Un accord nucléaire avec les grandes puissances est dans l’intérêt de la population, a affirmé mardi le président iranien Hassan Rouhani en s’en prenant à une « petite minorité » accusée de s’être enrichie grâce aux sanctions internationales.

« Le peuple est heureux de la levée des sanctions », a-t-il affirmé en référence à un accord de six mois conclu avec les grandes puissances qui a allégé les sanctions internationales mises en place pour tenter d’enrayer le programme nucléaire controversé de Téhéran.

« Mais une petite minorité est en colère car elle en pâtit, parce qu’elle profitait des sanctions et c’est l’origine de certaines attaques contre le gouvernement », a-t-il ajouté lors d’une intervention en direct à la télévision d’Etat.

Il n’a pas donné de précision sur les critiques auxquelles il faisait référence. Mais il a évoqué un important homme d’affaires, Babak Zanjani, arrêté en décembre et accusé d’avoir détourné 3 milliards de dollars lors de transactions pétrolières non officielles contournant l’embargo occidental.

L’objectif de Rouhani, élu en juin 2013, est de résoudre la crise sur le programme nucléaire controversé de son pays avec les Occidentaux et d’obtenir la levée des sanctions internationales imposées à Téhéran.

Il a obtenu le soutien du guide suprême iranien, l’ayatollah Ali Khamenei, pour conclure un premier accord avec le groupe 5+1 (Chine, Etats-Unis, France, Royaume-Uni, Russie et Allemagne) appliqué depuis janvier. Celui-ci gèle certaines activités nucléaires en échange d’une levée partielle des sanctions.

Les deux parties doivent se retrouver le 13 mai à Vienne pour négocier un accord définitif.

Les ultraconservateurs dénoncent ces discussions qui selon eux donnent trop de concessions aux Occidentaux.

« Certains pensent que nous serons toujours en guerre avec le monde et que nous ne pourrons jamais avoir des relations normales. Je n’accepte pas cela », a-t-il lancé, assurant que l’Iran avait déjà « diminué les tensions » avec certains pays.

Documentaire controversé

Il a toutefois écarté un rapprochement rapide avec les Etats-Unis, ennemi historique de la République islamique : les relations avec Washington « sont compliquées et le resteront ».

L’hostilité entre les deux pays « ne se réglera pas de sitôt », a-t-il dit.

Plus tôt dans la journée, il s’était défendu face aux attaques sur sa politique en affirmant qu’elles ne représentaient pas les vues de « la nation iranienne ».

Ces critiques fusent en particulier depuis l’annonce de nouvelles augmentations des prix dans le cadre de la baisse des subventions publiques sur l’énergie et sur certains produits de base, alors que le pays subit une crise économique grave.

« Je suis fier de la situation créée par le gouvernement qui permet à chacun de parler et de critiquer, même si parfois on fait une montagne d’un rien », a-t-il déclaré lors d’un discours télévisé.

« Ils devraient dire qui ils sont et avec qui ils sont. Ils devraient parler au nom de leur faction et non de la nation iranienne », a encore lancé M. Rouhani.

L’ouverture timide vers plus de libertés souhaitée par le gouvernement est également dénoncée par des responsables religieux qui mettent en garde contre la propagation des valeurs occidentales.

D’un autre côté, l’électorat modéré et réformateur, qui avait voté en faveur de M. Rouhani, critique au contraire la lenteur de cette ouverture.

M. Rouhani est également la cible d’un documentaire controversé retraçant sa carrière au sein du régime, en tant que député, secrétaire du Conseil suprême de sécurité nationale puis responsable des négociations nucléaires entre 2003 et 2005.

Le DVD intitulé « Je suis Rouhani » le dépeint comme un ardent partisan de la Révolution islamique devenu un technocrate pragmatique ouvert à l’Occident.

Le président Rouhani n’a pas réagi directement à ce film mais ses services ont affirmé que « certaines parties » étaient « fausses ».