Tel Aviv – Le favori à l’élection présidentielle en Israël a comparé le judaïsme libéral à de « l’idolâtrie » en refusant à des rabbins libéraux de les appeler par leur titre.

L’ancien président de la Knesset Reuven « Ruby » Rivlin, considéré comme un vétéran politique du Likud, est l’un des six candidats qui se présentent à l’élection présidentielle. Il veut succéder à Shimon Peres dans un poste principalement de cérémonie que la Knesset choisi tous les sept ans. Rivlin a été soutenu par le Premier ministre Benjamin Netanyahu et une bonne partie de la coalition de centre droit au pouvoir pour le vote du 10 juin.

Dans ses deux périodes de travail en tant que président de la Knesset, Rivlin a été salué pour son attitude respectueuse envers ses collègues d’un bord politique différent, même s’il n’accepte pas la diversité dans le judaïsme.

Il a prononcé ses remarques les plus blessantes envers le judaïsme libéral en 1989 après sa visite du Temple Emanuel, une synagogue libérale dans le New Jersey.

« J’ai été totalement abasourdi », a déclaré Rivlin dans un entretien publié par le journal Yediot Aharonot. « C’est de l’idolâtrie, pas du judaïsme. Jusqu’à maintenant, je pensais que les libéraux étaient un courant du judaïsme, mais après avoir visité deux de leurs synagogues, je suis convaincu que c’est une religion complètement nouvelle, sans aucun rapport avec le judaïsme ».

Rivlin, qui est laïc, n’est pas le seul parmi les politiciens israéliens à voir le judaïsme orthodoxe comme la seule pratique juive authentique. Moshe Katsav, qui a rempli la fonction de président jusqu’en 2007, a également refusé d’appeler les rabbins libéraux des rabbins.

Pourtant, l’attitude de Rivlin envers le judaïsme non orthodoxe est perçue par beaucoup comme étant en contradiction avec sa réputation d’impartialité.

« D’un point de vue personnel, c’est quelqu’un de très sympathique, gentil et attentif », explique Uri Regrv, un rabbin libéral qui a accompagné Rivlin dans son voyage de 1989 à Emanuel et qui dirige maintenant l’organisation religieuse pluraliste Hiddush.

« Il peut être ouvert d’esprit sur de nombreuses questions, mais son esprit était déjà fixé sur les questions de la pluralité du judaïsme contemporain. A cet égard, il est un Juif traditionnaliste israélien fermé et antilibéral ».

Rivlin, qui a refusé de parler à JTA a été élu pour la première fois à la Knesset en 1988 et en a été deux fois le président. Se définissant lui-même comme un disciple du fondateur sionisme Zeev Jabotinsky, Rivlin s’oppose aux concessions territoriales aux Palestiniens et souhaite qu’Israël garde la Cisjordanie. Il a déclaré qu’il soutenait l’idée d’accorder la citoyenneté israélienne aux Palestiniens de la Cisjordanie.

L’opposition de Rivlin à la solution à deux Eétats implique qu’il serait peu probable qu’il reprenne le rôle diplomatique que Shimon Peres a joué dans son mandat de président. En véritable colombe de paix, Peres était parfait pour remplir la mission de représentation d’Israël auprès des instances étrangères, souvent sceptiques à l’égard du gouvernement de droite du pays.

Rivlin, de son côté, est beaucoup plus intransigeant sur les questions de territoires. Il est largement considéré comme un fervent défenseur des normes démocratiques, ce qui le met dans une situation délicate avec d’autres politiciens de droite sur des questions liées aux libertés individuelles.

Avec cette attitude ouverte, Rivlin a reçu le soutien du quotidien israélien libéral Haaretz qui a fait état de sa « gentillesse ». Netanyahu le soutient également, mais avec plus de réticence. Rivlin, qui a fait à de nombreuses reprises l’expérience de situations délicates avec Netanyahu, a été évincé de son poste de président de la Knesset l’année dernière en faveur d’un compagnon du Likud, Yuli Edelstein.

En tant que président de la Knesset, Rivlin a rompu avec la coalition dirigée par le Likud en 2011 en s’opposant à une loi qui visait à rendre criminel le boycott des biens produits dans les implantations israéliennes. Il avait expliqué dans une lettre ouverte que la mesure « menace de nous catapulter dans une ère où bâillonner les gens deviendrait une pratique permise par la loi ».

En 2012, Rivlin avait essayé d’empêcher la Knesset d’enlever à une avocate arabe israélienne ses privilèges parlementaires pour sanctionner sa participation à l’opération de la flottille turque qui visait à briser le blocus de la bande de Gaza en 2010.

Shmuel Sandler, professeur de sciences politiques à l’Université de Bar-Ilan, a déclaré qu’en tant que président de la Knesset, Rivlin avait traité les parlementaires avec équité sans se soucier de leur affiliation politique.

« Il a créé un précédent. On ne peut pas être impartial », a déclaré Sandler.

Pourtant, Rivlin a pris une approche dure sur la reconnaissance israélienne officielle des courants non orthodoxes du judaïsme.

Lors d’une session à la Knesset le mois dernier, Rivlin a déclaré que si les standards de la conversion libérale ou conservatrice sont adoptés, déterminer le statut juif « deviendra une définition civique plus qu’une définition religieuse ».

« Je n’ai aucun doute, et mes positions sont connues, que le statut du judaïsme selon la Halakha [la loi juive] est ce qui nous a permis d’aller de l’avant pendant 3 800 ans », avait déclaré Rivlin dans un discours à la Knesset en 2006. « Il n’y a rien à côté de la Halakha ».

Le rabbin Eric Yoffie, l’ancien président de l’Union du judaïsme libéral, se souvient d’une rencontre avec Rivlin lors de sa première candidature pour la présidence d’Israël en 2007. Yoffie avait demandé à Rivlin si, en tant que président, il reconnaîtrait Yoffie comme un rabbin. Rivlin avait refusé de répondre.

« C’est un Juif traditionaliste qui n’est pas ouvert au courant libéral », a déclaré Yoffie à JTA. Il n’a pas changé. Pourtant, j’attends d’un candidat à la présidence d’agir d’une manière appropriée et respectueuse envers tous les sensibilités du monde juif religieux. »

Les questions du pluralisme religieux constituent une source de conflit récurrente dans les relations entre Israël et la Diaspora.

La rabbin Julie Schonfeld, vice-président de l’Assemblée rabbinique du Mouvement conservateur, a déclaré que les commentaires passés de Rivlin au sujet des rabbins libéraux étaient « absolument inacceptables, cela ne fait aucun doute ».

Néanmoins, Schonfeld explique qu’elle a de l’espoir qu’il changera son point de vue, et cela tout particulièrement parce que les plus grandes organisations américaines juives, comme les Fédérations juives d’Amérique du Nord et le Comité américain juif, ont clairement exprimé leurs préoccupations sur le traitement accordé aux courants non orthodoxes du judaïsme en Israël.

« Il ne faut pas oublier que nous ne voulons pas seulement des mots, mais aussi des actions », a déclaré Schonfeld.

« Il y a des personnalités politiques en Israël qui nous qualifient de rabbins. Cela ne veut pas dire qu’elles ont fait quelque chose pour changer la loi : rendre le financement d’Etat accessible à tout le monde sur une base égale ou alors ne pas avoir de financement d’Etat pour la religion du tout ».