WASHINGTON – Richard Falk, le rapporteur spécial sur la situation des droits de l’Homme dans les Territoires palestiniens, n’est pas étranger à la critique en raison de son agressivité contre Israël.

Mais son rapport final pour les Nations unies a battu tous les records, allant jusqu’à inventer un équivalent en hébreu du terme Afrikaans       d’ « apartheid » pour décrire les conditions de vie en Cisjordanie et à Gaza. Il a aussi appelé l’ONU à soutenir de manière plus active une « guerre de légitimité » contre Israël.

Le rapport, fuité par l’ONG UN Watch, est le dernier document produit par Falk, qui termine son mandat en mars. Il y réitère ses précédentes déclarations incendiaires, mène une analyse légale pour savoir si Israël est coupable ou non d’apartheid, manifeste un soutien enthousiaste envers le mouvement Boycott, Désinvestissement, Sanctions (BDS), et formule un certain nombre de propositions.

Selon plusieurs sources, trois candidats souhaitent remplacer Falk, qui doit présenter son rapport final devant le Conseil des droits de l’Homme de l’ONU, le 24 mars. L’un des candidats, le professeur de droit Christine Chinkin, est coauteure du controversé Rapport Goldstone sur la guerre de 2008 à Gaza.

Dans le rapport, Falk écrit qu’il conçoit le rôle de rapporteur comme celui d’un « témoin », qui « fournit la liste des entorses à la loi commises par Israël, et met au défi les Nations unies de prendre des mesures garantissant l’application [du droit international]. »

L’Etat juif, note-t-il, a fait tout ce qu’il a pu pour l’empêcher de remplir ce rôle de « témoin ». Falk se plaint qu’Israël « refuse même une coopération minimale » avec lui, précisant qu’il a été expulsé d’Israël en décembre 2008, et « détenu une nuit en prison dans des conditions désagréables ».

Il ajoute espérer que le prochain rapporteur reçoive suffisamment de soutien de l’ONU pour forcer Israël à coopérer avec ses enquêtes, ainsi qu’une « meilleure protection que celle dont a bénéficié l’actuel détenteur du mandat pour contrer les attaques diffamatoires de certaines ONG. »

L’essentiel de son rapport de 22 pages porte sur les supposés délits des Israéliens contre les Palestiniens – et l’idée que Falk se fait d’une réponse appropriée.

Il écrit qu’Israël a constamment échoué à « respecter les normes juridiques univoques contenues dans la Convention de Genève relative à la protection des personnes civiles en temps de guerre » et dans d’autres lois humanitaires.

Reprenant un thème qui l’a mis aux prises par le passé avec des groupes pro-israéliens et des gouvernements occidentaux, Falk soutient que « l’occupation oppressive [d’Israël] semble conçue pour encourager les résidents à quitter la Palestine, ce qui est en adéquation avec les objectifs d’annexion, de colonisation et de nettoyage ethnique d’Israël. »

Dans de précédentes interviews, Falk a accusé Israël et le monde complice de « se diriger vers un génocide », une affirmation qui a poussé le ministre canadien des Affaires Etrangères John Baird à réclamer sa démission.

Falk suggère, dans le rapport, que l’ONU a « un rôle crucial à jouer » dans ce qu’il appelle la « guerre de légitimité » contre Israël. Il décrit cette « guerre » comme « une lutte mondiale pour prendre en main le débat sur les droits légaux et les propriétés morales du conflit, avec l’appui d’un mouvement de solidarité globale qui a commencé à influencer les opinions publiques. »

Il encourage l’ONU à remplacer le mot « occupation » par « ambitions coloniales » et par « annexion » afin de souligner l’urgence de la situation

Falk va jusqu’à redéfinir le mot hébreu de « hafrada » (séparation), qu’il propose comme traduction littérale du mot Afrikaans d’ « apartheid ».

Dans le passage où il s’interroge pour savoir si Israël est coupable d’apartheid, Falk écrit que « l’effet combiné des mesures conçues pour assurer la sécurité des citoyens israéliens, faciliter et étendre les implantations et annexer des territoires, est une hafrada, une discrimination ainsi qu’une oppression systématique et une domination du peuple palestinien . »

Dans ses recommandations, Falk appelle à nouveau la Cour de Justice internationale à rendre des avis consultatifs sur le statut légal de « l’occupation prolongée de la Palestine, aggravée par les transferts illégaux d’un grand nombre de personnes par la puissance occupante, et par l’imposition d’un système légal et administratif duel et discriminatoire en Cisjordanie, Jérusalem Est comprise. »

Falk suggère également le démantèlement par Israël des implantations, la relocalisation des colons, et des réparations pour les Palestiniens de Cisjordanie.

Il préconise de « lever le blocus illégal de Gaza, de cesser les incursions militaires, de permettre aux habitants de Gaza de bénéficier pleinement de leur ressources naturelles à l’intérieur de leurs frontières ou près du littoral, et de prendre en compte l’aggravation de l’état d’urgence à Gaza. »

Par le passé, des dirigeants américains ont condamné Falk. La porte-parole du Département d’Etat Jen Psaki a regretté « des commentaires déplorables et particulièrement offensants, notamment ses articles de blog antisémites, son soutien aux théories du complot sur le 11 septembre et, plus récemment, ses déclarations déplorables au sujet des attentats terroristes de Boston. »

En octobre 2012, l’ancienne représentante permanente des Etats-Unis à l’ONU Susan Rice a descendu en flammes un rapport de Falk où il appelait au boycott des entreprises privées israéliennes, un appel réitéré dans son rapport le plus récent.

A l’époque, Rice avait qualifié l’appel de Falk d’ « irresponsable et d’inacceptable » et avait accusé Falk d’être « extrêmement partial. »