Ron Pundak, l’un des architectes du processus de paix d’Oslo dans les années 1990, s’est éteint vendredi à l’âge de 59 ans après un combat contre le cancer.

De 2001 à 2012, Pundak a dirigé le Centre Peres pour la Paix à Tel Aviv avant de présider le Forum des ONG israéliennes pour la paix, une organisation regroupant 60 associations à but non lucratif.

« Ron Pundak était un guerrier de la paix jusqu’à son dernier souffle, un homme de valeur, a déclaré le président Shimon Peres.

« Il a consacré sa vie entière à se battre pour la paix entre nous et nos voisins. Il était prêt à tout pour la paix, à donner chaque instant de sa vie. Quand il s’agissait de la paix, il ne tolérait aucun compromis, il recherchait la justice et il respirait pour la paix. C’était un homme passionné pour qui la paix brûlait comme une flamme éternelle. Il était passionné et encourageait la passion chez les autres ; il était très impliqué et transmettait ce sentiment d’implication aux autres. »

« Ron était le sel de la terre, un grand esprit, un homme de famille, a conclu Peres. Il nous manquera tous. »

En 1991, Pundak, natif de Tel Aviv, a obtenu un doctorat en histoire politique du Moyen-Orient à l’Université de Londres et est retourné en Israël, où il a commencé à travailler pour le journal Haaretz. Un peu plus tard, il a repris contact avec son ancien ami Yair Hirschfeld qui, à l’époque, occupait la fonction de conseiller bénévole auprès du député de gauche de la Knesset, Yossi Beilin.

Pendant cette période de relatif optimisme, Hirschfeld, inspiré par la Conférence de paix de Madrid, a renoué des contacts avec des dirigeants palestiniens qu’il avait établis dans les années 1970 et 1980. Hirschfeld avait de bonnes relations avec des personnalités palestiniennes de premier plan en Cisjordanie et à Jérusalem Est, y compris Faisal Husseini, Hanan Ashrawi, Ziad Abu Zayad et Sari Nusseibeh.

« Ron était le sel de la terre, un grand esprit, un homme de famille. Il nous manquera tous. »

Shimon Peres

Après les élections de juin 1992, à la suite desquelles Yitzhak Rabin est devenu Premier ministre, Peres est entré au Ministère des Affaires étrangères et Beilin est devenu son assistant.

Rabin a promis de parvenir à un accord de paix avec les Palestiniens en l’espace de six à neuf mois.

Pundak, âgé de 38 ans à l’époque, et Hirschfeld considéraient que les choses n’allaient pas assez vite.

Pundak et Hirschfeld, en tant que simples individus, ont commencé à rencontrer des dirigeants palestiniens en Cisjordanie et à Jérusalem Est en s’efforçant de tâter le terrain pour savoir si un accord était possible.

Une semaine après une de ces rencontres, Hirschfeld, qui était sceptique sur les chances de parvenir à une véritable avancée, s’est retourné vers Pundak et a déclaré que ce qu’ils étaient en train de faire rentrerait peut-être un jour dans l’histoire. Certainement rien de plus.

« Je lui ai dit, ‘Yair, tu as tort’, s’est souvenu Pundak dans un entretien accordé au Times of Israel en septembre 2013. « Ce que nous avons dans les mains est quelque chose de grand. Cela pourrait un jour devenir quelque chose d’immense. »

Pourant, Pundak avait des objectifs relativement modestes. Il espérait que leurs contacts pourraient en fin de compte permettre une communication directe entre le gouvernement israélien et l’Organisation de Libération de la Palestine [OLP], qui était interdite par la loi israélienne à l’époque.

« Même dans mes rêves les plus fous, je n’envisageais pas la possibilité que notre réseau de communication puisse devenir LE réseau, et que ce réseau nous conduirait à un accord avec l’OLP. »

Les résultats sont pourtant arrivés…

Quelques mois plus tard, Hirschfeld et Pundak ont établi un réseau secret qui a finalement mené à la signature des Accords d’Oslo du 13 septembre 1993, et à l’emblématique poignée de main du même jour entre un Premier ministe Yitzhak Rabin hésitant et un dirigeant de l’OLP enthousiaste Yasser Arafat, sous les yeux du président américain Bill Clinton dans les jardins de la Maison Blanche.

Extrêmement critique quant à la voie suivie par Jérusalem dans les deux Accords d’Oslo [Oslo II, connu officiellement comme l’Accord d’intérim sur la Cisjordanie et la Bande de Gaza a été signé le 28 septembre 1995], Pundak a critiqué Rabin et son ministre des Affaires étrangères [et maintenant actuel président] Peres sur le fait que le processus n’a pas permis d’atteindre un accord final.

Pundak a déclaré qu’il n’avait « pas le moindre doute » qu’Arafat cherchait véritablement la paix avec Israël.

Il a déclaré qu’il n’avait « pas le moindre doute » qu’Arafat cherchait véritablement la paix avec Israël.

« Rabin persiste dans son erreur à vouloir parler avec eux [les représentants palestiniens officiels du processus de paix], mais ils ne représentent personne », avait déclaré Pundak à l’époque.

« Nous savons que les seuls qui peuvent réellement représenter les Palestiniens sont l’OLP. Nos contacts à Jérusalem, à Ramalladh et ailleurs nous disent : ‘Ecoutez, si Israël veut continuer le dialogue, le seul interlocuteur est l’OLP. Ce sont les vrais représentants, et eux seuls font les concessions. Nous ne pouvons pas faire de concessions.’ Mais le gouvernement n’accepte pas cela et continue avec des histoires de vieilles femmes, et leur blabla avec la délégation locale. »

En conséquence, Pundak et Hirschfeld ont décidé, en tant que simples citoyens, sans informer quiconque du gouvernement, d’essayer d’établire un réseau informel de dialogue avec l’OLP de Tunis.

Peu de temps après, Ashrawi et Husseini, à travers leurs contacts à l’OLP de Tunis, ont proposé une rencontre avec Ahmed Qurei, aussi connu sous le nom d’Abu Ala, un responsable officiel du Fatah qui avait suivi Arafat en exil après qu’il fut contraint de quitter le Liban.

Le 5 décembre 1992, Hirschfeld a rencontré Abu Ala à Londres. Pundak n’était pas présent, mais son collègue l’a informé de tout ce qui se disait presqu’en temps réel.

« Le contenu des discussions nous donne en réalité l’impression d’avoir un partenaire avec qui continuer le dialogue, c’est-à-dire l’OLP, et qu’ils sont très impliqués à le faire, a déclaré Pundak qui a expliqué en détail cet activité clandestine dans un livre intitulé Le Réseau secret : l’histoire complète [publié en hébreu en 2013, une version anglaise est en cours de préparation].

Quelques heures après la rencontre, les deux universitaires et pacificateurs en devenir mettent finalement Beilin au courant de leur secret. L’assistant du ministre des Affaires leur a dit que leur activité illégale ne le dérangeait pas ; il leur a effectivement donné le feu vert pour continuer, permettant à Hirschfeld de parler plus librement avec Abu Ala lors d’une seconde rencontre organisée le jour même.

Hisrchfield est revenu en Israël et, en coordination avec Pundak, ils ont contacté plusieurs gouvernements européens pour demander un support logistique. Les Norvégiens ont été les premiers à répondre. Avec l’accord d’Abu Ala, la rencontre suivante était prévue pour le 20 janvier 1993, à la périphérie d’Oslo.

Les Norvégiens ont été les premiers à répondre. Avec l’accord d’Abu Ala, la rencontre suivante était prévue pour le 20 janvier 1993, à la périphérie d’Oslo

Seulement Beilin était au courant, Rabin et Peres l’ignoraient.

Les deux universitaires Israéliens ont dit à leurs interlocuteurs – Maher el-Kurd, représentant Arafat, et Hasan Asfour, représentant Mahmoud Abbas, avaient rejoint Abu Ala – que personne à Jérusalem ne savait qu’ils étaient là, et qu’il fallait impérativement garder le silence.

L’entretien a eu tellement de succès que Hisrchfield et Pundak ont commencé à élaborer le texte d’un possible accord. Une fois surnommé le « Brouillon Zéro », ce document avait pour but de combiner ce que le duo considérait être le point de vue des deux parties.

Présenté aux Palestiniens comme une troisième rencontre, il a pris en considération ce que les deux Israéliens croyaient être la position de Rabin, dont ils avaient entendu parler par leur nombreuses sources à Ramallah et Jérusalem et par leurs nouveaux contacts à l’OLP depuis Tunis.

« Le « Brouillon Zéro » n’était pas notre dernier mot sur ces sujets, mais il a conduit au miracle.»

Pendant les cinq mois suivants, Pundak et Hirschfeld ont continué à négocier avec les fonctionnaires de l’OLP à Oslo, avec un entretien toutes les deux ou trois semaines.

« Nous avons créé le réseau autour de valeurs de confidentialité, de confiance, de dialogue sincère, et d’une approche sans perdants, » a déclaré Pundak.

« Nous nous sommes réunis autour d’une table ronde, en opposition à la table rectangulaire, chaque fois qu’on en avait la possibilité, en nous considérant comme une équipe unie avec un objectif commun, qui représente deux intérêts différents, mais en collaboration. »

En mai 1993, les cinq hommes se sont mis d’accord sur la version définitive du document qui serait devenu la Déclaration des Principes. A ce moment-là, Beilin a également informé Peres et Rabin.

Dans un premier temps, les deux dirigeants étaient sceptiques, mais au final ils ont donné leur accord et ont décidé de transformer le plan secret et illégal que Pundak et Hirschfeld avaient fomenté, en un réseau gouvernemental officiel.

Uri Savir, alors directeur général du ministère des Affaires étrangers, a participé aux négociations et a cherché tout d’abord à vérifier les rapports de Pundak et Hirschfeld.

« Nous avons créé le réseau autour de valeurs de confidentialité, de confiance, de dialogue sincère, et d’une approche sans perdants, »

Ron Pundak

Dans les mois suivants, Pundak et Hirschfeld ont joué un second rôle puisque Savir dirigeait les négociations (encore secrètes à l’époque), aidé par le conseiller légal du ministère des Affaires étrangers Yoel Singer.

La transformation d’un brouillon en document légal a été « très, très difficile », a remarqué Pundak.

« Cela nous conduit vers une période de hauts et de bas, où les Palestiniens sont en train de quitter la table de négociation ; nous-mêmes nous quittons cette table, on déclare que tout est nul et insignifiant. Puis on revient, il y a une proposition d’accord; les Norvégiens s’entretiennent alors avec les deux parties. »

Les deux parties ont fini par s’accorder sur un texte, et pendant les premières heures du matin du 20 août, un accord fut signé par Savir et Abu Ala, en la présence de Peres, Beilin, Pundak, Hirschfeld et d’autres.

A peine un mois après, le 9 septembre, Arafat a envoyé une lettre à Rabin en déclarant que l’OLP « reconnaît le droit de l’Etat d’Israël à vivre dans la paix et la sécurité » et
« renonce à l’utilisation du terrorisme et d’autres actes de violence ».

Rabin a répondu le jour même, précisant que le gouvernement d’Israël reconnait l’OLP comme représentant de la population palestinienne et voudrait entamer des négociations de paix avec le groupe.

Le réseau secret a été rendu public et l’histoire a fait son cours : le 13 septembre, la Déclaration des Principes a été signée à la Maison Blanche.

20 ans plus tard…

Aujourd’hui beaucoup d’Israéliens considèrent le procès entamé par les Accords d’Oslo comme un désastre.

Peu après les cérémonies à la Maison Blanche, « Remettez les criminels d’Oslo à la justice » était devenu un slogan courant, lorsque le rêve de coexistence pacifique s’était transformé en cauchemar de violence et de terreur.

Pendant l’automne suivant la cérémonie de Washington, 19 Israéliens ont été tués dans des attentats terroristes palestiniens.

Dans les mois et les années suivantes, des centaines d’Israéliens – pour la plupart des civils – ont perdu la vie.

Les opposants hébreux au procès ont recours à l’assassinat également : le 25 février 1994 Baruch Goldstein a tué 29 fidèles palestiniens en prière à Hébron ; un an et demi après, Yigal Amir a assassiné Rabin à Tel Aviv.

Pundak, au contraire, n’avait pas de regrets.

20 ans après, il a déclaré être persuadé que la stagnation du processus de paix, et la terreur palestinienne qui a suivi, ont été causés par ce qu’il appelle « l’échec de la mise en place » des Accords d’Oslo.

« Quiconque pense que les Palestiniens n’auraient pas entamé une Intifada si l’occupation continuait, qui pense que les Palestiniens auraient été disposés à accepter la procrastination de l’occupation sans se rebeller, alors celui-là ne les connaît pas du tout et n’y comprend rien » a-t-il déclaré résolument.

« Si Oslo avait été mis en place, la [Seconde] Intifada n’aurait pas eu lieu. »

La poignée de main entre Yitzhak Rabin et Yasser Arafat accompagné de Bill Clinton après la signature des Accords d'Oslo (Crédit : Vince Musi/The White House/Wikimedia commons)

La poignée de main entre Yitzhak Rabin et Yasser Arafat accompagné de Bill Clinton après la signature des Accords d’Oslo (Crédit : Vince Musi/The White House/Wikimedia commons)