Condamnant une attaque antisémite commise sur un monument de l’armée soviétique en Bulgarie, une responsable du gouvernement russe a indiqué de manière erronée que ce sont les soldats de son pays qui ont sauvé les Juifs de Bulgarie de la déportation dans les camps nazis.

Le graffiti réalisé à l’aide d’une peinture en bombe sur un monument de l’armée soviétique dans la capitale bulgare de Sofia, le 31 octobre, disait « 100 ans d’occupation sioniste ».

La porte-parole du ministère des Affaires étrangères Maria Zakharova a indiqué deux jours plus tard à Moscou que le vandalisme commis sur le monument avait suscité la colère du gouvernement russe.

« Des voyous, et je ne peux pas les appeler autrement, ont attaqué littéralement le monument il y a une semaine – mais ils se sont maintenant surpassés, en écrivant des slogans d’un caractère antisémite flagrant sur le mémorial », a-t-elle commenté.

« Cet acte est particulièrement cynique au vu du fait que, pendant la Seconde Guerre mondiale, cela a été grâce à nos soldats que la déportation des Juifs de Bulgarie a été empêchée et qu’en conséquence, environ 50 000 personnes ont été sauvées d’une mort certaine ».

Zakharova a appelé le gouvernement bulgare à protéger le monument à l’avenir, qui avait déjà été vandalisé dans le passé.

L’AJC (American Jewish Committee) a démenti cette déclaration officielle, disant que même si elle était l’alliée de l’Allemagne, la Bulgarie avait défié les ordres donnés par les nazis et protégé ses Juifs.

La majorité des historiens attribuent le sauvetage des Juifs bulgares en mars 1943 à une campagne menée par le Synode de l’église orthodoxe de Bulgarie, ainsi que par des politiciens, des intellectuels et des citoyens ordinaires qui ont refusé de se plier aux ordres.

Le ministère des Affaires étrangères bulgare a également répondu à la Russie.

« Lorsque les citoyens bulgares se sont tenus sur les rails des lignes ferroviaires qui menaient aux camps de la mort nazis, lorsque les représentants des élites politique, économique et intellectuelle ont écrit des lettres pour défendre les Juifs bulgares et lorsque des hauts-dignitaires de l’église orthodoxe bulgare se sont tenus aux côtés des Juifs qui avaient été rassemblés pour la déportation, disant que leurs compatriotes pourraient être menés dans les camps uniquement si eux aussi les accompagnaient, l’Armée rouge était à des milliers de kilomètres des frontières de la Bulgarie », a-t-il dit.

L’organisation Shalom des Juifs de Bulgarie a également répondu à la déclaration de Zakharova en rappelant la position adoptée par l’association en décembre 2011, selon le Sofia Globe. Le groupe affirme que le salut des Juifs, sauvés de la déportation dans les camps de la mort nazis, a été le résultat des actions de la majorité de la population bulgare, de l’église orthodoxe et de la communauté non-fasciste du pays.

« Et pour ces actions des Bulgares, les Juifs seront toujours reconnaissants », a fait savoir Shalom.

Cette organisation, ainsi que l’ambassade israélienne et le coordinateur national de Bulgarie dans la lutte contre l’antisémitisme, Georg Georgiev, ont condamné l’acte de vandalisme à l’encontre du monument de l’armée soviétique.

David Harris, directeur-exécutif de l’AJC, a qualifié les affirmations officielles russes de « factuellemment mensongères. Elles sont un exemple flagrant de ce qu’est le révisionnisme historique dans ce qu’il a de pire ».

« Indépendamment de son allégeance à Berlin, la Bulgarie s’est soulevée en 1943 pour faire une chose remarquable –
défier les ordres des nazis et protéger presque 50 000 Juifs bulgares de la déportation et presque d’une disparition certaine », a-t-il dit.

« Un grand nombre d’entre eux se sont courageusement impliqués dans les efforts de secours qui ont été salués avec reconnaissance par Yad Vashem, les historiens de l’Holocauste et les survivants eux-mêmes ».

« Non, les antécédents de la Bulgarie n’ont pas été parfaits. Onze mille Juifs de Thrace et de Macédoine, sous l’occupation bulgare, ont été déportés dans les camps de la mort et on ne peut l’oublier. Et pourtant, aucun autre pays européen sous le contrôle des nazis n’est parvenu à protéger la vaste majorité de l’importante population juive ».