Cherchant à calmer les tensions à Jérusalem au lendemain du massacre de Har Nof, le président Reuven Rivlin a déclaré mercredi qu’Israël n’était pas en guerre contre l’islam et que le conflit ne doit pas devenir une guerre de religion.

« Ce sont des jours difficiles pour Jérusalem pour la simple raison que la lutte politique autour de Jérusalem, la lutte nationaliste, le conflit israélo-arabe, est en train de se transformer en un conflit judéo-musulman, et à ma grande douleur les deux parties comprennent cela, mais ne font pas grand-chose pour y faire face, » a déclaré Rivlin dans une interview sur la Deuxième chaîne.

« Nous n’avons pas de différend avec l’islam, nous n’en avons pas eu, nous n’en aurons pas, et aujourd’hui encore, nous n’en avons pas, » a-t-il déclaré. « Nous devons le faire comprendre à tout le monde. »

Mais le président, contrairement à d’autres dirigeants et responsables de la sécurité, n’a pas hésité à qualifier la vague de violences actuelle d’intifada.

« Nous sommes sur le bord d’une Intifada ou même au début d’une intifada à dimension religieuse et cela est très dangereux pour nous et pour toute la région. Pour Abou Mazen [Mahmoud Abbas] et pour l’Etat d’Israël. Je suis sûr que tout le monde veut éviter un conflit interreligieux entre Juifs et Musulmans, » a-t-il expliqué mercredi soir sur la Dixième chaîne.

Rivlin a parlé sur les deux chaînes principales du pays au lendemain de l’attaque terroriste d’une synagogue de Har Nof dans laquelle quatre fidèles en prière ont été assassinés.

Le Rav Moché Twersky, 59 ans, Aryeh Kupinsky, 40 ans, le Rav Kalman Levine, 50 ans et le Rav Avraham Shmuel Goldberg, 68 ans ont été enterrés mardi à Jérusalem.

Une cinquième victime, le policier druze Zidan Saif, qui avait été grièvement blessé, a succombé à ses blessures mardi soir et a été enterré mercredi.

« Il y en a assez de cela, » a déclaré Rivlin. « Jérusalem ne doit pas tolérer une guerre religieuse. Jérusalem est la capitale unifiée d’Israël. Depuis 1967, tout le monde peut pratiquer sa religion selon sa propre conscience et son libre arbitre. »

« Cela n’a jamais été une guerre de religion. Mais le fondamentalisme et l’incitation à la haine ont toujours fait leur chemin, même si nous faisons en sorte qu’ils ne puissent pas le faire. »

Le président a exhorté les Israéliens à éviter de prendre des mesures qui pourraient accroître les tensions entourant le mont du Temple, le lieu le plus saint du judaïsme sur lequel se trouve également la mosquée al-Aqsa, le troisième lieu saint de l’islam.

« Nous avons toujours fait en sorte, en tant qu’Israéliens et en tant que Juifs, de ne pas combattre l’islam et ainsi d’éviter la question du mont du Temple dans une guerre opposant Juifs et Musulmans, » a-t-il déclaré. « Ceci est la façon dont les choses ont pu se dérouler, mais cela va s’estomper. »

« Il serait préférable que les dirigeants [israéliens] réalisent qu’ils ne doivent pas soulever la question du contrôle du mont du Temple. »

Les tensions ont éclaté dans la capitale au cours des appels de certains militants, soutenus par quelques parlementaires, de permettre la prière juive sur le mont du Temple, prière qui est actuellement interdite.

Rivlin a également évalué les observations faites par le chef du Shin Bet, Yoram Cohen qui avait déclaré mardi – à contrecourant du Premier ministre – que le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas n’incitait pas délibérément au terrorisme.

« Cohen a déclaré qu’Abbas n’est pas intéressé par une guerre fondamentaliste avec nous », a déclaré Rivlin, car un tel fondamentalisme irait contre les intérêts d’Abbas. Mais Rivlin a déclaré que le dirigeant palestinien devait en faire plus pour lutter contre tous les cas de violence palestinienne à Jérusalem-Est.

« Abbas est comme entraîné [par la pression internationale] quand il vient condamner les attentats terroristes ; mais cela ne suffit pas, » a déclaré Rivlin. « Abbas doit dire à son peuple, en tant que leader : « Assez ! On ne peut laisser quelqu’un porter atteinte à un autre simplement parce qu’il est différent. » »

Rivlin a évoqué la situation sécuritaire dans la capitale, qui a connu une série d’attaques terroristes meurtrières au cours des dernières semaines.

« Jérusalem a vécu beaucoup de moments difficiles » a-t-il estimé. « Nous avons aussi été confrontés à des jours plus difficiles que ceux-ci, et lorsque j’étais enfant, nous étions en état de siège. Il y avait des jours de bataille et des jours d’Intifada et d’émeutes » s’est souvenu le président de l’Etat.

Le président a déclaré qu’au cours des décennies qui ont suivi la guerre de 1967, quand Israël a conquis Jérusalem-Est et la Vieille Ville, la vie des Palestiniens et des Israéliens dans la ville est devenue étroitement liée, et les deux parties n’ont eu d’autre choix que de travailler ensemble afin de faire progresser la paix et de promouvoir le dialogue dans la ville.

« Les quartiers juifs et arabes de Jérusalem sont imbriqués l’un l’autre. Nous avons dépassé le point de non-retour. Nous sommes maintenant dans une situation où nous vivons tous ensemble. Construire tout en divisant Jérusalem de manière artificielle n’aidera en rien. »

« Les Palestiniens qui ne sont pas citoyens israéliens, les Arabes qui sont citoyens d’Israël ainsi que les résidents palestiniens de Jérusalem doivent se rendre compte que nous sommes censés vivre ensemble dans cette ville. » a-t-il ajouté.