En se rendant à Oman et Koweit, le président iranien Hassan Rouhani a tenté d’amorcer un dégel avec ses voisins du Golfe, qui pourrait être favorisé par les craintes soulevées par la politique de Donald Trump selon des experts.

Rouhani s’est voulu rassurant durant cette mini-tournée effectuée mercredi dans les deux pays du Golfe entretenant les meilleures relations avec Téhéran.

Il a affirmé que l’Iran avait toujours « été partisan d’un règlement des problèmes et des différends par le dialogue ». « La puissance militaire de l’Iran est uniquement défensive », selon lui.

Ce message s’adressait aux monarchies sunnites du Golfe avec lesquelles le chef de file des pays majoritairement chiites entretient des relations exécrables. En particulier à l’Arabie saoudite, avec laquelle les relations diplomatiques sont rompues depuis plus d’un an.

Les deux puissances régionales rivales soutiennent des camps différents dans plusieurs conflits régionaux, notamment en Syrie et au Yémen. Téhéran appuie le régime syrien contre des groupes armés qui ont la faveur de Ryad. Au Yémen, la coalition arabe dirigée par les Saoudiens contre les rebelles Houtis proches des Iraniens, s’enlise depuis presque deux ans.

Après une tragique bousculade ayant coûté la vie à près de 2.300 fidèles, dont 464 Iraniens, lors du hajj en 2015, Téhéran avait critiqué l’organisation du pélerinage par les Saoudiens. En 2016, les Iraniens avaient décidé de ne pas s’y rendre.

La nouvelle donne Trump

L’arrivée du président américain Donald Trump, qui a choqué en interdisant l’entrée aux Etats-Unis des ressortissants de sept pays à majorité musulmane dont l’Iran, pourrait favoriser ce rapprochement entre Téhéran et Ryad.

Même si les Saoudiens ne sont pas concernés par la mesure d’exclusion de ressortissants musulmans, M. Ghaempanah pense qu’ils en ont « conclu qu’ils ne peuvent pas entièrement faire confiance à la nouvelle administration américaine ».

L’expert politique koweïtien Sami al-Nasef se montre plus circonspect sur un réchauffement saoudo-iranien.

« Il y a eu des initiatives similaires par le passé en vue de normaliser les relations entre les Etats du Golfe et l’Iran qui n’ont pas réussi », explique-t-il à l’AFP. « La réussite ou non de l’initiative actuelle dépend plus des actions de l’Iran que de ses slogans ».

Il faut donc, selon lui, que « l’Iran arrête de s’ingérer dans les affaires intérieures des autres pays et de soutenir des groupes armés ». « Les Etats du Golfe ne s’ingèrent pas dans les affaires de l’Iran », affirme-t-il.

Même si le fossé à combler semble profond, Reza Mirabian, un ancien ambassadeur d’Iran au Koweït, estime que la visite de Rouhani soulève un espoir. Il « peut jouer un rôle crucial en levant les incompréhensions, en réduisant les tensions et en créant sécurité, paix et stabilité dans la région », écrit-il dans un éditorial du quotidien réformateur Etemad.