Les députés russes ont voté vendredi en première lecture une loi contre la « réhabilitation du nazisme », renforçant les sanctions contre les faits considérés comme du révisionnisme sur la Seconde guerre mondiale, mais qui pourrait cibler les historiens comme l’opposition, selon des experts.

La loi prévoit un nouvel article du code pénal renforçant les sanctions contre « le déni des faits » établis par le Tribunal de Nuremberg, « l’apologie des crimes » établis par ce tribunal, « ainsi que la diffusion de fausses informations sur les activités de l’Union soviétique pendant la Seconde guerre mondiale », selon les agences russes.

Ces faits pourront être punis d’un maximum de cinq ans de camp ou d’une amende de 500 000 roubles [10.330 euros], selon le texte.

« Notre pays ne s’est pas seulement défendu (lui-même) contre le fascisme, mais nous avons défendu le monde entier contre le fascisme », a souligné la député Irina Iarovaïa, citée par l’agence Interfax.

« Pour nous, une réhabilitation du nazisme est et sera toujours un crime contre notre pays et notre peuple », a-t-elle poursuivi.

Mais pour Alexeï Makarkine, analyste du Centre de conseil en sciences politique, par sa rédaction cette loi est « dirigée contre les libéraux ou les démocrates qui comparent le pouvoir (russe) avec le régime d’Hitler ».

« Maintenant, n’importe quel historien de la Seconde guerre mondiale va devoir faire de l’apologie au lieu de la science pour ne pas tomber sous le coup de cette loi », a-t-il indiqué à l’AFP.

Les Russes tirent une grande fierté de la victoire de l’URSS contre le régime nazi au prix de quelque 30 millions de morts sur le front de l’Est.

Mais les autorités russes ne sont prêtes à accepter aucun commentaire susceptible de comparer certains aspects de la politique actuelle du régime russe avec certains événements liés à l’Allemagne nazie.

La Russie a exprimé son mécontentement jeudi après que le ministre allemand des Finances eut comparé le rattachement de la Crimée à la Russie à l’annexion des Sudètes par Adolf Hitler, même si Wolfgang Schäuble a démenti avoir tenu de tels propos.

En Russie, un professeur de la prestigieuse université du ministère des Affaires étrangères russe (MGIMO), Andreï Zoubov, a été licencié fin mars après avoir publié un article comparant le rattachement de la Crimée à la Russie à l’Anschluss.