La journée annuelle de commémoration des martyrs et des héros de la Shoah a commencé mercredi soir, marquant le début officiel des 24 heures du Yom HaShoah, par une cérémonie à Yad Vashem, le musée officiel d’Israël commémorant la Shoah.
 
Pour ceux qui ont regardé l’événement à la télévision, ou qui y ont assisté sur place en plein air, l’un des moments les plus poignants de la cérémonie était l’allumage des torches à la mémoire des six millions qui ont péri pendant la Shoah.

Les flammes sont traditionnellement allumées par six survivants qui ont souffert à travers les vicissitudes de la Shoah mais ont réussi à sortir vivant et à se frayer un chemin vers Israël, à l’époque État en gestation.

Pour Estee Yaari, la porte-parole de Yad Vashem, « Celles et ceux qui allument les torches symbolisent vraiment les six millions de victimes et les survivants ». « Ce sont leurs histoires personnelles avec lesquelles nous pouvons nous connecter, qui créent un lien émotionnel pour beaucoup de gens ».

Jusqu’au milieu des années 1990, les histoires personnelles de ceux qui allument les flammes – désormais diffusées dans de courtes vidéos lors de la cérémonie – ne faisaient pas partie de la cérémonie.

Avraham Harshalom, à l’origine Fridberg, est né en 1925 dans la ville de Pruzhany, en Pologne, aujourd’hui au Bélarus.

Sa famille a été placée dans le ghetto de la ville en 1941, et ses parents et sa grand-mère ont été déportés à Auschwitz en 1942. Avraham et son frère, Sioma, ont également fini dans le camp, où Sioma est tombé malade et a été envoyé aux chambres à gaz.

Avraham a, cependant, trouvé des moyens pour survivre. En juin 1944, lui et deux autres détenus se sont évadés d’Auschwitz pendant plusieurs jours, mais ont finalement été capturés et ramenés.

Quelques mois plus tard, en octobre 1944, Avraham et un ami ont réussi à se fondre dans la masse de 10 000 détenus évacués. Il s’est fait passer pour un Polonais et s’est enfui, pour finalement atteindre Prague, où une famille l’a caché jusqu’à la fin de la guerre.

En 1945, le propriétaire du magasin qui a caché Avraham l’a recruté dans la résistance, où il a combattu contre les Allemands. Il a reçu la nationalité tchèque honorifique et décoré comme un héros.

Deux ans plus tard, Avraham a été recruté par la Haganah pour s’engager dans un cours de pilote de l’Armée de l’Air tchèque. En 1949, il est arrivé en Israël, et a servi dans l’Armée de l’Air israélienne pendant la guerre d’Indépendance.

Il a épousé Rachel et a trois enfants et six petits-enfants.
 

Dov Shimoni, à l’origine Erwin Schwarz, est né à Budapest, en Hongrie en 1919. Après avoir été blessé dans un camp de travail, Dov a travaillé comme employé à l’hôpital juif.

Agé alors d’une vingtaine d’années, Dov qui était intelligent et capable, a trouvé des moyens de sauver sa famille, ses amis et voisins.

Lui, ses parents et sa sœur ont survécu à la guerre en étant emprisonnés dans un des bâtiments à Budapest destinés à des milliers de Juifs. Dov parvint à transférer sa famille dans une maison dont les locataires juifs avaient été déportés et portait l’inscription « libre de Juifs », pancarte qui a finalement sauvé sa famille.

Lorsque les SS ont evacué l’hôpital juif et l’ont vidé de ses patients, Dov et ses amis ont converti l’école juive locale en hôpital, en parvenant à sauver une partie du matériel et a finalement transformé 18 bâtiments supplémentaires en hôpitaux.

Ils ont recruté des travailleurs et infirmiers, et ont été en mesure de garder l’hôpital actif pour la durée de la guerre. A la fin de la guerre, Dov a restauré l’hôpital juif et a aidé les organismes de santé du Joint Distribution Committee en Hongrie.

Il s’est installé avec sa famille en Israël en 1949, où il a travaillé à l’hôpital Tel Hashomer puis à des postes de direction dans des hôpitaux et organismes de santé. Dov et son épouse, Elisheva, aujourd’hui décédée, ont eu deux filles. Il est maintenant marié à Ilona, ​​et ils ont neuf petits-enfants et quatre arrière-petits-enfants.

Sara Weinstein, anciennement Chait, est née en Pologne, dans une famille de six enfants. Ses deux frères aînés ont été enrôlés dans l’Armée rouge, et après que sa mère et leurs amis polonais qui ont tenté de les cacher ont été assassinés par les villageois locaux, Sara, son père, son frère et deux sœurs ont trouvé refuge dans la forêt.

Ils volaient de la nourriture la nuit, ont appris à jouer sans bruit et Sara se souvient avoir porté la même robe pendant les deux années entières qu’ils vivaient dans la forêt. En fait, dit-elle, elle n’a pas ressenti le froid pendant de nombreuses années après.

Lorsque le père de Sara a été tué par des villageois en 1944, Sara et ses sœurs ont été transférées dans un orphelinat, et plus tard dans une maison d’enfants en Italie.

Elle a immigré en Israël en 1947, et a rejoint l’armée israélienne à l’âge de 16 ans. Sara a epousé Avraham, et ils ont trois filles, six petits-enfants et trois arrière-petites-filles.
 

Ephraim (Moshe) Reichenberg est né en Hongrie, et avec son jumeau, Menashe, il était l’aîné de sept frères et sœurs.

Lorsque toute la famille a été déportée à Auschwitz, les jumeaux ont été dirigés vers les laboratoires de Mengele pour des expériences sur leurs cordes vocales. Au cours de la marche de la mort partie d’Auschwitz en 1945, les deux faisaient partie des 22 détenus parmi 160 qui sont restés en vie.

Les frères sont finalement arrivés à Prague, où Menashe a été hospitalisé, alors qu’Ephraim est retourné à Budapest pour rechercher les membres survivants de la famille.

Il ne trouva personne, et à son retour à Prague, a appris que Menashe avait également trouvé la mort. Ephraim, qui s’appelait Moshe jusque-là, a changé son nom en Ephraim à la mémoire de son frère, en référence aux fils bibliques de Joseph, Ephraim et Menashe.

Ephraim a quitté la Hongrie pour Israël en 1948, a servi dans la Haganah et le Palmach. Lui et son épouse, Yaffa, ont deux fils, cinq petits-enfants et trois arrière-petits-enfants.

Eggi Lewysohn, anciennement Ernst-Gunther, est né à Breslau, Allemagne.

Sa sœur aînée a été envoyée chez des parents en Grande-Bretagne en 1937 et Eggi a rejoint en 1938, après la Nuit de Cristal, un groupe de l’Alyah des jeunes qui a envoyé Eggi travailler dans une ferme au Danemark. Quand il dit au revoir à ses parents, il était clair pour eux qu’ils ne le reverraient plus jamais.

Eggi s’est épanoui dans la ferme et a eu de bonnes relations avec l’agriculteur, qui n’était pas favorable aux Allemands. L’ensemble du groupe de l’Alyah des jeunes, qui se réunissait une fois par semaine, a été capturé lors d’une chasse à l’homme en 1943 et envoyé au ghetto de Terezin.

Alors que de nombreux Juifs du ghetto furent déportés à Auschwitz, Eggi et les autres prisonniers du Danemark ont pu rester, et ont été libérés de Terezin en 1945.

Lorsqu’Eggi est retourné à la ferme danoise où il avait travaillé, on lui a annoncé que son père était mort de maladie et que sa mère avait été déportée vers un camp d’extermination. Après avoir visité sa sœur en Angleterre, Eggi fit son alyah en 1951 et s’installa au kiboutz Neot Mordechai. Il a épousé Ayala, décédée depuis, et ils ont eu quatre enfants, 11 petits-enfants et 14 arrière-petits-enfants.

Shela Altaraz est née à Stip, en Macédoine, la plus jeune de quatre enfants. En 1941, la Macédoine a été occupée et annexée à la Bulgarie, et en 1943, Shela et sa famille, avec des centaines d’autres Juifs, ont été requisitionnés pour une fabrique de cigarettes à Skopje pendant trois semaines.

À ce moment, la sœur de Altaraz, Bella, a été autorisée à quitter parce qu’elle avait la nationalité italienne. Leur mère a poussé Shela dans les bras de Bella, lui disant de « prendre la petite ». Le reste de la famille a été déportée de force et assassinée à Treblinka.

Les deux sœurs sont allées à Pristina, où Bella mit fin à ses jours lorsque son mari a été emprisonné. Restée seule, Shela fit le ménage pour un ami, puis a trouvé refuge dans un village musulman. Elle a finalement été capturée et envoyée dans un camp où elle était la seule enfant et a été surnommée « la muette » parce qu’elle ne parlait pas.

Lorsque le camp fut libéré, Shela a finalement été transferée dans un orphelinat à Belgrade, où elle a séjourné pendant quatre ans. Elle a été envoyée en Israël en 1949 avec un groupe de l’Alyah des jeunes, et a rencontré son mari, Avraham, au kiboutz Ein Dor. Ils ont trois enfants, dix petits-enfants et trois arrière-petits-enfants.