victimes de l’Hyper Cacher, le 9 janvier 2017 (Crédit : Brett Kline/Times of Israel)

« Nous, Français juifs, retrouvons peu à peu notre place dans la communauté nationale. Nous étions vigilants, nous le sommes toujours. Au moins nous ne sommes plus des cibles dans l’indifférence », a souligné devant l’assistance le président du Conseil représentatif des institutions juives de France (Crif) Francis Kalifat.

“La police et les militaires ont commencé à protéger les églises, les groupes de presse et d’autres institutions laïques françaises”, a commenté Kalifat.

“La communauté juive n’a plus le monopole de la protection par les forces de sécurité. Maintenant que la menace s’est propagée à toute la population française, il en va de même pour les mesures de sécurité.”

Les structures de sécurité autrefois stationnaires sont devenues mobiles, passant parfois même inaperçues aux yeux de la population.

“La police fait du bon travail”, a ajouté Kalifat, “mais désormais c’est la population toute entière qui se trouve sous la menace. Par conséquent beaucoup de gens comparent désormais la situation de la France à celle d’Israël.”

« Nous n’oublierons jamais Philippe Braham, Yohan Cohen, Yoav Hattab et François Michel Saada, victimes de la haine antijuive », a poursuivi Kalifat.

Dans l’année qui a suivi cet attentat, quelque 7 900 Juifs français, première communauté juive d’Europe, avaient décidé d’immigrer en Israël, un record. Environ 5 000 sont partis l’an dernier, selon l’Agence juive en France.

Après l’allumage de bougies à la mémoire de toutes les victimes des attentats jihadistes, le grand rabbin de France, Haïm Korsia, a récité le psaume 121, le kaddish (sanctification) des endeuillés, la « prière pour la République » habituellement dite dans les synagogues, avant qu’une vibrante Marseillaise ne soit entonnée.

“On assiste à un réveil politique parmi les Français de souche”, confie Samuel, militant actif au sein de l’Union des Etudiants Juifs de France, au Times of Israël.

“Aujourd’hui les Juifs français se sentent moins solitaires dans leur crainte des attaques par les radicaux islamistes.”

Parmi les représentants du gouvernement français durant la cérémonie commémorative se trouvaient le ministre de l’Intérieur Bruno Leroux, ainsi que deux candidats à la présidentielle François Fillon (les Républicains) et Manuel Valls (Parti socialiste) qui avait déclaré sur les lieux du drame il y a deux ans, “sans les Juifs, la France ne serait pas la France”.

Manuel Valls à la commémoration des victimes de l'Hyper Cacher, le 9 janvier 2017 (Crédit : Brett Kline/Times of Israel)

Manuel Valls à la commémoration des victimes de l’Hyper Cacher, le 9 janvier 2017 (Crédit : Brett Kline/Times of Israel)

« Nos larmes ne rendent pas les vies : elles sont un serment contre l’oubli. La France n’oubliera jamais l’attentat antisémite à l’HyperCacher », avait tweeté lundi l’ancien Premier ministre français, Manuel Valls.

Valérie Pécresse, présidente de la région Ile-de-France, avait aussi fait le déplacement. La maire de Paris, Anne Hidalgo, le préfet de Paris, Michel Cadot, mais aussi le chanteur Renaud est venu allumer une bougie en hommage aux victimes. Monseigneur Benoist de Sinety du diocèse de Paris est venu représenter Mgr XXIII.

Latifa Ibn Zlaten, qui a perdu son fils Imad lors de l’attaque terroriste de Toulouse perpétrée par Mohamed Merah en mars 2012, est venue aussi pour allumer une bougie.

Le 8 janvier 2015, au lendemain de l’attaque contre Charlie Hebdo perpétrée par les frères Kouachi (12 morts), Clarissa Jean-Philippe, 26 ans, appelée sur un banal accident de la circulation, est assassinée en pleine rue.

C’est le début d’une équipée sanglante pour le terroriste Amédy Coulibaly, soupçonné par les enquêteurs d’avoir eu initialement pour cible une école juive à proximité.

Le 9 janvier, il exécute quatre hommes lors d’une prise d’otages dans une supérette casher à l’est de Paris, avant d’être abattu dans l’assaut des forces d’intervention.

Après un hommage officiel à Montrouge en présence de la famille, des gerbes de fleurs ont été déposées lundi soir au pied d’une plaque à la mémoire de la jeune policière municipale, avant une sonnerie aux morts.

La mère de la défunte policière Clarissa Jean-Philippe (2g) se tient devant un monument commémoratif lors d'une cérémonie d'hommage à la mémoire de sa fille à Montrouge, au sud de Paris, le 9 janvier 2017. (Crédit : AFP/PATRICK KOVARIK)

La mère de la défunte policière Clarissa Jean-Philippe (2g) se tient devant un monument commémoratif lors d’une cérémonie d’hommage à la mémoire de sa fille à Montrouge, au sud de Paris, le 9 janvier 2017. (Crédit : AFP/PATRICK KOVARIK)

Quelques centaines de personnes se sont rassemblées samedi soir dans le centre de la capitale pour un hommage sobre aux 17 morts (les 12 employés de Charlie Hebdo, la policière de Montrouge et les 4 clients juifs de l’Hyper Cacher), dont les noms ont été lus.

Samedi, une « toile participative » avait été déroulée au pied de la célèbre statue représentant une allégorie de la République qui trône au centre de la place parisienne, faite de mains colorées où des dizaines de personnes ont inscrit un message en hommage aux victimes.

Le rassemblement avait lieu à l’appel de l’Association française des victimes du terrorisme (AfVT), soutenue par plusieurs organisations, notamment de défense des droits de l’homme ou encore l’Union des étudiants juifs de France (UEJF).

On ne pouvait pas ne pas être là », a dit à la presse Guillaume Denoix de Saint Marc, directeur général de l’AfVT, un panneau « Je suis toujours Charlie » à la main.

Un panneau "Je suis toujours Charlie" sur la place de la République, le 9 janvier 2017 (Crédit : BERTRAND GUAY/AFP)

Un panneau « Je suis toujours Charlie » sur la place de la République, le 9 janvier 2017 (Crédit : BERTRAND GUAY/AFP)

Naima Boubekeur a contribué à cet article.