Le nouveau président d’Israël Reuven Rivlin a prêté serment jeudi soir devant le Parlement à Jérusalem lors d’une cérémonie sans apparat en raison de la guerre en cours à Gaza, succédant ainsi au sortant Shimon Peres.

« En votre nom et sous votre autorité, j’assume désormais la fonction de 10e président de l’Etat d’Israël », a déclaré Reuven Rivlin, élu le 10 juin dernier, devant le gouvernement et les députés israéliens, après avoir prêté serment la main sur l’Ancien testament.

Les hostilités entre Israël et le Hamas palestinien, qui a coûté la vie à 780 palestiniens et 34 Israéliens, dont 32 soldats, ont plané comme une ombre sur les discours du président sortant et de son successeur, qui tous deux affichaient un air sombre de circonstance.

« Notre victoire (contre le Hamas: NDLR) ne fait aucun doute », a assuré Shimon Peres, avant d’ajouter: « Il n’y a aucune sécurité durable sans une paix durable et aucune paix durable sans sécurité durable ».

« Nous ne combattons pas le peuple palestinien, nous ne sommes pas engagés dans une lutte contre l’Islam. Nous combattons le terrorisme meurtrier », a renchéri M. Rivlin quelques minutes plus tard.

Reuven Rivlin, âgé de 74 ans, est une figure haute en couleur de la droite israélienne, partisan déclaré du « Grand Israël » mais aussi un ardent défenseur de l’Etat de droit. Il fait partie de l’aile la plus à droite du Likoud et n’a jamais caché son hostilité à la création d’un Etat palestinien.

Dernier des pères fondateurs d’Israël, Shimon Peres, 90 ans, qui a quitté ses fonctions de président en vétéran de la politique internationale converti à la paix et au dialogue avec les Palestiniens, a affirmé qu’il continuerait à servir l’Etat d’Israël.

Shimon Peres, be kind, rewind

Shimon Peres, le dernier des pères fondateurs d’Israël, a quitté ses fonctions de président jeudi en vétéran de la politique internationale converti à paix et au dialogue avec les Palestiniens au moment où son pays est en guerre à Gaza.

Doté d’une aura qui va manquer à Israël, M. Peres, 90 ans, aura jusqu’au bout assumé son rôle de sage de la nation, honoré en grande pompe en juin aux Etats-Unis et engagé dans un dialogue chaleureux avec le pape François.

Présent depuis 65 ans sur le devant de la scène politique, Shimon Peres a montré une résilience à toute épreuve.

De fait, cet éternel battant est un homme qui soigne sa santé. Il a confié un jour que le secret de sa longévité consistait à faire de la gymnastique tous les jours, à manger peu et à boire un ou deux verres de bon vin.

« Tout le monde mange trois fois par jour. On mange trois fois et on s’engraisse. Mais si on lit trois fois par jour, on devient sage, et mieux vaut être sage que gras », conseillait-il lors d’un entretien avec l’AFP en décembre 2012, en précisant qu’il ne dormait que 4 ou 5 heures par nuit.

En tout cas, le président nonagénaire est alerte, comme en a encore témoigné sa visite au Vatican début juin pour une rencontre de prière avec le pape François et son vieux « partenaire de paix », le président palestinien Mahmoud Abbas.

« C’est en notre pouvoir d’apporter la paix à nos enfants », a-t-il martelé une dernière fois, « c’est notre sainte mission de parents ».

 Le président Shimon Peres console la famille d'un soldat tombé Moshe Malko - 23 juillet 2014 (Crédit : Résidence du président)

Le président Shimon Peres console la famille d’un soldat tombé Moshe Malko – 23 juillet 2014 (Crédit : Résidence du président)

Devenu en 2007 le 9e chef d’Etat d’Israël, il aura usé jusqu’au bout de cette fonction protocolaire pour promouvoir la paix, au point d’apparaître souvent comme le seul opposant au Premier ministre Benjamin Netanyahu.

Prix Nobel de la paix, il a reçu l’accolade de dizaines de célébrités du monde entier pour son 90e anniversaire.

Mais cette figure historique du Parti travailliste, parti fondateur d’Israël, n’a pas toujours été un homme de paix.

Né à Vishneva (Pologne) en 1923 et arrivé 11 ans plus tard en Palestine, Shimon Peres est l’ultime représentant d’une génération de dirigeants qui ont fait leurs premières armes, au propre comme au figuré, à la création de l’Etat d’Israël en 1948.

Classé parmi les « faucons » travaillistes, M. Peres a cautionné, alors qu’il était ministre de la Défense dans les années 1970, les premières colonies juives en Cisjordanie.

Il était Premier ministre quand l’aviation israélienne a bombardé le village libanais de Cana, tuant 106 civils en avril 1996, ce qui lui a coûté une traversée du désert.

Déjà, pourtant, il s’était acquis une réputation de colombe en tant que l’un des architectes des accords d’Oslo conclus avec l’OLP (Organisation de libération de la Palestine), alors qu’Yitzhak Rabin, le Premier ministre de l’époque, était encore très sceptique.

En guise de reconnaissance, Shimon Peres a obtenu en 1994 le prix Nobel de la paix, partagé avec Rabin et Yasser Arafat.

Entré en politique à 25 ans grâce au « vieux lion » David Ben Gourion, le fondateur de l’Etat hébreu rencontré en faisant de l’auto-stop, Shimon Peres a fait preuve d’une ténacité à toute épreuve.

David Ben Gurion chez lui (Crédit : Bureau de Presse du Gouvernement)

David Ben Gurion chez lui (Crédit : Bureau de Presse du Gouvernement)

Il détient sans doute un record des défaites électorales après ses échecs aux législatives de 1977, 1981, 1984, 1988 et 1996, si bien qu’une image d' »éternel perdant » lui a longtemps collé à la peau. Mais il s’est relevé à chaque fois.

Il a pratiquement exercé toutes les fonctions ministérielles : deux fois chef du gouvernement, ministre des Affaires étrangères, de la Défense, des Finances, de l’Information, des Transports ou encore de l’Intégration.

Israël lui doit ses puissantes entreprises d’armements et ses industries aéronautiques. Artisan de la coopération militaire avec la France dans les années 1950, il est considéré comme le « père » du programme nucléaire israélien.

« Shimon Peres a été un président important grâce à son statut particulier dans les capitales du monde entier et à la dignité qu’il a su restaurer en Israël après l’affaire Moshe Katsav », son prédécesseur condamné et emprisonné pour viol, relève, avec une pointe de nostalgie l’éditorialiste vedette Nahum Barnéa.

Le président Shimon Peres (Crédit : chatham house/Flickr/CC BY 2.0/Wikimedia commons)

Le président Shimon Peres (Crédit : chatham house/Flickr/CC BY 2.0/Wikimedia commons)