Le Dr Jutta Strake, consultante commerciale de Cologne, en Allemagne, docteur en sciences de l’alimentation, ne manque ni de sophistication, ni d’intelligence. Et pourtant, quand cette femme de 58 ans a commencé des « transactions » d’options binaires il y a deux ans dans l’espoir d’améliorer ses économies pour sa retraite, dit-elle, elle n’aurait jamais imaginé qu’elle fonçait tout droit dans une arnaque.

« J’ai eu honte de ne pas avoir su que je me faisais tromper », a-t-elle déclaré au Times of Israel par téléphone la semaine dernière. « Mais tout semblait réaliste. Le site internet avait de bons visuels, il semblait sérieux, et mon courtier était toujours amical et m’aidait. »

Strake a finalement perdu 13 000 euros au profit d’une compagnie qui serait basée à Ramat Gan, en Israël. Comme l’a rapporté le Times of Israel, des centaines de milliers de victimes dans le monde ont été arnaquées à hauteur de milliards de dollars par les loups de Tel Aviv, des compagnies opérant depuis Israël, pendant que les autorités israéliennes regardent ailleurs.

L’expérience de Strake n’est qu’un seul et lamentable échantillon du vaste réservoir mondial toujours croissant d’ « investisseurs » étrangers confiants, arnaqués de leur argent par des escrocs de la finance israéliens cyniques, dans une industrie qui fait boule de neige et à laquelle les autorités judiciaires israéliennes refusent inlassablement de se confronter.

Quand elle a tardivement réalisé qu’elle se faisait plumer et a demandé son argent, le courtier « amical et serviable » de Strake a simplement cessé de prendre ses appels, dit-elle. Mais Strake n’a pas abandonné si facilement. Au lieu de cela, elle a retrouvé trente autres personnes qui ont dit être victimes de la même compagnie. Leurs expériences se sont révélées remarquablement similaires, dit-elle. A présent, la compagnie israélienne devrait être accusée dans un recours collectif mené par Giambrone Law devant la Haute cour de justice britannique.

La tour Moshe Aviv de Ramat Gan, le plus grand immeuble israélien, héberge beaucoup de compagnies d'options binaires. (Crédit : Simona Weinglass/Times of Israel)

La tour Moshe Aviv de Ramat Gan, le plus grand immeuble israélien, héberge beaucoup de compagnies d’options binaires. (Crédit : Simona Weinglass/Times of Israel)

Comme beaucoup d’autres victimes d’arnaques, Strake a commencé pleine d’espoir. « Je pensais à ma retraite. J’ai décidé il y a quelques années que je devais apprendre à utiliser mon propre argent sur les marchés financiers », raconte-t-elle.

Strake a commencé en lisant tout ce qu’elle pouvait sur la finance en ligne. Un jour, un e-mail est apparu dans sa boîte de réception, proposant ce qui semblait être une opportunité intéressante pour des « options binaires ». Strake a été impressionnée par le ton sérieux et connaisseur du mail, et a donc décidé d’essayer.

« J’ai commencé par un petit montant, et j’ai essayé de faire des transactions moi-même », en utilisant une plateforme en ligne fournie par la compagnie par laquelle elle pensait acheter des options sur différents actifs. « Mais j’ai eu le sentiment de manquer de compétences [pour repérer les meilleures transactions] ; j’étais juste une débutante. »

La compagnie lui a propose l’opportunité d’ouvrir un compte VIP, où des traders visiblement expérimentés auraient fait des transactions en son nom. Le gestionnaire de compte de Strake lui a dit que son nom était Michael Vinyard, et qu’il appelait de Londres.

En y repensant, Strake se rappelle que l’accent de Vinyard était un peu amusant.

« Il ne semblait pas britannique. Il avait un léger accent indien, ce qui n’est pas inhabituel à Londres, parce qu’il y a beaucoup de personnes qui viennent d’Inde et du Bangladesh. Parfois je pouvais entendre qu’il travaillait dans un grand bureau, il y avait du bruit dans le fond. »

Michael Vinyard a aide Strake à faire des transactions. Il y avait des hauts et des bas, que Strake enregistrait dans un fichier Excel. « Il y avait deux gains et une perte ; cela semblait assez normal. »

Comme les transactions se passaient bien, Strake a continué à placer plus d’argent

Régulièrement, la compagnie informait Strake que si elle faisait un dépôt supplémentaire de 3 000 euros d’un coup, elle achèterait pour elle sans risque : la compagnie absorberait toutes les pertes et Strake aurait tous les gains. Elle a fait cela. Entre temps, la compagnie l’a informée de différentes opportunités uniques qui nécessitaient un dépôt supplémentaire. Comme les transactions se passaient bien, Strake a continué à placer plus d’argent. Son apport total a finalement atteint 13 000 euros, raconte-t-elle.

Elle a commencé les transactions en mars 2014. En octobre 2014, Strake avait sur son compte 18 767,90 euros, un gain net de plus de 5 000 euros.

Un jour, elle a reçu un e-mail de Vinyard l’informant que tout son argent avait été déplacé vers ce qui s’appelle une plate-forme de transactions dite forex MT4 (MetaTrader), et qu’elle pouvait continuer ses transactions là-bas. L’e-mail fournissait un lien vers un ficher PDF qui expliquait comment télécharger le logiciel, ainsi qu’un nom d’utilisateur et un mot de passe. Malgré de nombreuses tentatives, se rappelle-t-elle, elle n’a pas réussi à accéder à la plate-forme MT4.

Strake a dit à Vinyard qu’elle ne pouvait pas accéder à la plate-forme et a demandé à retirer son argent. Vinyard lui a demandé de solliciter l’aide d’un professionnel de l’informatique. Strake a engagé un consultant informatique, qui n’a pas pu installer la plate-forme et lui a fait remarquer que ce n’était pas sûr. Ce à quoi Michael Vinyard a répondu : « MT4 est une plate-forme mondialement connue, et votre informaticien vous a recommandé de ne pas l’utiliser ? Je ne comprends vraiment pas cela ! »

Plusieurs semaines après, Michael Vinyard a écrit une lettre d’excuses à Strake, expliquant que la raison pour laquelle elle ne pouvait pas installer le logiciel était qu’elle utilisait un Mac. Il lui a ensuite promis de retransférer ses fonds sur son compte initial. C’était la dernière dois qu’elle a entendu parler de lui. Il n’a jamais transféré l’argent.

Strake a continué à essayer de récupérer son argent, mais la compagnie avait à présent bloqué son entrée sur la plate-forme. Ses e-mails restaient sans réponse, et si elle essayait de contacter la compagnie par téléphone, elle entendait une boucle de musique sans fin.

C’est à ce moment qu’elle a réalisé.

« Je me sentais tellement, tellement impuissante. J’avais honte. J’avais été trompée et j’avais été si stupide que je ne m’en étais pas rendu compte. »

Strake a découvert les vrais noms, les informations personnelles et les photos des employés de la compagnie qui l’aurait arnaquée

(Un refus catégorique de laisser les clients retirer leurs fonds, et la rupture totale de toutes les connexions, est le moyen le moins sophistiqué parmi les nombreux employés par les arnaqueurs des options binaires pour frauder leurs victimes. Parmi les nombreuses ruses plus astucieuses employées pour garantir que les clients finissent par perdre tout leur argent, comme l’a détaillé un ancien employé au Times of Israel, on trouve : encourager les clients à faire de mauvaises transactions ; montrer des nombres faux aux clients ; ne pas permettre aux clients de faire des transactions sur certains actifs ; créer de « fausses » ventes pour suggérer qu’une certaine transaction est populaire ; vendre les actifs sans demande des clients ; faire des « transactions » sans demande.)

Pendant les presque deux ans qui se sont écoulés depuis, Strake a fait tout ce qui était en son pouvoir pour récupérer son argent, qui représente selon elle environ une année de revenus après les taxes et les frais ; de l’argent qu’elle aurait dû économiser pour sa retraite parce qu’elle est indépendante.

Il ne lui a pas fallu longtemps pour réaliser que Michael Vinyard était probablement en Israël, dit-elle, et elle a ensuite découvert les vrais noms, informations personnelles et photos des autres employés de la compagnie pour qui il travaille, ou a travaillé. « Ils ressemblent à de jeunes hommes qui veulent être riches », dit-elle, essayant de saisir les personnes qui l’auraient arnaquée.

Giambrone Law, le cabinet juridique londonien qui agit au nom de Strake et de 2 500 autres victimes, a appelé le ministère israélien de la Justice à prêter assistance pour confronter les fraudeurs, sans résultat pour le moment.

L’Autorité des titres israélienne, qui a traîné des pieds pendant des années, est en train d’interdire aux compagnies d’options binaires de travailler avec des clients israéliens, mais affirme ne pas avoir l’autorité pour empêcher les compagnies d’agir à l’étranger, où la fraude a lieu à une bien plus grande échelle.

Une juge d’instruction française du pôle financier est venue en Israël le mois dernier pour agir au nom des 500 premiers Français qui auraient été arnaqués par des compagnies basées en Israël. Elle a procédé « à 15 interrogatoires de suspects et auditions de témoins ainsi qu’à 5 perquisitions. »

Capture d’écran François Molins (Crédit : YouTube)

Capture d’écran François Molins (Crédit : YouTube)

« Ces escroqueries relèvent en réalité de la criminalité organisée. Non seulement parce qu’elles sont le fait d’équipes fortement structurées au stade de l’escroquerie mais aussi parce qu’elles s’appuient après la remise des fonds sur de puissants mécanismes de blanchiment », a expliqué le procureur de la République de Paris, François Molins, en mars lors d’un point de presse commun avec l’Autorité des marchés financiers (AMF), la Direction Générale de la Concurrence de la Consommation et de la Répression des Fraudes (DGCCRF) et l’Autorité de contrôle prudentiel et de résolution (ACPR).

Les arnaques financières sur internet auraient causé 4,5 milliards de pertes en six ans en France ; – le forex concentre à lui seul 4 milliards de pertes, a précisé M. Molins. Et à Paris, « nous traitons une cinquantaine d’enquêtes », soit environ 500 victimes. Un « chiffre en augmentation » qui n’inclut pas ceux « qui n’ont pas encore compris qu’ils étaient dupés » ni les autres qui ont placé de l’argent « obtenu de façon plus ou moins dissimulée ».

Strake espère que tous les voleurs seront traînés en justice, pour qu’ils ne puissent pas continuer à arnaquer d’autres victimes. « Ce n’est pas seulement de l’argent, cela vous blesse au plus profond de vous, dit-elle. J’aimerais que tous ces arnaqueurs soient arrêtés et emprisonnés. Et je voudrais aussi récupérer mon argent. »

Le Times of Israel invite d’autres victimes, et des personnes qui ont travaillé dans cette industrie, à nous contacter. Vous pouvez le faire par courriel à : office@timesofisrael.com