La loi qui légiférerait l’identité d’Israël comme Etat juif est inutile et sème le doute sur le caractère juif de l’Etat, déclare le président Reuven Rivlin, marquant pour la première fois son opposition en adoptant une position diamétralement opposée à celle du Premier ministre Benjamin Netanyahu.

En lieu et place du processus habituel d’aval et de vote de la Knesset pour toute loi, Rivlin appelle à un référendum national sur le projet de loi.

Inexorablement soutenue par Netanyahu, la mesure suscite une féroce critique en interne, les ministres menaçant de démanteler la coalition. Le Département d’Etat américain l’a également condamné ce lundi.

Dans un discours lors d’une conférence à Eilat, le président – qui ne dispose pas d’un pouvoir législatif – s’est interrogé sur l’intérêt de l’initiative.

« Promouvoir cette loi remet-il en question la réussite de l’entreprise sioniste dans laquelle nous sommes chanceux de vivre ? », a demandé Rivlin, ancien député vétéran du parti Likud de Netanyahu, qui a succédé à Shimon Peres au poste de président l’été dernier.

La législation, qui a connu plusieurs versions, dont certaines plus extrémistes, attend toujours sa rédaction finale, qui doit être présentée à la Knesset la semaine prochaine.

Le président a dénoncé le fait que la dimension juive de l’État s’élève au-dessus de ses sensibilités démocratiques dans certaines versions de la législation, soulignant qu’à son sens, les deux éléments doivent rester égaux, à l’instar de l’énoncé de la Déclaration d’Indépendance, qui garantit le respect des droits de ses citoyens non juifs.

Pour Rivlin, un « référendum général et complet » s’impose lorsqu’il s’agit d’apporter pareil changement, afin de comprendre l’ampleur de ses répercussions juridiques.

Le projet de loi n’a pas encore été proposé à la Knesset, mais une série de clauses sur lesquelles il se fonde, approuvées par le cabinet dimanche, veillent à placer les caractères démocratique et juif de l’Etat sur le même pied d’égalité, tout en réservant le droit à la détermination nationale au « peuple juif » uniquement.

L’ « approche hiérarchique, qui place la judéité avant la démocratie, passe à côté du sens vital de la Déclaration d’Indépendance, qui combine les deux éléments – sans les séparer », pointe Rivlin.

« Le judaïsme et la démocratie, la démocratie et le judaïsme, selon un énoncé, sont combinés, et continueront de l’être. Ce ne sont pas que des mots. C’est le pouls de l’Etat d’Israël. Un Etat créé sur deux fondements solides ; la nation d’une part, et la démocratie d’autre part. La suppression de l’une fait écrouler tout l’édifice », renchérit-il.

Pour le président, le projet de loi oppose les deux éléments, au lieu de les rapprocher. « Juif est démocratique et démocratique est juif », a-t-il scandé.

« Nos efforts combinés doivent être investis, non pas dans la recherche de différences entre le judaïsme et la démocratie, mais dans un développement et un renforcement de leur point de rencontre », conclut-il.