RIO DE JANEIRO — Trois mouvements de jeunesse ancrés à gauche ont refusé de se rendre au festival de danse israélienne le plus ancien du Brésil, pour s’opposer à une conférence donnée par un politicien de droite dans un important centre juif il y a cinq mois.

Chazit Hanoar, Habonim Dror et Hashomer Hatzair ont fait savoir que leur boycott sans précédent du 47e festival Hava Netze Bemachol annuel était une protestation contre le discours prononcé par Jair Bolsonaro au centre Hebraica de Rio au mois d’avril.

Bolsonaro, membre du congrès farouchement pro-israélien, est connu comme un défenseur de la dictature militaire de droite qui a gouverné le Brésil de 1964 à 1985. Le centre Hebraica de Sao Paulo avait, dans le passé, annulé une intervention prévue du politicien.

« Hebraica a hébergé l’un des discours de haine les plus agressifs jamais exprimé devant la communauté juive ces dernières années, avec des appels à la xénophobie, au racisme, à la misogynie, à l’homophobie, à l’ethnocentrisme, à la dictature et à l’impunité politique », a déclaré Hashomer Hatzair dans un communiqué.

« Une telle expression d’intolérance vient nous blesser directement lorsqu’elle frappe le travail mené semaine après semaine par les militants afin de propager les idées de tolérance chez les jeunes qui du mouvement. »

Des jeunes juifs dansant au centre Hebraica de Rio de Janeiro. (Autorisation du centre Hebraica de Rio)

Des jeunes juifs dansant au centre Hebraica de Rio de Janeiro. (Autorisation du centre Hebraica de Rio)

300 personnes étaient venues écouter les propos de Bolsonaro, membre du parti social-chrétien et candidat à la présidence pour 2018. Un groupe de militants d’extrême-gauche s’était rassemblé à la porte du centre, qualifiant l’auditoire de « Juifs sans honte » et de « Juifs sans mémoire ».

Bolsonaro défend une approche qui s’apparente à la tolérance zéro en ce qui concerne la lutte contre les forts taux de violence à Rio, notamment en armant la population, et il été comparé à Donald Trump pour son nationalisme comme pour sa rhétorique irréfléchie.

Les dirigeants du centre Hebraica ont suggéré que ces groupes de jeunes ont été radicalisés par leurs conseillers depuis Israël.

« Ces tnuot [mouvements] se mettent une balle dans le pied en ne dansant pas. Ils mélangent la culture et la politique », a déclaré le président du centre Hebraica de Rio, Luiz Mairovitch, à JTA. « Cette génération ne le comprendra que bien plus tard. Les shlichim [conseillers] d’Israël devraient faire un travail pro-israélien et ne pas mettre dans la tête de ces jeunes ce genre de choses. »

Mairovitch a noté que Bnei Akiva, mouvement de jeunesse religieux, et le Beitar, mouvement de droite, participent à cet événement.

Ce boycott a frustré des dizaines de jeunes danseurs qui répètent leur chorégraphie depuis plusieurs mois. Le festival de Rio, prévu de vendredi à dimanche, a dix ans de plus que le festival Carmel de Sao Paulo, l’un des plus grands festivals annuels de danse folklorique israélienne organisés en dehors d’Israël. Les deux événements rassemblent des milliers de danseurs et de spectateurs qui jouissent d’un week-end entier de spectacles et de cours de danse.

« Nous avons une plus grande mosaïque culturelle et ethnique de danse que n’importe quel autre peuple », a dit le célèbre chorégraphe et professeur de danse Luiz Filipe Barbosa à JTA. « Il y a eu une grosse faille au sein de notre communauté. La danse est devenue une arme et elle est utilisée pour des manifestations politiques au Brésil. »

« Ce qui arrive aujourd’hui, c’est que de jeunes Juifs se retournent contre les Juifs, contre la tradition juive, les coutumes juives, contre une institution juive. Le résultat en a été la ségrégation de notre communauté et une tentative d’assassinat contre notre événement juif majeur », a ajouté Barbosa, ancien membre de Habonim Dror, dont il a dirigé la troupe de danse à plusieurs reprises.

Pour la fédération juive de Rio, le festival appartient à toute la communauté et dépasse les querelles.

« Nous ne pouvons pas obliger les institutions à faire ou à ne pas faire quelque chose », a déclaré le président de la fédération, Herry Rosenberg, à JTA.

« Nous avons rencontré le club et nous avons rencontré les mouvements pour souligner l’importance de participer et d’encourager mais c’est finalement leur décision et nous la respectons. Ils ont le droit de décider de ce qui est bon pour eux. »