Si vous marchez le long du bord de mer de Tel Aviv, vous avez probablement remarqué un homme aux cheveux gris dans son fauteuil roulant. Avançant vers le sud vers le parc Charles Clore, c’est le bout d’un voyage de 100 kilomètres qui avait commencé quatre jours plus tôt à Haïfa. L’homme s’appelle Gabriel Cordell.

La route de Cordell, principalement sur l’autoroute n°4, est beaucoup plus courte que celle qu’il a prise au printemps et à l’été 2013, quand il a établi un record en roulant à
4 700 km à bord de son fauteuil roulant manuel à travers les États-Unis en 100 jours.

Mais pour Cordell, un Palestino-américain dont les parents sont nés à Jérusalem et à Ramallah, ce voyage, qu’il appelle le « Roll for Peace » [Tournée pour la Paix] n’a pas été moins riche de sens.

« Je roule pour inciter les gens à être à la hauteur de leur potentiel, et leur montrer qu’ils peuvent faire ce qu’ils ont décidé » explique Cordell au Times of Israel. « Et cette tournée a aussi pour but d’inspirer la paix, la compassion et la tolérance ».

Pour Cordell, un ancien acteur dont le nom de naissance est Souheil Aghabi, la décision de poursuivre sa tournée à travers l’Amérique avec un parcours en Israël était évidente.

« Ce pays fait partie de mon histoire familiale. Il a un intérêt personnel », explique-t-il.

Les parents de Cordell, qui se sont mariés dans l’église de la Nativité à Bethléem, ont quitté Israël au milieu des années 1960. Ils ont vécu en Jordanie et en Libye, avant de s’installer de façon permanente aux États-Unis lorsque Cordell avait cinq ans.

En grandissant à Long Island dans l’Etat de New York, Cordell a toujours su qu’il voulait être un acteur. C’est en 1992, alors qu’il se rendait à sa première audition à Manhattan, qu’il a subi un accident de voiture qui l’a laissé paralysé jusqu’à la poitrine.

« Mon dos a heurté un poteau téléphonique et ma moelle épinière s’est écrasée, ce qui m’a rendu paraplégique », raconte-t-il.

Cordell, 44 ans, a travaillé dur pour récupérer, et est retourné à son métier d’acteur d’abord à New York puis ensuite à Los Angeles, où il y vit depuis 1998.

Depuis plusieurs années, il lutte contre l’utilisation de substances illicites et la toxicomanie. En se concentrant sur son organisation à but non lucratif Roll With Me [Tournée avec moi] et en se préparant mentalement et physiquement à ses tournées, il a réussi à ne pas replonger dans la drogue depuis un certain temps maintenant.

Gabriel Cordell en tournée aux Etats-Unis en 2013 (Crédit : Autorisation de RollWithMe.org)

Gabriel Cordell en tournée aux Etats-Unis en 2013 (Crédit : Autorisation de RollWithMe.org)

En Israël pour deux semaines et demie, Cordell et son équipe, Derek Gibbs et Chris Yanke, ont été accueillis par les membres de la branche israélienne de Servas, une association non-gouvernementale et multiculturelle pour la paix dirigée par des bénévoles internationaux. Ils sont hébergés dans des familles juives de Haïfa, Kiryat Shmona et de Jérusalem. Dans les jours à venir, ils passeront également du temps avec les Palestiniens de Jérusalem-Est et en Cisjordanie.

« C’est la première fois que je viens ici. Je ne savais pas vraiment à quoi m’attendre, mais plus je suis rempli d’émotions », explique Cordell.

« Ce pays est fou – fou dans le sens positif du terme. Les paysages sont magnifiques et les gens sont supers ».

« Je pense qu’il [Cordell] est génial et c’est une source d’inspiration, mais malheureusement pas assez de personnes ne portent attention sur ce qu’il fait. Il semble qu’il n’y ait que les choses négatives et provocatrices qui aient le droit à une couverture médiatique, pas les choses positives comme celles-là », déclare Ruth Sheffer, membre de Servas qui a rejoint Cordell pour la dernière étape de Tel Aviv.

Cordell a pris soin de garder Roll for Peace apolitique, une décision qui a peut-être contribué à l’absence de couverture sur sa présence ici en Israël.

Gabriel Cordell (à gauche) et Amir Bartura en clown sur la dernière étape de Tel Aviv (Crédit : Renee Ghert-Zand)

Gabriel Cordell (à gauche) et Amir Bartura en clown sur la dernière étape de Tel Aviv (Crédit : Renee Ghert-Zand)

Il y avait aussi une question de timing. Cordell a commencé son périple de quatre jours à Rosh Hashana. Il voulait que son voyage coïncide avec la Journée internationale de la paix (le 21 septembre), mais n’avait pas réalisé qu’il tombait aussi la même semaine que les fêtes juives.

La circulation était plus fluide sur les routes, ce qui lui a permis de rouler en sécurité, mais il y avait aussi moins de personnes dehors et donc peu de gens pour le remarquer, le voir s’approcher et interagir avec lui.

Amir Bartura, un acteur qui vit à Kiryat Ono, a entendu parler de Cordell et a mis un point d’honneur à se joindre à lui sur le front de mer de Tel Aviv. Bartura, qui a perdu ses jambes à cause d’une maladie circulatoire, est arrivé dans son fauteuil roulant en mode festif, coiffé d’un chapeau de clown et d’un nez rouge.

Alors que Bartura et Cordell s’échangeaient leurs avis sur les meilleurs gants à porter pour rouler en fauteuil roulant sur une longue distance (ils ont tous deux convenu que ceux conçus pour le jardinage étaient les meilleurs), Ofer Eisenberg et Nir Caspi sont passés par là par hasard sur leur vélo en tandem.

Caspi porte des prothèses à la place de ses bras. Il les a perdus lorsqu’une mine anti-personnelle lui a explosé dans les mains alors qu’il tentait de la démonter quand il servait dans l’armée israélienne au Liban.

Eisenberg, qui est en charge du programme de vélo à propulsion manuelle et de tandem à Beit Halochem à Tel-Aviv, a invité Cordell à se joindre à un groupe de vétérans blessés de Tsahal pour faire un tour de vélo à propulsion manuelle plus tard dans la semaine.

Un peu fatigué par l’effort fourni au cours de son voyage israélien, il s’est demandé à haute voix s’il serait en mesure de continuer à faire ses tournées impressionnantes en fauteuil roulant encore longtemps. Cordell, qui souffrait de douleurs au cou pendant la course pour la paix, pense qu’il devrait se reposer.

Une minute plus tard, il a surmonté ses doutes. Il est persuadé que mettre sa carrière d’acteur de côté et effectuer ces voyages est ce qu’il est destiné à faire.

« Je suis parvenu à accepter ma vie. Je dois faire des sacrifices et prendre des
risques », affirme-t-il. « Inspirer les gens est ce que je devrais faire maintenant ».

Gabriel Cordell et ses supporters sur la ligne d'arrivée le 29 septembre 2014 (Crédit : Autorisation de RollWithMe.org)

Gabriel Cordell et ses supporters sur la ligne d’arrivée le 29 septembre 2014 (Crédit : Autorisation de RollWithMe.org)