Le ministre des Affaires étrangères Avigdor Liberman devrait annoncer lundi la rupture de la liste de son parti Israël Beytenu qui avait fait union avec le Likud de Benjamin Netanyahu.

Les deux partis sont ensemble à la Knesset, mais la loi permet aux partis qui fonctionnent ensemble de se diviser en factions distinctes, une fois élus au parlement.

Le changement, qui devrait être annoncé lors d’une conférence de presse à 12h30 à la Knesset, pourrait avoir un effet déstabilisateur sur la coalition au pouvoir, réduisant la part du parti au pouvoir, le Likud, à seulement 20 sièges au lieu des 31 qu’il avait initialement, soit juste un de plus que Yesh Atid, son partenaire de la coalition.

Cette rupture a été prévue pour un certain temps. Au cours de la dernière année, les efforts de Liberman pour fusionner son parti avec le Likud, efforts soutenus par Netanyahu, ont été rejetés à l’intérieur du Likud par une série de votes au sein du comité central.

La décision de Liberman est aussi liée à la piètre performance de son parti dans les derniers sondages. Le président de Israël Beytenu estime que son parti a été adopté par la décision d’avoir concouru conjointement avec le Likud, rétrécissant sa représentation de 15 à 11 sièges.

Il est peu probable que ce mouvement déstabilise la coalition à court terme. Une personnalité imminente d’Yisrael Beitenou, la vice-ministre de l’Intérieur Faina Kirschenbaum, a insisté sur le fait que le parti n’avait pas cherché à déstabiliser le gouvernement. « Nous ne pensons pas que c’est le moment de se séparer de la coalition et de l’affaiblir », a déclaré Kirschenbaum à la radio militaire lundi matin : « Nous voulons renforcer l’Etat d’Israël ».

Le moment de l’annonce de Liberman fait suite à une dispute publique entre le ministre des Affaires étrangères et Netanyahu sur la réaction
« de retenue » de ce dernier aux tirs de roquettes venant de la bande de Gaza.

Lors de la réunion hebdomadaire du cabinet dimanche, Netanyahu s’en est pris à ses ministres, Liberman ainsi que Naftali Bennett, pour s’être exprimés publiquement contre la politique du gouvernement à l’égard de la situation à Gaza.

« Ceux qui critiquent publiquement sont irresponsables », a dit Netanyahu à ses ministres, ajoutant que certains profitaient de la situation dans leur propre intérêt politique. Une fois que la décision est prise, a affirmé le Premier ministre, il incombe aux ministres de soutenir la décision publique.

Liberman a réagi avec colère, selon des fuites de cette réunion à huis clos.

« C’est vous qui parlez. Vous avez tenu des conférences de presse avant même que le cabinet se réunisse », aurait lancé Liberman. « Ma critique est compatible avec ce que je dis depuis longtemps : je ne profite en aucun cas de la situation ».

Netanyahu a souligné en réponse que Liberman avait manqué deux réunions récentes du cabinet traitant de la situation à Gaza : « Avant de parler, vous feriez mieux d’assister aux réunions du cabinet », lui aurait-il répondu.

Liberman, furieux, aurait répondu que lors d’une réunion du cabinet, il était en voyage officiel en Allemagne, et lors d’une autre, il accompagnait le président du parlement arménien et ne pouvait pas se rendre à la réunion.

« Vous aviez dit au cours de réunions que nous serions forts face au Hamas, et vous n’avez pas donné suite à ces déclarations », aurait encore lancé Liberman. « Au moins, vous ne pouvez pas m’accuser d’avoir fui ces réunions », aurait encore conclu Liberman, selon les mêmes sources.

Le cabinet de sécurité s’est révélé profondément divisé sur la réponse d’Israël aux tirs de roquettes à Gaza. Netanyahu, son ministre de la Défense Moshe Yaalon, sa ministre de la Justice Tzipi Livni et Yaïr Lapid ont opté pour la retenue face à l’augmentation des tirs de roquettes.

Le Hamas est dans une situation désespérée avec la fermeture de la frontière ouest de la bande de Gaza avec l’Egypte et l’effondrement de l’accord d’union avec l’Autorité palestinienne, suite à l’enlèvement et au meurtre des trois jeunes Juifs en Cisjordanie, le 12 juin.

Une guerre est aussi probable dans le but, pour le Hamas, de restaurer son aura auprès des Palestiniens, guerre qui, également, peut nuire à sa capacité de continuer à lancer des roquettes indéfiniment, ont indiqué des sources proches des ministres.

Pendant ce temps, Liberman et Bennett ont exigé une réponse beaucoup plus forte face au Hamas, y compris une incursion terrestre dans la bande de Gaza. Pour eux, la retenue serait une erreur stratégique, et ne ferait qu’encourager de nouvelles attaques sur les villes du Sud.